‹ Croquis scandinavesChapitre 3 sur 8 · I—' ^ ID · texte numérisé non relu

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ces indelebiles des coups de couteaux qui ont servi a enlever la I 1' peau et los chairs.

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Au premier otage est une trfes-noinbreuse collection d'ossements Immains et de moulages, voire meme seize squelettes des races du Kord, qui font le's delices de notre docteur; nous I'y l-ais5ans, et nous passous a I'antb ropologie et a I'histoire naturelle; mais, presses par le temps, nous ne pouvons voir que supcrficiellement.

Outre deux squelettes complets d'elephants, un d'liippopotame et une superbe tete do narval, dont la defense a trois metres de long, nous voyous encore une carcasse de baleine, une magnifique tete de rhinoceros et uiie splendide collection de squelettes d'oiseaux aquatiques et terrestr-js. Parmi les grands quadrupedes, deux superbes excmplaires d'alces palmatus, de cervus tarandus,. un ursus arctos, des aplocerus montanus. Puis vicnnent toutes les especes de rcnards, depuis Fisatis jusqu'au renard commun; une collection de singes, de phoques ; parmi ces dorniers, un fort beau phoque barbata etun cystopliora cristata. Mais I'empaillage en general laisse un pen a d6sirer.

Une salle entiere et deux grandes vitrinos remplies de bocaux sont consacreos aux poissons d'cau douce et d'eau sal6e.

Parmi Ics gallinaceos speciaux aux montagnes de Norwege, une mag-nifique et tres-nombreuse collection de tatras a queue fourchuc, de lagopedes, de grands coqs de bruydre et de gelinotes blanches.

Plus loin, parmi de rares et nombreux palmipedes des regions arctiqnes, I'eider, au chaud duvet, dont nos belles frileuses s'emr parent, sans penser que le pauvre oiseau, arrachant ses fines plumes, les avait preparSes pour servir de couche moelleuse a sa progeniture, et uon pour rechauifer leurs petits pieds.

L'age de pierre, largement represente, nous montre ses silex tallies ou polls, ses belles lames, ses pointes de fleches aux fines retouches, ses grattoirs, ses scies aux eclats symetriquement enlev6s, ses couteaux, ses marteaux, aux formes si vari6es et d'un travail si parfait. Deux petites vitrines attirent surtout noti-e attention et notre curiosite : ce sont des objcts rapportes tout dernierement de Laponie et du cap Nord par le professeur Nordenkjold ; ils sont en os ou en bois de renne travailles, voire meme

en silex ; le tout identique aux instruments pr6historiques trouves dans les grottes et les cavernes.

Mais le temps passe trop vite dans ces mus6es, il nous faut rentrer. En revenant, nous aclietons bon uombre de vues photographiques du pays, et bien nous en a pris ; car, en arrivant a I'hotcl, on nous annonce que nous devous partir de suite. Nous renoncons, nou sans peine, a une partio en voiture que nous do- Yions faire le lendemain a la montagne, au beau lac de Siliane ; et, bouclant uos malles, nous courons a la gare (a Jernbanetorvet). Nqus rogrcttons vivemont ce depart precipite, qui nous empeche de penetrcr plus intimemcnt dans la vie des indigenes, surtout dans les habitudes du peuple, seul moyeu cepondant de connaitro les mceurs d'uno nation. Mais il nous faut arriver a Stockholm pour I'ouverture du Congres.

jS'ous montons en wagon, il est 4 heures du soir, et peu d'instants apres, le train s'ebranlo, nous cntralnant vers la Suede.

Nous sommes une douzaine de Francais, y compris une ieunc fllle charmante. Mile A. V..., de Grenoble, qui accompagne son pere dans co long voyage. Nous avous pu nous installer tons dans le memo wagon ; et quel wagon ! Chaque compartiment communique avec le suivant par une porte glissant sur des rainures, qu'ou ferme ou qu'ououvre a volonto. Une plato-formc ou balcon regno a chaque extremite et, par surcroit de confortable, des fontaines Wallace sont installers en 1'" et en 2"= classe pendant los chaleurs de r6ti5.

Noua interrompons souvent notre conversation, viveet animee, pour admirer la belle nature qui sa doroule a nos youx. Les champs cultives cat d6ja fait place aux intorminables forets de pins. Les teiutes noiratrcs do lours souibros ramoaux, tranchant sur le vert tendre des elegants bouleaux, a la Wanche ecorce, offrant le plus joli contraste.

La voie ferree traverse cos immenses bois et nous laisso voir en passant des moraines, dos blocs erratiques enormes, traces ineffacables laissees par les auciens glaciers. Mais, dans ces vastes solitudes, pas uu oiseau, pas un quadrupede ! Lo regne animal semblc n'y avoir pour representants que des corneilles griscs.

clont, de temps a, autre, uii vol nous anuouce uu defricheuient, une fermo isolee. Les pins ont 6te abattus, les racines l)rul6es, et le paysan norwegien jetant dans co sol vierg-e I'orge et ravoine, prosqua jamais do bl6, domande aux huit ou dix semaiues de sou cliaud mais trop rapide etc, la subsistauce de sa famille pour le rcste do I'annee.

