‹ Croquis et marines [microforme]Chapitre 18 sur 53 · LE DISPARU · texte numérisé non relu

LE DISPARU

——————— qu’il parlait au diable. C’est que, je vas vous dire ; il avait beau ne pas frapper coup des fois pendant toute la semaine, il avait toujours ses poches bourrées d’argent. D'où ça venait-il, je vous le demande ?

“Si vous voulez bien, ces messieurs, pour ne pas le faire reconnaître, en cas, je vas l'appeler Duprat, mais ce n’est pas son vrai nom.

“Pour lors, un matin, le nommé Duprat se met à table avec nous autres pour déjeuner. On mangeait, tout le monde, quand tout d’un Coup, il se met à dire à son voisin :—

—"Toi, Bussière, tu fais mieux de ne Pas aller au chantier, aujourd’hui.

—"Pourquoi ça, que dit Bussière ?

—“"Pourquoi ça ? C’est que j'ai rêvé à toi, c’te nuit. Et moi, quand je rêve à quelqu'un, c’est immanquable, il lui arrive quelque chose dans la journée.

“Vous ne me croirez peut-être pas, on s’est tous mis à rire.

Re je ne vas pas travailler, dit.

ET

Bussière, me payes-tu ma journée, Duprat ?

—“Je ne te paie pas ta journée, espèce de fou ; je t'avertis, c'est tout ! À cette heure, fais-en ce que tu voudras.

“Et l’on partit comme de coutume pour l'ouvrage.

‘ Cette journée-là, il y avait un cageux à descendre, un bout, sur ia rivière. Il y en avait à terre tirant sur les amarres, et quatre ou cinq sur la cage avec des gaffes pour parer au besoin dans les méchants passages. Bussières, lui, se trouvait droit en avant, et commeil allait, dans un petit rapide, piquer sa gaffe sur un caillou, elle glisse et le voilà qui enfile par-dessous la cage, en jetant un eri de mort.

“Sur les mêmes entrefaites, on entend un éclat de rire sur le bord de la rivière.

C'était Duprat qui suivait et criait :

“Je l'avais bien dit. Hein ”!

Page 1