SCÈNE D'HIVER
Il fait grand froid, vers les trois heures de relevée. Sur le banc de neige encombrant le chemin du roi, à la hauteur du carré de la maison, un petit vent sec du nord-est chasse devant lui, depuis le matin, une poudrerie fine qui mord cruellement la figure du passant. Il faut se méfier, chez nous, des ‘“nord-est”’.—(C’est pour cela que la maison, œuvre de constructeurs qui savaient prévoir, a été établie, ainsi que vous la voyez, sur des bases asymétriques avec les grandes lignes de l’emplacement. Aussi, comme le lutteur qui s’arc-boute et tend l'épaule aux rudes coups, lorsque le bâtiment, de son pignon sans ouvertures, a subi et déjoué l'effort du grand “nord-est” d’hiver, celui-ci n’a plus qu’à filer outre
RS par le grand chemin, en vagabond qu’il est ; tandis que la giboulée, déroutée par cet écart inattendu, restera peut-être affalée, et la dune de neige de monter et monter encore jusqu’au retour des .
premiers soleils du printemps. Mais, dans sa demeure tapie à l'abri de cette dune qui lui dérobe l'horizon, le paysan vit heureux, comme dans un terrier.
Sans doute, il a fallu baliser cette route élevée comme un chemin de fer sur tréteaux, pour empêcher les étrangers de culbuter dans le casse-cou. Le postillon, lui, voyageur quotidien. payé tout exprès par le gouvernement pour s’y reconnaître, fera un détour à partirdu deuxième voisin, là où la neige “balaye’’ toute seule, et il s'en viendra. familièrement passer en arrière des dépendances, puisqu'on a tout particulièrement défait à cette fin une pagée du clos aux vaches. Il le fallait bien, du reste, pour cette autre raison de racheter le niveau du chemin public et pernettre aux gens de la maison de gagner les bâtiments avec les lourdes
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