Cotte rapidito excessive grace a laquellc, dans ces pays du Nord, la vegetation atteint uu cnticr dcveloppoment, parait surprenantc au premier abord ; mais les memes causes qui produisent ces rigoureux hi-^'ers y produisent ogalcmeut , en juillct et aoiit, une chalcur tres-forte. Le soleil, pendant les vingt-quatre heurcs du jour, resto sur I'horizon seize ot dix-huit heures, et ces terres hun.ides, echauflKes par ses brulants rayons, n'ayant pas le temps de refroidir, dounent une vegetation rapide, et les fruits murissent plus vite que dans un pays plus tempore.

Nous traversons une serie do torrents, de petits lacs d'eau douce ; leurs bords, moins sauvages que ceux des fjords, n'on sout pas moins pittoresques et fourniraient a un artiste mille sujets ravissants. A leur surface limpido et calme, des hommes, armos de longs batons , vout , vienncnt sur d'innombrables troncs do pins que la cogn^e du bucheron a fait tomber pres de quelquo torrent. Livres, cbacun avcc sa marque (comme cela se pratique dans nos Pyrenees), a ces routes liquidcs, ces arln-cs flottent des mois, des anneesentieres augrede cos fleuves torrentueux, dont nos fleuves de France ne pcavent donner I'idee. Emportes au travers des blocs qui en eucombrent le lit, s'entrocboquaut les uns les autres, sautant les cataractes, ou s'arretant quelquefois dans une anse pour reprendre plus tard leur course errante, ils arrivent enfin dans les lacs, oii on les trie suivant leurs marques ; apres cet instant de repos et do treve, ils se dirigent do nouveau vers la mcr pour se repandre de la dans le commerce du monde entier.

Comme je I'ai deja dit, c'est sur ces defrichements que le Norwegien s'etablit et s'y bMit une maison a pen de frais.

Toutes ces habitations, peintes en rouge fonce et elevees audessQs de la terra a cause de la neige, sont faites avcc des troncs do sapms equarris sur deux faces, dont les interstices soigneusement

buucheos aveo do la mousse les reudeut tres-chaudes peudaut I'hiver. Leur toiture est faite dcs memes materiaux, auxquels on ajoute des mottes de gazon. La bruyere, le rododeiidron y poussent souvent ot egayant de lours ramoaux de flours cos rustiques demeures, leur donnent un aspect pittoresque et cliarmant, ot les protogent contro la pluie ot lo veut,

L'ocorce du bouleau est egalemeiit employee comme toiture. De cet arbre, aussi utile pour lui que le palmier pour I'Indien, le Scandiuave tire presque tout ee dont il a besoin : les plats, les ecuelles de son menage, et memo scs instruments aratoires. La seconde ecorce lui donnne la belle teinture rouge dont il colore ses filets ; do la seve, enfin, il extrait une liqueur connue dans lo pays sous le nom de vin de bouleau.

A I'epoque de I'ago de bronze, les ancctres des Scandinaves so servaient deja de cet arbre ot tiraient de son (§eorce une cspece de poix. Au Mu?ee des antiquitos scandinaves a Stockholm, sous le numoro 2918, nous avons pu remarquer un grand pain de cetto poix tiree do I'ecorce du bouleau et contenantde petits fragments d'ambre. Elle servait a remplir les parties creusos des objets en bronze, a Inter les couvercles des vases sepulcraux et des cercueils en bois, a fixer les poiutes dc lance aux manches, etc. Ce pain que nous avons vu a 20 centimetres do 'diametre, et fut trouve avec treize autres pains de poix, dans une petite tourbiere, a Tagarp (Skanie). Los pains etaiont places sur les bords I'un a c6te de I'autre. Oscar Montelius, dans ses Antiquites suedoises, imprimees ot publiees a Stockholm en 1873, en donne un dessin sous le numero 194 de la page 58.

La plupart des paysans norwegieus , rendus ingenieux par I'eloignement des grands centres et la n6cessite, cette feconde more de I'invention, apprennent d'eux-memes les arts ot les metiers utiles. lis sont tres-adroits a sculptor, ot, grace a ce talent, qui leur pormet de cultiver a leur aise leur long et rude hiver, ils se plaiseut a orner I'interieur de lours demeures, a decorer dc gracieux dessins, de fines arabesques tous lours ustensiles de menage, et executent ainsi, sans avoir jamais en de maitres en aucun genre, une multitude dc charmants ouvrages.

A Bryo, nous nous approchons de la montagne de Ryenhjerg-eil, dont nous suivons la base pendant quelque temps.

Nous passons successivement les stations de Grorud, do Strommen et laissant dcrriere nous des collines boisees, ca et la cutre-^ coupees de cultures, nous francliissoas deux torrents qui se jettent dans lejoli lac d'Ojercn.

Lillestrommen, oil nous arrivons, a plut6t I'apparence d'un Yillage que d'une station de chomin do fer, taut est grand lo nombre do scieries de bois et autres etablissements industriels construits aux alentours, dans la yaste pleine alku'iennc que forment le Glomen et ses affluents. Nous laissons ensuitc a notre gauche les plaincs d'Ovre Romcrike et continuous notre route vers Kongsvinger.

An sortir d'uno sombre foret, nous travcrsons le Glomen sur un pont pittoresque, fait de madriers de pins solidoment lies les uns aux autres, et suivons sa rive gauche. A cet endroit, profondement encaisse dans des murailles presque a pic, rimpetuoux torrent brise ses vagues ecumantes centre des blocs de granit encombraat son lit. C'est en vain qu'il lance centre eux les innombrables tronos de pins qu'entraine sa course vagabonde.

