LE BON COUP DE HACHE DE LEON
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Léon Richard était cabaretier quelque part. Assez longtemps seul à son comptoir durant la journée, quand les soiffeurs étaient à la tâche, il se dédommageait de ses ennuis lorsqu’à la soirée, une fois poliment et obséquieusement servie, la clientèle, mise en train de causer par les bons crus, voulait bien de plus en plus s’intéresser au récit de ses prouesses et de ses hardiesses. C’est qu’il lui en fallait avoir parfois, de la hardiesse, et qu’il en avait à son crédit, ou prétendait en avoir, de ces prouesses, qu’on se plaisait à lui faire narrer, tantôt pour le flatter et trinquer avec lui à l’occasion, tantôt pour s’en moquer sans qu’il s’en aperçût du reste.
Car il avait un débit de paroles beaucoup plus personnel, sinon aussi coûteux que celui de ses liqueurs.
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76 CROQUIS ET MARINES remet À
Quand il tenait le crachoir, comme on avait presque toujours le temps, il ne voulait pas omettre le plus petit détail, ce qui nourrissait abondamment son récit, et il jouait littéralement son langage ; évidemment pour tenir son auditoire en éveil
S'il eut seulement pu songer à écrire ses narrations: scènes d’alcoolisme, histoires de chasse-galerie et de lo | avec cet impressionnisme qui intéressait tant nos grands-pères, et en saupoudrant tout cela de jurons du terroir, il aurait pu prendre une bonne place dans la galerie de tous nos conteurs canadiens, qui commence avec les deux De Gaspé et ne se termine pas encore avec monsieur Louvigny De Montigny. Mais son style était plutôt fruste, et il ne recherchait encore que l'effet momentané du débit qui n'empêche pas chez nous de mourir tout entier. C’est pour cela qu’il jouait littéralement son langage. Il faisait les cris et les gestes, disaient les gens, sans laisser, comme tant d’autres, dans le folklore