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LE JEU D'’ÉLECTION

S'il arrive encore aux jeunes gens instruits de uos villes, durant les longues soirées d’hiver, de s’exercer aux prouesses de la langue et de vous convier à leurs débats, dans des clubs, des parlementsmodèles ou autres parlottes politiques, vous n’avez peut-être jamais vu jouer aux élections en plein air.

C’est un beau jeu, qui offre beaucoup d’attraits aux gamins, lorsqu’après le souper, au soleil couchant surtout, au temps des vacances, le jour est encore .

trop haut, l’air trop bon et le besoin de mouvement encore trop impérieux pour que l’on cède à l’envie d'aller dormir.

C’est un jeu qui n’a presque pas de règles déterminées ; on peut à loisir en improviser les péripéties suivant l’occa-

sion, les temps, les personnages en scène, et l'intérêt personnel d’un chacun. On fait comme le grand monde, quoi!

Il suffit d’avoir assisté, une ou deux fois, à quelque parlement, soit à la porte de l’église, soit devant la maison de monsieur le maire, pour savoir comment les choses se passent et doivent se passer, puisque c’est toujours comme ça, quand les candidats se présentent.

C'était à l’époque où la fortune st la célébrité de certains hommes d'état canadiens commençaisnt à s’édifier à coups de poing. Ces mœurr rien moins que débonnaires sont aujourd’hui bien changées. Le fier à bras, qui valait alors à lui seul toute une caisse électorale, est heureusement remplacé par le journaliste qui, au lieu d’avoir à dévisager quelqu'un de son prochain à peu près tous les quatre ou cinq ans, n’a plus qu’à s’ingénier, toute l’année durant, à publier en bonnes pages de son organe, à propos de tout et à propos de rien, le portrait trop flatté de ses hommes, aujourd’hui celui du

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monsieur qui a dit en demain de l’autre qui aurait pensé cela

Il y avait là, dans un champ, tout près du grand chemin du roi, aux dernières habitations d’un chef-lieu où des élections récentes avaient été fort orageuses, une dizaine de gamins en train de s'amuser.

On causait encore dans le village des scènes disgracieuses qui avaient caractérisé ces derniers comices électoraux, de l’émeute à la nomination, ‘* candidat odieusement lapidé, et du «. nté laissé sans représentation à la Chambre des Communes p:ndant une couple de sessions.

Certes, il y avait de quoi intéresser la génération nouvelle, dont certain sujet avancé se vantait déjà, au milieu de nous, d’avoir pris part à l'élection, ‘l’année des roches”, et d’avoir charroyé des cailloux pour les grands dans son chapeiu de paille.

Heureux temps où l'éducation politique de notre race se faisait encore avec des leçons de choses !

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ES SITES Mais c’est un beau jeu, le jeu d'élection!

Après avoir épuisé le programme de

leurs amusements accoutumés: cache-ca-

che, barres, cheval fondu, etc., etc., la bande de gamins paraissait indécise, lorsque l’un des meneurs s’écria soudain :

—“Jouons donc aux élections !

—Oui ! Oui! Jouons aux élections ! ”

A l'instant, un candidat des plus improvisés autant que délurés, sans aucun bulletin de présentation, gage usuel de confiance de la part de ses concitoyens, grimpe sur une petite charrette, superbe husting où il domine la foule, ét débite un discours comme il ne s’en fait plus, même dans nos indignation meetings les plus houleuses.

“—Messieurs les libres et intelligents électeurs.

—Couvrez-vous, monsieur le candidat.

—Non, merci, messieurs les libres et intelligents électeurs. D'abord il fait trop chaud, et puis ce qu’il faudrait couvrir et enterrer, c’est le grand scandale

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du Pacifique, qui a pris les millions de notre coffre public pour les mettre dans ses poches. On dira après cela que le foin ne se vend pas parce qu’il n’y a pas de chemins de fer pour le charroyer. C’a t'y du bon sens, voyons, messieurs les libres et intelligents électeurs.

—Tu l'as déjà dit deux fois.

—$i le gouvernement peut trimballer comme Ça des millions d’un bord et de l’autre, pourquoi pas venir donner un coup de main à Jean Ruet qui a toujours voté pour lui et qui est trop pauvre pour faire faucher son champ comme du monde ?

Quand je serai membre, messieurs les électeurs, il faudra bien que ça change, ou bien je changerai tout seul ; il faudra que Ça marche mieux que ça marche.

Il faudra que tout le monde mange du pain blanc dans;la paroisse. Au jour d’aujourd’hui, qui est-ce qui en mange du pain blanc? Le docteur et puis la post- Office. Pas d’autres. |

—Honte !. Honte !

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.. —Vous l'avez dit, messieurs les libres et intelligents électeurs ; c’est bien une honte en effet de voir un gouvernement pourri, tout canté sur un bord et qui ne veut pas rachever de tomber, comme le vieux bateau de Bastien Chamberland, que vous voyez sur la grève. Allons-y tous ensemble voter pour le bon parti, avec des canthooks et des crow-bars pour mettre le pays à plomb, à la place du du Pacifique. Votes tous pour un homme de la place, pauvre comme vous autres, qui vous reconnaîtra toujours quand il sera messieur. Y a pas de soin pour ça ! = —Hourra ! pour Bizoune !”’ Bizoune salue et descend de la charrette au milieu des cris qui redoublent.

“—Qu'est-ce qu'on va faire à cette

—C'est pas fini! (C’est pas fini !

Et voilà l'assemblée qui moutonne.

Les chapeaux de paille valent au vent, les taloches pleuvent, les culbutes se

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