LE LAC SEIGNEURIAL DE SAINT-BRUNO
pins noirs, les pins verts, au cœur des familles de bouleaux, au seuil des temples sans voûte des hêtrières.
Sur la lisière de l’eau, les petits saules émettent timidement la soi beige de leurs chatons. À toutes les branches des aulnes, de longues chenilles végétales secouent dans la brise froide une abondante poussière d'or, premier festin servi par la nature aux perdrix goulues, fatiguées de l’amère pitance des bourgeons résineux.
Au travers des feuilles mortes et des cailloux, les trinitaires, toujours pressées de fleurir, relèvent leur col fin, ployé pour le sommeil hivernal ; elles écartent leurs bractées pour déployer les capricieuses colorations de leurs calices : du blanc pur, du rose, du violet. Elles s’évertuent, semble-t-il, à suppléer toutes seules à l’absence des fraisiers, des violettes et des églantiers. Les abeilles qui font leur première sortie, les sont venues voir et fourragent déjà sans vergogne au fond des fleurs à peine ouvertes. Les villas sont closes ; les berceaux, vides et transparents ; les allées désertes. Les £&azons ne verdissent pas encore, pas plus que les vignes vierges enchatnées aux sottes rocailles qui ont la prétention d'en remontrer à Ja nature. Le soleil joue en silence à travers le vaste parc, et les écureuils festoient sur les gros glands gonflés d’eau qui crèvent sur les pelouses.
Courez en paix, écureuils roux, sur les gazons et sur les branches ! Libres perdrix, gavez-vous du pollen emmiellé des aulnes ! Abeilles besogneuses, frottez-vous les yeux pour chasser les derniers vestiges du sommeil de l'hiver, et ne laissez rien perdre du nectar des trinitaires ! Làbas, dans la ville bourdonnante, on fait des malles, on emballe des conserves et des chiffons, on graisse des roues et l'on gonfle des pneus. Bientôt les cornes sinistres vous chasseront de vos repaires, écureuils roux | les lévriers serviles troubleront vos repas, libres perdrix ! la puanteur des huiles, empoisonnera les corolles de vos fleurs familières, abeilles d’or! Et vous fuirez au loin sur les prés tranquilles quand le trèfle sera venu, ou dans les bois profonds quand le pin fleurira. .. et vous laisserez ici les pauvres arbres domestiqués, les pauvres fleurs rivées à la terre, et l’eau domptée, harnachée, condamnée à porter des fardeaux, à refléter des toilettes et des ombrelles !..,
Suis allé au bois!
Suis allé hier à Saint-Bruno, voir ma mie Printemps ! La neige a quitté la place. La cabane à sucre est cadenassée, mais la tonne oubliée sur le traîneau, et les copeaux frais jonchant les
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alentours, disent encore le joyeux labeur des jours derniers.
Dans la graisde lumi tres ont des pâleurs de nt, et de voir sans obstacle le eux, fait songer à aissée inachevée, à
Au travers des feuilles mortes, l’hépatique, partout, passe la tête. Les autres fleurs sauvages, celles de l'été et celles de l'automne, n’ont qu’une Parure : l’hépatique prend toutes les teintes du ciel depuis le blanc troublant des midis lumineux jusqu’à l’azur des avant-nuits, en passant par le rose changeant des crépuscules. La nature gâte cette première-née qui va disparaître si vite, avec les vents plus chauds !
u vert nouveau sur la grisaille des rochers.
Autour de moi, les jeunes hôêtres gardaient encore, recroquevillées, leurs feuilles de la saison dernière, et la brise, Soufflant à travers les files de petits cadavres blancs Y entonnait la chanson impor-
tune des choses mortes, si triste ainsi plaquée sur la grande Symphonie de la vie renaissante,
J'avais soif. J'ai blessé un bouleau merisier pour boire avec volupté à la coupe parfumée de la sève nouvelle. Et comme je m'éloignais, une vanesse, granG papillon aux ailes noires lisérées de blanc, s’est venue attabler à la lèvre de l'écorce ruisselante, D’un mouvement harmonieux, l'insecte abaissait et relevait alternativement ses grandes ailes veloutées, et parce que c'est le geste qu'il répète lorsqu'il festoie aux calices des fleurs, j'en ai conclu que, comme moi, il s’enivrait lui aussi, à la joie du renouveau.
D’avoir vu ma mie Printemps, suis revenu du bois, des fleurs plein les mains et de la jeunesse plein le cœur !
A montée est rude, mais la forêt merveilleusement belle, Les arbres, gros et droits comme des mâts, couvrent un flanc de montagne qui
MA) regarde Saint-Jean-Port-Joli, et où viennent se résoudre en pluie, les brumes balayées par le nord-est de dessus la face des eaux. Les pieds des érables et des hêtres sont chaussés de la peluche des mousses ; les troncs morts sont tout verts aussi, car la petite vie innombrable les recouvre et dérobe leur irrémédiable pourriture.
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Le sommet ! Redescendez un peu. Halte !
Voici le rideau d’aulnes qui frissonne au bord du lac des Trois-Saumons. Les mains dans la ceinture, l’on regarde avec volupté, en reprenant haleine, cette étonnante vasque taillée dans la blancheur du quartz, sur un sommet, tout près du ciel, semble-t-il à celui qui a ces deux mille pieds d’ascension dans les jambes !
Le lac est long, très long, cinq milles tout au moins. Il finit là-bas, vers l’est, et dégorge son eau claire par un torrent rapide. Cette eau est d’une limpidité absolue. La roche qui la contient ne se désagrège pas, pour former de la boue, comme il arrive dans la plupart des lacs laurentiens, où le satin de la surface dissimule presque toujours des fanges. Ici, c’est la pureté jusque dans les profondeurs et c’est pourquoi aucun nénuphar ne vient étoiler ces eaux cristallines et s’enrouler à la rame du passant comme pour lui dire : ( Arrêtetoi, nous sommes si beaux ! » Pas même une lisière de jones pour briser la ligne crue de ce rivage. L'eau bat la pierre, inlassablement, sans une fleur à caresser, sans une herbe à baigner.
C’est peut-être une marotte, de trouver partout matière à symbolisme, mais chacun regarde la nature avec les yeux qu’il a, vibre devant les paysages avec l’âme qu'il s’est faite, ou que lui ont faite ses atavismes et son éducation. Pourquoi ne pas avouer tout bonnement que cette