SCENE D'ÉTÉ
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chaleur. Non, il ne pleuvra pas cette nuit.
Or, quand dans son gîte un étudiant n’étudie pas, à moins qu’il ne dorme ou ne songe, comme l’autre, vous savez ce qu’il fait : il fume! Pourtant, n'est-il pas ironique d’allumer encore du feu si près de sa figure par une semblable température ? Quand le sang bout dans les veines et la sueur ruisselle sur l’épiderme !
Ironique ! non, pas tout à fait. Car il y a les contingences, ces causes et ces effets multiples, souvent mesquins, qui s’aAppellent, se suivent, se justifient. Par exemple, j'ai au-dessous de moi, dans le puits d'ombre où la cour a disparu, un massif d’herbages adventices au sein duquel des maringouins osés se donnent l'illusion de la campagne. Elles montent, ces bestioles, avec effronterie, jusqu’à mon oreille, et pour éviter leur piqûre empoisonnée, je les enfume.
Puisqu’il ne pleuvra pas cette nuit, ici et là, dans le voisinage, on s’est donné la
6 CROQUIS ET MARINES megane
peine, après le coucher du soleil, d’inonder les trottoirs et la chaussée d’où s'échappe encore une humidité fade qui nous suffoque. Les derniers magasins ont fermé leurs portes, et les ténèbres de la nuit, masquant désormais leurs vitrines, n’ont plus à combattre que le luminaire municipal et la clarté indécise de lointaines étoiles. A des intervalles de plus en plus prolongés, viennent troubler le silence, tantôt le pas fatigué d’un retardataire, tantôt la cloche et les halètements d’une locomotive dans les rues basses de la ville, ou la eourse des voitures du tramway, ces mille bruits enfin qui persistent dans une ville au sommeil. Entre autres, j'écoute avec commisération les cris d’un enfant souffrant de sa dentition, par cette température, là-bas, dans un humble logis de la deuxième rue, et dont les lamentations altérnent, se mêlent et s’exaltent avec les doléances soi-disant pacificatrices de la pauvre mère qui chante éperdument sa peine et son amour.