SCÈNE D'ÊTÉ
Il fait très chaud. Durant les premières heures de l’après-midi, le mercure du thermomètre s’est maintenu, à l’ombre, au 90e degré. J'occupe, sur le quatrième parquet, sous les combles, dans l’un des faubourgs de la ville, une petite chambrette d'étudiant, dont l’unique et basse fenêtre ouvre sur l'horizon du nord et la vallée qu’arrose la rivière Saint-Charles.
J'ai voulu, après une longue journée d'étude et de préparation d'examen, m’en aller, comme tant d’autres, humer l'air du fleuve sur la grande terrasse de la ville. La foule y était énorme et, comme moi, décontenancée de ne pouvoir respirer autre chose que des bouffées d’une atmosphère fortement imprégnée des fumées
4 CROQUIS ET MARINE rene
âcres montant du port, avec quelques parfums ambiants de toilettes trop récentes. Sur les dix heures, il m’a fallu revenir à mon réduit en restant accroché aux bretelles d’un tram encombré.
Hélas ! ma chambrette est une étuve !
À mon lit, sur lequel j’ai voulu reposer ma lassitude, ne peut arriver cet air du dehors que la fenêtre toute grande ouverte invite pourtant à entrer. Et puis, cet air-là n’est que le rayonnement nocturne de toute la pierre artificielle ou non, de tous ces toits métalliques que le soleil a surchauffés tout le jour et qui voudraient aussi, eux, exhaler, dirait-on, leur malaise
Le sommeil, dans ces conditions, ne venant pas, je m'installe à la fenêtre et scrüte l’horizon, avec l'espoir d’y trouver quelque pronostic d’une ondée rafratchissante. Mais, non, c’est en vain. Ces éclairs qui clionottent là-bas, entre les contreforts des Laurentides —les prophètes de la température vous diront bien cela, —ne sont encore que des éclairs de