Nous voudrions faire arreter le train et admirer plus longtemps ce site ravissant ; il marche toujours, et, quelques instants apres, les rapides du Glomen, caches par les bois, ont disparu a nos yeux.

Nous approchons de Kongsvinger ; le jour a baisse et nous n'entendons plus que le grondement formidable du torrent, qui bouillonne tout pros de nous.

Nous sommes rendus et ne devons repartir que le lendemain matin.

II faut aller a la recherche d'un glte et d'un diner. Les quelques lits de la station etant pris, nous aimons mieux aller au village que de coucher dans les wagons. Nous traversons le Glomen sur un beau pont de bois, et une demi-heure apres, notre petite troupe arrivait au village, a I'hotel d'Angleterre. — Qui pouvait s attendre a trouver uu hdtel au fond de la moutagne ! — On nous organisa promptement (contrairemcnt aux habitudes du

pays) un diner norwegien, dans une vaste chambre dont le parquet, fait do bois de pin , est convert do petites branches du memo arbre melees a cellos du bouleau ; les murs, les plafonds, tout est en pins vernis. Nous faisons honneur aux mets nationaux, le renne, les anchoix, le jambon fume, et, joyeusement, nous les arrosons de biere escellento et de the, pendant qu'un gros Saxon, fumant une pipe digne d'un AUemand, rit de son gros rirc et bavarde dans la chambre voisine avec la maitresse de rh6tel, dans un patois impossible a definir.

Apres le repas, nous gagnons nos chambres a coucher , ou regne la proprete norwegienne dans toute sa rigueur. Je me rappelle encore nos lits de bois yeniis ainsi que les lambris : au besom, lis auraient servi de glace. Et, dans des draps bien blancs, nos membres fatigues so reposent admirablement, pendant que notre esprit s'egare avec complaisance au milieu de ces lacs pittoresques, de ces forets immenses et ces fleuves torrentueux que nous venons do traverser. Des rideaux de gaze grossiere ornent les fenetres et donnent a notre logis cot air soigne et d'aisance qui regno on general dans les habitations norM^iennes et frappe agreablement les voyageurs dans ces pays du Nord.

Mais, le matin, il nous faut quitter Kongsvinger et gagner la gare.

Le soleil so leve et deja ses premiers rayons, traversant la cime des pins, commencent a oclairer le pittoresque paysage qui nous entoure. Sur notre passage, les oiseaux gazouillent dans les haios d'aub6pines fleuries, et, par leur joyeux babil, semblent souhaiter bon voyage austouristes qui les quittcnt si promptement.

Nous partons et, un peu avant Charlottenberg, nous entrons sur le territoire suodois.

Nous sommes deja a 13 millcs do Christiania. Nous saluons au passage la petite villo d'Arvika, ses forgss et ses verreries. Avant d'arriver a Brunsberg, nous traversons le beau lac de Vermelen sur un pont de plus de 2,000 pieds de long; plus loin; c'est le hardi et elegant viaduc jete a 60 pieds d'61evation sur le Norselfven. Jusqu'a Kil, la nature est snperbe et les plus jolis sites s'ofTrent a nos reg-ards.

En passant du sol uorwcgien sur colui de la Suede, on est biont6t saisi d'un changement notable dans I'aspect de la nature, Les cultures sembleut plus belles et bs nioissons plus fecondes; de temps a autre, de jolies fernies se montrent au milieu d'une verto clairiere tout omailleo de fleurs aux mille couleurs ou sur Icsbords d'un limpido cours d'eau, dont les petites vagues en miniature viennent mouiller les racines des pins. Les habitants euxmemes paraissent suivre a pen pres la memo transformation que le sol. Eu effet, Ic Suedois est moins rude de caracterc que le Norwegien. Un magnifiquo pont do for nous conduit a Carlstad. Fondee en 154S, par diaries IX, cette "ville a toujours 6te une des plus considerables de la Suedo par son commerce. Grace a la riviere qui la partage en deux parties, elle no fut qu'a dcmi detruite par le terrible incendie de 1863, ct son exposition permanente des produits do la province fut sauvoedu desastre.Un inois plus tot nous aurions pu nous y arreter et voir la fameuse foire de Permessan , une des plus importantes de la Suede. Nous dejeunons au bufl'et de la gare ; je ne puis passer sous silence son mode d'installatiou. A la porte d'entree, pour le prix modique d'un rixdael, on vous delivre un billet : muni de ccttc contrcmarque, Tous avez le droit d'user de tout ce qui est servi, ct largoment, sur les nombreuses tables du buffet; en sortant vous rendez votre carte. II serait a souliaiter que cet usage, ordinaire dans lo Nord, passat dans nos mcBurs et en general sur les ligncs forr'^ias. Les voyageurs ne s'en trouveraient pas plus mal que nous ne i'avons eto pendant notre voyage sur les railways scandinaves.

