LA POINTE-DES-MONTS
créateur rappelle, des anses où ils nt passé la nuît, les groupes de goélands.
leur bec camus et leur corps fuselé. Ils ne sont pas beaux ainsi, rappelant par trop les naïves colombes de bois qui jouent gravement le rôle du Saint-Esprit, au-dessus de 1.05 chaires de Campagne ! Mais regardez-les aborder à la crête
’une vague, les ailes tendues et le corps en avant. Ils ont, pour prendre leur équilibre et replier leurs ailes, un mouvement d’une élégance suprême qui défie la pauvreté des mots !
Les sept ou huit maisonnettes blotties autour du phare ne s’endorment pas comme lui au lever du soleil ; elles rient à la lumière renaissante, d’un rire plein de chaux. On ne voit Personne, mais dans les entrailles de pierre, derrière les fenêtres closes, il y a sûrement des êtres vivants pour qui se déploie tout cet immense Paysage : un allumeur, quelques pêcheurs, quelques femmes au cœur simple dont toute l'affaire est d'aimer; quelques enfants, dont les âmes se modèlent à jamais, entre l'affection materaelle et la sévérité de l'habitat. Pour eux, la musique de l’eau sur le granit et la Symphonie aiguë des
la ligne infinie des rochers, l’éternelle successio: des vagues bleues et des arbres sombres qui
montent en rideau vers le nord mystérieux et sans limites où, après trois siècles d’efforts, l’homme si fier n’est pas roi!
Au beau milieu des cabanes de pêcheurs, une minuscule chapelle au front blanc regarde la mer, Pour ces quelques âmes étrangères aux complications de la vie et aux infamies sociales, elle représente l’idée d’une fin supérieure, une raison de souffrir et une façon de vivre ; et j'incline à croire que le Christ doit se plaire en ce lieu qui lui rappelle son lac de Galilée et où il retrouve l’eau pure, le granit éternel et le cristal des âmes !
UAND ils passaient dans leurs longs
Q canots d’écorce, ces hommes de
fer qui s’appelaient Chevalier de
Troyes, Jacques de Sainte-Hélène
et Le Moyne d’Iberville, — Foussés
vers le nord mystérieux par la
fièvre bien française des glorieux coups d’épée—
je songe que ce paysage-là, grandiose et inchangé, a rempli leurs yeux avides.
Depuis des centaines de milles, ils couraient
sur la glace ou pagayaient sur les eaux noires de
l’Ottawa, quand, après l’interminable portage du
CROQUIS LA URENTIENS
Long-Sault, ils entrèrent, avec le Printemps, dans les eaux profondes du Lac Témiscamingue, Et j'entends la vieille chanson normande,
Quand la nature est reverdie, Quand l'hirondelle est de retour, J'irai revoir ma Normandie :
C'est le pays qui m'a donné le jour !
fondue avec le Susurrement des avirons. Et je les vois, les grands canots cousus de fibres, aux proues en crosse, débordant de feutres larges et de pourpoints de cuir, glisser sur l'eau profonde entre les murailles granitiques de cette gorge qui, insensiblement, sans hâte, s’élargit et devient, sans que l’on y prenne garde, une petite mer intérieure. J'imagine que les yeux des hardis enfants de Charles Le Moyne, habitués cependant à la silencieuse virginité des Paysages canadiens, durent
fouiller avec inquiétude l'effrayante profondeur de cet horizon aux plans multiples, et admirer la
chevauchée, sous le grand ciel, des bautes collines
venant les unes après les autres s’affaler brusque-
ment sous l'eau, —gigantesques décors d’une vaste
scène de plein air où, à l'aurore du monde, auraient joué des dieux marins!
J’ai vu ce Paysage par un jour où la pluie, en s’enfuyant, avait oublié sur les sommets et les falaises une mousseline de brume. A Ja surface de l’eau, de petits Hots écailiés d'argent enchâssaient les tons chauds des billes flottantes, et se
ti
résolvaient dans le lointain, en une soie gris perle continuée par la pâleur du ciel.
Les rives du lae Témiseamingue sont saguenayennes. C’est dire d’un seul mot que le granit lépreux et nu, figé dans une attitude éternelle, tombe à pie dans le flot noir qui passe lentement, mais passe toujours ; que dans les ravines, coins de fraîcheur et d'ombre, le vert tendre des bouleaux adoucit le noir solide des masses de résineux. Mais le feu a ravagé par endroits, découvrant la blancheur des fûts et la grisaille de la roche, et l’on dirait, à cette distance, une moisissure blanche attachée au flanc d’un monstrueux cadavret
À mesure que l’on remonte le lac, le paysage s'élargit, l’eau et le ciel se rapprochent et les blanches mouettes font gentiment la liaison de l’un à l’autre. Est-ce pour reposer leur aile fatiguée que le manitou du lac a fait surgir de distance en distance, ces minuscules flets où quelques pins cyprès tordent leurs bras verruqueux ? ...Peutêtre ! Et pourquoi pas ? ... Les poètes ignorentils donc que tout dans la nature est appui et secours ! ... On sait bien que la fleur s’emmielle pour enivrer abeille, que le rocher se fend pour abriter la campanule et que les ramilles se façonnent pour retenir et bercer les nids! Ne peut-il
y avoir, à l'usage des êtres qui ne sont pas nous, un autre évangile de charité, un évangile