‹ Croquis égyptiensChapitre 59 sur 64 · DERVICHES TOURNEURS · texte numérisé non relu

DERVICHES TOURNEURS

yiches tourneurs sont des moines youés au célibat; pour des musulmans c'est un pea fort!

Aussi ils ont soin» comme les anciens templiers, d'avoir des moines très-jeunes.

La mosquée des derviches est construite comme une salle de théâtre, avec deux rangs de galeries. Le public se compose surtout d^étrangers que la curiosité attire; on paie en entrant; cette recette est Tunique revenu du couvent.

Les derviches ont pour costume un tarbouch brun en forme de gobelet et une robe à longue jupe traînante ; lorsqu'ils tournent , la robe s'é* lève et forme une sorte de champignon ondulé ; les couleurs en sont variées.

Ils commencent le spectacle , ou du moins la cérémonie par des psaumes récités ; pendant ce temps, tous sont accroupis par terre; leur chef, qui a une figure belle et vénérable, jette de temps en temps sur les galeries un regard scrutateur pour voir si la clientèle est nombreuse et si la salle se garnit. Puis un orchestre composé d'un excellent basson , d'un hautbois et de tambourins, se met à jouer des airs de valse, et après plusieurs promenades en rond, plusieurs saluta. tions etbaisements de mains, le ballet, je veux

dire la prière commence «

d78 CEOQUIS iCTPTIBKS.

Chacun se met à tourner sur lui-même , non pas très-vite comme on pourrait le croire, mais pourtant assez pour que leurs longues jupes se soulèyent et fassent le parapluie, De temps en temps , sous prétexte de faire des génuflexions, ils se reposent, puis , après avoir repris haleine, ils recommencent. Cela dure une heure ; et, en somme, ils se fatiguent moins qu'un jeune danseur qui dans un bal de société ne manquerait pas une valse. Pendant qu'ils tournent, ils ont les bras étendus, la tète penchée et les yeux élevés vers le ciel avec une expression extatique.

La danse ou les vêpres terminées, le public se retire et les moines rentrent au couvent en bon ordre, les mains croisées sur la poitrine et les yeux baissés. Nous restâmes des derniers, et un jeune novice croyant tout le monde parti, se mit à faire une cabriole comme un écolier qui sort de classe. Un vieux barbon le réprimanda , car nous étions encore là; le garçon riposta; le vieillard se fâcha et l'enfant à bout de patience quitta sa babouche et menaça l'autre de l'en frapper sur la figure^ ce qui est l'injure la plus grave que l'on puisse faire à un musulman.

Alors le vieux fit au gamin un singulier reproche qui fit rougir le Jeune moine et aurait

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plutôt dû faire honte à son collègue. On intervint et la dispute se termina là pour le moment.

Puis à travers les rues pittoresques du Kaire nous retournons à l'hôtel.

6 janvier.

Cette fois-ci le musée est ouvert.

J'examine surtout les objets, pour la plupart trouvés dans les tombeaux et qui pourtant sont des ustensiles dont Tusage était journalier chez les anciens Egyptiens.

On avait en effet la coutume.de mettre à côté du défunt les outils qui lui avaient servi durant sa vie, ou les parures, les ameublements qu*il affectionnait.

Ceci explique pourquoi l'on a trouvé les modèles gradués dont les sculpteurs se servaient pour former leurs élèves, ainsi que les palettes et les boites de couleurs des peintres ; pourquoi Ton a exhumé des poids, des coudées d'architectes, des meubles, des paniers, même des provisions de bouche. Dans un seul sarcophage, celui de la reine Aah-Hotep, on avait rassemblé assez de bijoux pour que leur développement sous des vitrines remplisse une salle entière du musée, et chacun de ces bijoux est un chef-d'œuvre d'invention, de bon goût et d'adresse.

Il est à remarquer que les objets d'art des dynasties les plus anciennes ont quelque chose à la fois de plus parfait et de plus primesautier que ceux des époques postérieures. Sous la lyme dynastie , par exemple, les portraits sont vraiment des portraits ; on a cherché la ressemblance et Ton devine qu'on est arrivé à la rendre parfaite ; les muscles sont étudiés sur nature et sont très-réussis, le modelé est soigné, l'expression excellente. Puis on sent que l'art se réglemente , les méthodes créent les procédés , on prend un système pour faire les genoux, un autre pour dessiner les pieds ; les types des physionomies deviennent consacrés, officiels^ le sentiment est nul. A part une sorte de renaissance qui a lieu sous la XVIII"*® dynastie, on peut dire que le sentiment artistique va en s'amoindrissant pendant six mille ans et que l'inspiration est étouffée par la formule.

Un des monuments les plus beaux et les plus curieux du musée de Boulak est la statue de Chephren, le constructeur de la deuxième Pyramide. On a assez longtemps certifié que les architectes de ces vastes mausolées auraient été incapables de faire aucune autre sorte de monument et Ton a assez longtemps assuré que les

Pharaons qui y ont été déposés ne connaissaient pas récriture, pour qu'il soit intéressant de voir la statue de l'un d'eux, admirablement sculptée en diorite dure et portant profondément gravé sur le socle le nom de Chephren.

En parcourant les salles , je m'arrête devant une autre statue de la même dynastie ; elle est en calcaire colorié, et ce que j'admire, ce n'est pas seulement la beauté des formes , la noblesse de la pose , l'étonnante conservation des couleurs , c'est la physionomie qui me frappe ; cette tête me fait souvenir de quelqu'un, à s'y méprendre, c'est un vrai trompe-l'œil ; cette personne, dont j'ai l'image sous les yeux, je l'ai vue, je la connais et je ne puis pourtant me rappeler qui cela peut être. En réfléchissant, je trouve que cet homme contemporain de la IV™<* dynastie ressemble au petit joueur de tambour qui posait hier devant M...!

Et ce n'est pas la seule ressemblance que je trouve entre les habitants du Kaire et les portraits des personnages de Memphis ; le type s'est conservé d'une manière incroyable.

Il en est de même des ustensiles qu'on voit dans les vitrines et qui sont identiques avec ceux dont les Egyptiens modernes se servent

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