Apres un quart d'beure d'arret, nous repartons. Nous travcrsons le Karelfven, puis le pittoresque lac do Krappbar, sur une ■etroite langue de terre, longuc de plus de 5,000 pieds. Les forets soiit moins epaisses et moins froqucntes. Nous nc lour disons cepenflant pas adieu et, de temps en temps, nous les retrouvons avec lour humble vegetation d'arbustcs, de fleurs et deplantos. La ce sent do ravissantcs bruyeres et des touffes dc rododendrons ; ailleurs, des airelles, aux fruits bleuatres, poussent pres des fromboisiers sauvages. Plus loin, les foug-eres, an feuillage .svelte ot deconpe, marient leurs verts rameaux aux elogau*?

thyrses d'innombrables 6pilobium aux dSlicates fleurs roses. N'oublions pas les seuls etres vivants que nous ayions vus sous Tombrage des forets. Au pied des pins, de nombreuses fourmillieres, de dimensions cdossales, servent de demeure ^ d'enormes fourmis noires.

Avant Carlstad , des la station de Skare, nous apercevons dans ■la direction du Sud une immense etendue d'eau se prolongeant jusqu'aux limites de I'liorizon ; c'est le "Wener, dont les grandiose?, proportions font une veritable mer interieure, un des plus considerables et des plus beaux lacs d'Europe ; il a 35 lieues du Nord au Sud et 14 de I'Est a I'Ouest. Nous c6toyons cette admirable nappe d'eau jusqu'a Christinehamn. Par moments, nous nous en eloignons ; d'autres fois, nous nous en rapprochons tellement, que les vagues qui rident sa surface viennent, pour ainsi dire, mouiller les roues des wagons de leur blanche 6cume. Des navires, des barques de pecheurs sillonnent le lac en tons sens et desservent ses rivages. Tout cela yient animer cette belle nature, et nos yeux ont peine a se detacher de ce pittoresque tableau.

Christinehamn, peupMe de 3,700 ^mes, fait un commerce tresimportant de fer, et le trafic en a lieu surtout a la foire de la mimars, appelee Fastiugs-Marknaden. N'oublions pas, avant de quitter ce petit coin de terre, de signaler sa curieuse eglise, en bois ; je vous recommande, ami lecteur, sa bizarre architecture. Entre cette station et celle de Laxa, oii nous aliens changer de train, nous laissons a notre droite le grand lac de Mockeln. Pr^s de Dejerfors, nous travorsons un magnifique pont en fer de 200 pieds de long et haut de 40.

Laxa, situee presque a egale distance du Wener et du "Wetter, est actuellement le point central des r6seaux ferr6s de la Suede et tete de ligne pour le Nord-Ouest, I'Ouest et le Sud du royaume. Nous quittons cette ville §, une heure de I'apres-midi, et continuons rapidement notre route au travers de cette magnifique nature qui se deroule sans cesse a nos yeux. Nous avons bientdt depasse Hallsberg, Wingaker et le magnifique domaine de Sapstakolm, ainsi que trois ou quatre autres chateaux appartenant a de riches seigneurs suMois.

L'immense lac de Hjelmaren, la petite ville de Katrinekolm ont disparu al'horizon, ot nous sommes deja a Gnssta. Peu apres, au sortir d'un long tunnel de 465 pieds, Sodertelge ne tarde pas a se montrer a nous.

Autrefois, cette ville eut I'liouneur de servir fr6quemment de lieu de reunion des Etats ; mais, brulee par les Russes en 1719, I'antique cite n'a jamais repris son ancienne grandeur. En quittant cette station, nous nous rapprchons des rives pittoresques du Melar, que nous suivons jusqu'a notre arrivee a Stockholm.

Le Melar a ses rivages couverts de fermes, dont les vertes prairies s'avancent j usque dans ses ondes. De distance en distance f Emergent des lies, des tlots ; les premieres, souvent habitees, lais-

sent voir au milieu des pins et des bouleaux les rustiques demeures de leurs habitants ; les autres montrent seulement leur croupe de granit arrondie et presque nue. Quelques vieux pins y trouvent a peine une nourriture suffisante pour y vegeter miserablement. Avant la station de Liljeholmen, nous traversons le magnifique tunnel de Nyboda, long de 932 pieds sur 18 de haut et autant de large. La campagne devient plus belle, les champs plus nombreux et mieux cultives ; de legeres embarcations a vapour, des steamers sillonnent en tous sens les eaux bleues du Melar. Un changement graduel s'opere dansle paysage, un air de civilisation, un je ne sais quoi qui annonce un grand centre. En effet, nous approchons ; deja les fumees de la grande ville montent moUement dans les airs en blancs panaches , les fleches hardies de ses temples et de ses eglises se detachent sur le ciel, d'une puretS sans egale, et un soleil radieux eclairant les monuments de la capitale du Nord, fait miroiter a nos yeux dans les eaux de la. Baltique et du M61ar leur silhouette tremblottante.

Nous sommes a Stockholm et mettons enfin le pied, le jeudi 6 aout 1874, a 4 heures du soir, dans la grande metropole scandina-re.

Avant de nous lancer en plein Congres, au milieu des fetes royales, des excarsions tout a la fois scientifiques et pittoresques, jetons, si vous le voulez bien, un coup d'osil rapide sur cette grande cit6, oii nous venous d'arriver.

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Pour s'eii apargiier la description, plus d'un touriste la compare' h la roino do I'Adriatiquo et I'appolle la Venise du Nord : c'est plus simple ot plus vite fait.

