‹ Croquis laurentiens [microforme]Chapitre 17 sur 31 · CROQUIS LAURE \TI ENS · texte numérisé non relu

CROQUIS LAURE \TI ENS

Maiakisis est le nom algonquin d’un humble fière Oblat que le monde ne connaît Pas—parce que le monde ne connaît que ce qui est à lui. Il ne fut rien moins tépendant que la cheville ouvrière du vaste mouvement de colonisation qui a ouvert à la race, le pays du Témiscamingue.

Le frère Mofette—puisqu'il faut l'appeler par son nom— est au Témiscamingue depuis cinquante ans bien comptés. I] Y arriva avec les premiers missionuaires Oblats qui étaient alors, avec les employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson, les seuls blancs sur les eaux supérieures de l'Ottawa. Les sauvages ont atteint la perfection dans l’art si difficile de nommer ou de définir d’un mot. Les Algonquins qui fréquentaient la Vieille Mission, remarquant que le frère se levait avec le jour pour Vaquer aux multiples soins matériels de l'établissement, l’appelèrent sur-le-champ Maiakisis, «comme le soleil.» Jamais ils ne sont tombés plus juste, Depuis cinquante ans Maiakisis, en effet,se lève avec le soleil et comme

lui, il éclaire et réchauffe les colons, ses frères et ses amis.

Il a bien soixante-dix ans. Une robuste carrure, de larges mains faites aux plus durs travaux, mais surtout une tête puissante modelée par l’ongle de la vie et dont les traits profonds convergent sur des yeux remarquables, des yeux intelligents, malins et doux. Matin et soir, aux heures de prière

RS “ediNl TN

MAIAKISIS 97 Conventuelle, il porte soutane et crucifix d'Oblat. Le long du jour il a généralement d’alpaga et un feutre à large bord.

Doué d’une force physique eXtrao:dinaire, d’une calme énergie toujours victorieuse sûre d'elle-même, et d'un véritab:; nisation, le frère Mofette fût de de—on l'a souvent dit—général ou millionnaire. On ne coulera P&S sa statue car il n’a versé le sang de personne ! J'ai la témérité de croire, à Part moi, qu’il a fait beaucoup mieux e beaucoup Plus : il a travaillé indirectement au salut de beaucoup d’âmes ; il a fait du bien aux colons ses frères ; il a multiplié les clochers, agrandi le Cela peut et

une blouse

parce que génie d’orguvenu dans le mon-

domaine de la vie et de sa race.

doit suffire à la plus robuste des ambitions,

broke, et plus tard, depuis Mattawa, couchant à la belle étoile par des froids hyperboréens. Malgré sa façon toute simple de raconter les plus affreuses choses, on devine en l’écoutant l'horreur de certaines nuits passées à courir en raquettes autour du cheval, frappant sans cesse le pauvre animal, de peur que l’homme et la bête ne s’endorment tous deux d’un sommeil mortel !

La Baie des Pères, paroisses de l'intérieur, tou cette vie débordants, au fond, c’

tes concerns minières, le frère Mofette est resté l’humble religieux ser-

bé dans le sillon, la bêche à la

Premier, et tout seul, crut à Î l’avenir du Témiscamingue ; c’est lui qui en pres- F El sentit la richesse ; C’est lui enfin qui jeta en terre | El la première poignée de blé, I] m'a raconté Juimême cette simple histoire qui ressemble de loin à une parabole évangélique.

En ce temps-là, le P. Pian étant Ï la Mission sur la passe du lac i

frère Mofette administrait Je le petit jardin et aïidait les pèr tère.

temporel, cultivait

Souvent l'infatigable Convers avait sillonné . le lac dans tous les sens, et la Magnifique Baie du côté nord-ouest l'avait séduit. ]] Y pensait, I]

ne AUR N 2

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en parlait. Il en rêvait. Il en importunait son supérieur dont l’idée était faite sur l'impraticabilité de toute cuiture dans le Témiscamingue, — beau domaine Pour une réserve sauvage, mais que, selon lui, les blancs n’occuperaient jamais. Cependant, le frère ne se décourageait pas. Dans ses voyages, il avait vu partout, à l'intérieur, de beaux vallons en pente douce et de grands plateaux argileux ; il avait observé la vigueur de la végétation sauvage dans les bralés, le long des rivières et des ruisseaux, il avait écouté le bouillonnement de la vie dans le sein de cette terre qui ne demandait qu’à s'ouvrir, à produire, à nourrir !

Un matin, dans la Pauvre chapelle, le frère Mofette, en quête d’un sujet de méditation, ouviit son évangéliaire et lut : «Je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d'ici là, et elle sy transporterait, et rien ne vous serait impossible » (S. Math. XVII, 19). I] ferma le livre et durant une demi-heure se livra à une oraison fervente, où il Y avait de la foi, des montagnes, de la charité, des souches, de la confiance en Dieu et de beaux champs de blé! Après le déjeuner, il fit venir Pierre et Antoine, deux orphelins

—Vous prendrez Le Rouge dans Ja friche et lui mettrez Je harnais, Vous irez ensuite cher-

Pour un petit voyage !.

Fous de joie à avec Maiakisis, les

, il exposa pour la centième fois son projet de faire un mo

rceau de terre à la Baie.

Le P. Pian étai matin-là. Il se fâc

mais ne me p C'était un

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sions préparées à l’avance, et nous à force de rames, I] faisait une de mai, mais un peu froide.

petits sauvages :

prîmes le large belle journée Je disais À mes

Père Supérieur ne change d'idée!

Une heure après, les chalands touchaient terre et s'amarraient à un

dessus de l’eau. Bientôt le b

rants ! ., Maiakisis Maiakisis faisait de la terre!... Deux jours... Trois jours... Et le grain doré vole dans l'air,

donne à la terre grise du Témiscamingue son premier baiser !

& Il y a déjà longtemps de cela. Aujourd’hui, sur le site même, s'élève une grande église où, le mes, de femmes et

illis, pour écouter le Successeur du P. Pian lire dans le livre sacré la belle parabole du semeur :... «Une autre partie tomba dans la bonne lerre...»

CROQUIS LAUREN TIENS

Et dans l'ombre de sa stalle, arrière de l'autel, Maiakisis, les mains dans les manches de son surplis, murmure en regardant, sans en avoir l’air, les rangs pressés des fidèles :

—-..€t rendit cent pour un !

presque en

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L'ÎILE-AUX-COUDRES

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