Pour ressembler a la cito des Doges, il manque a Stockliolm cos innoQibrables canaux quo sillonnent de leg-eres goudoles, ces palais, vraie dentello de sculpture, cliefs-d'oeuvre dos grands maitros vuniticns, los flots bleus de I'Adriatique,. et surtout ce brillant soleil do I'ltalie.

Mais, si Stockholm pout envicr tout cela a sa rivale, il lui restc sa position unique sur les bords d'un lac ravissant, un des plus beaux du monde, au milieu d'une nature pittoresque et oii tout semble s'etre reuni pour reudro s6duisants et gracieux scs magnifiques environs.

Cost dans les temps les plus recules do I'histoirc scandinave qu'il nous faut aller cherclier I'etimologie du nora do Stockholm. ]3n effet, les plus anciennes chroniques parlent deja de Fendroit oil cetta ville est situee aujourd'hui.

Apros avoir vaincu lo roi fiulaudais Frosto et emmene sob onfantsen captivito, loroi Ague revint en Suede et mouilla a Stockholm jiour J celebrer so i uiiriago avec la belle Skjalf, fillc do Frosto. Oelle-ei tDutjfjisu'ajcepta I'honneur do cette alliance que pour vunger la raort de son pero. Apres un festin somptueux ou Agr.o ct les siens s'ejiivrerent, Skjalf et son frere, ainsi que les autros prisonniers, se prevalant de leur superiority momentanee, pendireut lo roi a un arbrj et prireut la fuite. Depuis cet. (§venement, aussi romanesque quo tragiquo, la petite ile qui en fut le theatre, en 465, porta pendant quelque temps le nom d'Agnefit.

C'est sur son rivage, suivant une autre tradition, qu'apres de longucs annees do route, vint ochouer I'onormo tronc d'arbre de Sigtuua. Mais la legende no nous rapportc pas si los habitants do la petite lie du Molar retrouverent dans la cavite du geaut des forets les immenses richcssos do la fiorissante cite detruite par les Estos en 1188.

p]ncore livres aa culta d'Odin , ces peuplcs naifs cruront voir ftan* CO flit un miracle do lours divinites, et, pour en le'nu'r lo

souvenir aux ages futurs, ils appeloreut leur -viile Stockholm (des deux mots : stock, trouc d'arbre, ct holm, petite lie).

Au siecle suivant, Birger Jarl sut apprecier a sa juste valeur la position de la cite naissante ; des remparts farent construits^ et, sous le vegne des Marguerite, des Wasa, des Charles XII, des- Gustavc-Adolphe, la capitale de la Suedo concLuit peu a pen le rang- quelle occupo aujourd'hui.

Stockholm (59» 20' 20 latitude Nord et 15° 43' longitude Est), peuplec dc 145,000 ames, est assise sur les deux rives du lac Melar, a son embouchure sur la mer Baltique, et batie sur deux presqu'iles et plusieurs iles, joiutespar des pants, De legeres embarcations a vapeur en mettent constamment en communication les differents quartiers et, dans leur course incessante et rapide, semblont vouloir faire concurrence aux blanches mouettes qui cffieurent les ondes.

Du cote de la mer, la ville, ainsi que toute cette partie de la cote suedoise, est protegee par un archipel d'lles, d'ilots et de rochcrs ; on les compte par centaines ct on leur a donno le nom de Skargard.

Les constructions sont d'un style fort simple, et, se conformant aux exigences de leur clirnat rigoureux, les architcctes suedois, sobres de tout ornement exterieur , consacrent presquc tout au confort et au bien-etre interieur. Point de sculptures, de ccs motifs d'ornementation, si communs dans nos pays temperes ; partout de grandes lignes ; rarement quelques details un peu lourds de forme , mais s'apercevant a peine, viennent rompre la monotonie des lignes. Mais ces defauts vous les retrouvez partout, depuis le palais du roi Jusqu'aux riches hotels du quartier dc Drottniuggatan, dans les monuments publics comme dans les maisons particulieres. Soules de nombreuses fenetres a double chassis coupeut rogulierement ces longues facades aux coulcurs tristes et ternes. Chose singulierc, pas une scule rue de la grande cite seandir«avc neporte le nom d'un des grands hommes de la Suede, ou d'uuo des batailles qu'ont autrefois remportoos ses armees. Combion do fois, avec nos amis, de=; hauteurs de Moscbacke,

n'avons-nous pas admire la ville 6tendue a nos pieds, d6roulaut k nos yeux ses quartiers, ses monuments et ses places.

C'est d'abord le faubourg Sud, dont les constructions s'elevent en amphitheatre aux flancs de la cohine, tandis que sa base se baigne dans les flots ; puis le vieux Stockholm, le Ridarkolmen (He des chevaliers), qui vit, en 1523, debarquer Gustave Wasa, revenant vainqueur des Danois; son Abbaye (sepulture des rois de Suede ) detache sur le ciel r61egaiite silhouette de sa haute fleche en fer, decoupee a jour. Plus loin , le Staden (ou la cite) avec le chateau royal. Brule en 1697, il fut retabli et acheve sous la direction du comte Tessin en 1753. C'est un immense quadrilatere de 391 pieds de large sur 418 de long, du Nord au Sud.

L'interieur du palais est presque toujours accessible aux visiteurs pendant I'ete, ou les membres de la famiUe royale habitent leurs chateaux ou sout en voyage. ■

II faudrait un volume pour detailler ce que renferme le palais, soit en magnificence, soit en objets d'art et de prix.

Les salons, les appartements particuliers, decores avec un luxe inoui, contrastent vivement par leur somptueuse ornementation avec la simplicite du souverain qui I'habite.

Du cote Est, un escalier monumental a double voMe , soutenu par de belles colonnes monolithes en granit gris de Solnay donne acces. La facade Quest est ornee d'enormes cariatides en pierre et de medallions avec les portraits des anciens rois.

En quittant le pout du Nord, on monte au palais par une rampe nommee Lejonbaken (la mont6e des lions) .

^ A droite et k gauche d'une magnifique balustrade en granit, s'elevent deux enormes lions en bronze. Au fronton se voient leti armes de la Suede.

Le c6te Sud contient la chapelle du palais, la salle d'Etat, I'une des plus belles du chateau, tant par sa magnificence architectonique que par ses decorations.

Dans une des ailes du palais se trouve une belle galerie de tableaux et la riche bibliotheque royale, qui possede, entre autres raretes, le celebre Codex Aureus, traduction latine des Evang6listes, en lettres dories sur parchemin violet et blanc ; le Gigas

Ubrorum, on collection tres-curieusedemanuscrits,ecrits du neuvieme au treizieme si6cle, et plus connu sous le nom de Bible du Diable.

Le Ridarkaus, ou lieu de reunion des chambres de la noblesse suedoise, est un des plus beaux edifices de Stockholm. A I'exterieur, c'est un monument au style grec, dont la porte principale s'ouvre sur un haut et vaste perron, par lequel on descend a une large place qui le precede.

Interieurement un double escalier conduit a la salle des nobles et ses murs sent entierement recouverts des ecussons des seigneurs scandinaves. Sous ces nobles lambris se tenaient les seances du Congres scientifique.

A Basilioholmen s'eleve, avec un portique monumental, en marbre de Colmar, le Musee national : il renfermc les musses de sculpture, peinture, armes, arch^ologie et antiquit6s 6gyptiennes. Pres de lui, le Grand-H6tel, magnifique construction, une des plus belles de la ville.

J'ai parle tout a I'heure du pont du Nord, ou Norbro, jete audessus de I'ile du Saint-Esprit ; d'un cdte il aboutit a la place de Gustave-Adolphe, sur laquclle donne le palais du prince heritier ; de I'autre au chateau royal. II met ainsi en communication le quartier du Nord et le Staden. C'est la partie la plus vivante, la plus animee dela capitale. Deux terre-pleins, qui longentle pont, lui donnent un aspect tout particulier. L'un, a son niveau, supporte le Bazar ; des marchandises de toute sorte remplissent d'elegants magasins et une foule nombreuse y stationne sans cesse. L'autre, un pen au-dessus des flots de la Baltique, est le Stromparterren, charmant jardin public aux ombrages delicieux, ou tous les jours une excellente musique se fait entendre jusqu'El une heure avancee de la nuit.

Citons encore la place oii s'eleve la magnifique statue de Charles XII, puis le Stortorget, dont le nom 6voque le lugubre et sanglant souvenir des massacres du 8 novembre 1520, ordonn6s par le farouche Christian II, qui vit , sans horreur, tomber les tetes de plus de 100 seigneurs suedois. N'oublions pas nou plus le pare de Berz61ius et le jardin royal.

Gustove III foudu I'academie des scioiicei, uue ecoledes beauxxirts, un institut carolin pour la medecino et construisit uu theatre ; on lui doit aussi la creation d'un musee d'histoirc naturellc, d'auatomio et d'ethuographie scandinave.

Mais la grando et poetique beauto de Stockholm reside dans sa situation au milieu d'eaux magnifiques, Yives, courautes, qui la traverscnt en tout sens, dans Ics sites admirables qu'on y decouvre sur la Baltique et lo Melar. La nature bienveillante semble y ■avoir seme comma a plaisir des lies, des ilots pittorcsques, converts d'arbres et de verdure. Ses deux ports offrcnt un mouvement continuel de navigation, qu'explique un commerce considerable en bois de construction, for et autres minerals fournis par ses inepuisables mines de Dannemora, de Falum, de Stora-Kopparberg-.

Aux environs de Stockholm se trouvent de magnifiques promenades, entre autres, Thiergarten, le Djugarden. Cettc derniere est Ic rcndez-vous favori des habitants de la ville. L'art tfa fait qu'aider la nature pour modifier de la maniere la plus heureuse les quelques endroits qui reclamaient des embellissements. €'est la qu'aux portes, presqu'au centre de la capitale, dans une splendide foret de chcnes dix fois seculaires, s'elove le chateau de Eosendal. Devaot la facade nord, au milieu de vertes pelouses emaillecs do flours, on admire une magnifique coupe de porphyre rouge d'Elfdal, sans egale au monde, haute de 9 pieds sur 12 de diametre. Elle repose sur un socle de granit et a et6 travaillee par les Dalecarliens.

Sous ces beaux ombrages, aux allies sabl6es, do coquets lockers, ou chalets particuliers, se sent construits et leurs jardins descendent, en pontes douces , vers les ondes vertes de la Baltique.

Au nord-est do la ville, e'est le chateau d'Haga, residence d'ete du roi. Sur une lie du Melar, cclui de Gripskolm, avec son richo rausee de portraits historiques, que nous visiterons plus tard, pnis celui de Drottningholm, aux belles collections d'objets d'art!

Stockholm, enfin, par sa position pittoresque, ses environs, est ,1a digne capitale de ce romantique et bean pays de Suedo. Nous

u'avons fait que reutrevoir, mais assez cepoiidant pour I'admirer et pour en garder un ineffacable souvenir.

J'ai parl6 tout a I'heure du Grand-Hdtel'. Ce magnifique edifice, tout recemment construit d'apres les plans de I'architecte Kuml™, est sans contredit un des monuments de Stockholm. Son immense facade donne sur les quais de la Baltique et regarde le

0^:;:? '^f'^'r '- ^^^^^^^ ^^*°-«- 'xterieure'fait entt s CW r '' ^"^*' '"^^ ^^S™« ^* ^-- belles propor-

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' i donner" -^'"'"' ^^^"^^ ^^ ^^^^ -"^ des pas-perdus,

g sup'ri " ' ™ "'°'""1"^ "''''''' ''^'^'^' i-^"'-- 6*ramne fi T "" ""' 1-'™ents, fleurs et riches tapis. La

appar erne '"'?' '' -ndelabres. La description de notre

dele , et encore n'6tait-il pas des mieux installers bletrlnrhrf'"'\°""'"' "^ ---epavede mosaique

ques an hnge, d'une blancheur et d'une finesse remarqulble;

S."t TV '' ^"^"''**'^"° aristocratique. De mag' i qui toffes, style Watteau, couvraient les sieges et les lits ; le parou d.para.ssa, sous un moelleux tapis qu. assourdissait e bruit d pas Une elegante console, surmontee d'une glace Louis XV table, un secretaire d'acajou finement incruTt^ l ' """

Pl6taient I'ameublement. Sur les mur de f" ^ V"'"' '°"" de petits amours voltigeaient l^'d ^s de " T ?T"" °'

Deux grandes feneLs a doubl ch s s ^"f ? ' ""^- "- uuuuit, tnassis, encadrer-'s dp v rlmn-i-

Qune tois la nuit, accoudes sur le balfnr, ,.^

la villo ^r.A ■ ^ ■ , oaicon, nous avons contempl6

ver^un h i'^"'' "' "'"' ''*^"^°'^^«'-^* ^^^'^ -*- imagination

Fau' ^,°"^°°l°-*^i^d« bois, de montagneset defor^ts de pins, ^aut-il encore parler des magnifiques salons de conversation

smiiTiinnwnnaaaBSA'aagaE

:s<msi3aB^a^a«'8aa»ia6»a^a/«3.-

du rez-de-chaussee, meubles avec un luxe inoui, de cettc immense salle a mang-era la riche ornementation, oil 250 a 300 personnes trouvent facilemeiit place. Deux poeles mouumentaux y ^talent les d61icates et gracieuscs arabesques de leur fine peinture bleuesur fond blanc. Ajoutez a celaun personnel nombreuxet un service exceptionneilement fait.

M. Cadier, proprietaire de ce somptueux immcuble, de I'h^tel de Rydberg et d'une raagnifique proprieto sur Ics bords de la Baltique, est Prancais, ne I'oublions pas. Un flls de la Franco a porte ses penates sur ler sol hospitalier de cotte belle terre do SuMe ; et, parti de la mere-patrie sans fortune , <lo rion. comme il ledisait lui-meme, il s'est cro6 par son travail une brillante position. Honneur, done, a notre compatriote, honneura ce fils de ces oeuvres ; qu'il receive ici le temoig-nago de nos sympatbiques et sincercs felicitations.

Depuis dix jours, nous etions en route, et, sur terre et sur mer, donnant tout notre temps aux villes que nous traversions et ;i leurs musees. Aussi avec quels delices nous nous endormions, le soir de notre arrivce a Stockholm, dans les excellents litsde notre charmant boudoir, berce par cette vague rumeur qui s'eleve dn seiu d'une grande yille.

Vendreili 7 aout.

Ungai soleil vient nous tirerdu sommeil etnousmontrer, tout inondee de lumicre et de vie, cette belle ville de Stockholm, que nous n'avions fait qu'entrevoir bier.

Nous allons an secretariat faire viser nos cartes de membrcs du Congres ; puis, jusqu'a 2 hcures, libres de nos actions, nous courons la ville. Alors, grands personnages, en habit noir et cravato blanche, nous nous rendons an Riddaihus pour la seance d'inauguration, qui so fait avec tout le ceremonial usite en pareille circonstaiice. Nous 6coutons, assez distraitcment, il est vrai, douze a quinze discours ; mais un rapide narr6 de I'historique du progres des etudes prehistoriques en Suede, par M. Hans Hildebrand, nous en dedommage. La nomination du bureau terminee, nous essuyons encore le feu de nouvelles harangues, et cette premiere seance est onfin levee.

A 4 heures, un grand diner on cornn.uti, a I'h'Jtel Cadier, r6unit presque tous les membros du Congres. A I'lieure ditc, ces magnifiques salons, au luxe princier , sunt cnvaliis par une foule eloganto et nombreuse. Les saicrios, les deutclles se melent au scintiliement des diamants. Lo beau sexo a fait assaut de toilette et scmble vouloir faire concurrence-aux innombrablcs decorations qui coustellent la poitrine des hauts personnages presents a cette reunion pacifique.

La, oubliant la politique, les vieilles rancunes, les inimitios de religion et do race qui les divisent quelquefois, tous ces savants causent tranquillement cntre cux : veritable defile des nations d'Europe, dont tous les idiomcs frappeat tour a tour nos oreilles.

Nous sortons a peine de ce premier festin, que deja I'beure approche oii doit commeucer la fete donnee par la ville de Stockliolin.

Des bateaux a vapeur nous attendent pros du Musee national et de I'ile do Skoppsholmcn. Nous y montons, et, quclques instants apres, nous sommes rendus a Haselbaclcen.

Deux orchestres, formes par rexcellcnte musique do la garde royale, occupont le kiosque du jardin et la galorie suporieure du pavilion Maurcsque. C'est une ravissanto constructiou au style tout oriental, De svcltes colonnettes, noy6es dans des enroulemonts de fouillage, soutiennent d'eleganta balcons, aux fiaes d6coupures ; de gracieuscs arabesques, aux tons vifs et 6clatants, rohaussSs d'or, formont sur les frises et les panneaux les plus charmants, les plus gracicux dessins. Des trophees de drapeaux etrangers sent artistcment meles aux etendards suedois et norwegiens ; ils cachent leurs iiampes sous des ecussons aux armes des grandes capitales' du monde civilise, et, les dominant tous, au sommet du monument, le blason royal avec sa devise ecrite en lettres de feu. Des guirlandes do fleurs naturelles courent du baut en bas de 1 edifice, sautent d'une corniche a Fautre, y remontent, s'y enlacent , y ferment mille anneaux et retombcnt cnfin jusque sur les massifs.

Partout des flours, de I'eau jaillissante, la vie, le mouvement, lo delire d'une fete splendide ; partout des tables chargoes a pro-

Soudain, le calme .e fait dans cette fonle bruvante ef do teurs montont •) ta f,.;i t, 'J'l-ijcuitb, et dcs ora-

rislande, dans une brS .T '^°'- ^' ""^'° «'« ^c

. uciu!, une brillante improvisation faif I'o^^i ■ j . science, de ses Intfp. ,.. •« "^'sation, tait 1 apologue de ia

cimmps de bataille. ^°"'' ^'^""^''^ ^^^ I««

Un tonnerre d'applaudissements couvre ces dnrnfA. ot les cris mille fois repetes de • VIvp T '' , °'°'''^^'^ P^'^^^^' Hosander! se font enLd e ^^^^^^ -ve le professeur

™ent.^aiaise.ie..,:Cr^

ant eclat de la lum.ere electrique, embrasent le paysao-o et nro W ern°"' sur les ondes de la Baltiqne, les plus'.trt g / ]

sances geroes de lumiere aup sf^mhir.„+ .,„ ■ i

. ■,■ ,. i ®'"™o^™t vomir les ondes emnour-

preesduneteinte sansrlantp lUiiio p - . "o.-, cmpour

, , , ,, '"^ug'Jante. Mille fusees montent dans I'espace

etyropandcnt lours bombes jiiiv „„o, i , ., i

-, \ , „ , 'JuiuLOb dux nuances les ijlus varices. Pen-

aant plus dune d.-mi-heure I'aiVon f„„ „+ j. i i -n xi ,

i i-uie, 1 air en ieu et tout brdlant de lumiere

nous laisse apevcevoir la ville et ses monument, au travers d'u„

embrasemert general. C'etait quelque chose de feerique et d'inou'/

Knfin. nn dernier incendio feit p,,;, ,e, astro, dn firmament ci

termine cette roception vraiment royale. A miuuit, les vapors nous ramenont vers la ville, nous laissant admirer encore les illuminations du Pavilion Mauresque, oil nous venous de passer une si bello et si agreable soiree.

Le lendemain, adix hcures du matin , les membres du Congr^s commencent leurs travaux. D'importantes discussions sur la science prebistorique y sont traitees par MM. de Quatrefages, Hildebrand, Dupont, Bertrand, Evans, Montelias, Capellini et autres. Que nous est-il besoin de nous etendre ici sur ces interessantes questions ; lo compte rendu general et detaill6 en sera livr^ au monde savant, dans le magnifique volume que va pablier le Comite d'organisation. Le samedi 8 aout, on discute les traces les plus anciennes de I'existcnce de Fhomme en Suede. Dans I'apresmidi, on aborde en seance generale la deuxiemo question du programme. Peut-on etablir les routes qu'a suivi dans I'antiquite lo commerce de I'ambro jauno V

Entre les deux seances , nous parcourons la ville, fliinant de droite et de gauche a la recherche des marchands de curiosites. Nous trouvons mome des oiseaux ompailles chez un fabricant de conserves alimentaires pour la marine ; mais aussi nous mettons la main sur un coutelier admirablcment fourni de ces couteauxpoignards dont se scrvent tous les paysans suedois. lis le portent au cote droit, suspendu dans une gaine dc cuivre plus ou moins ouvragee, suivant Ic prix. Le brave homme fait des efforts inouis pour nous parler francais, mais c'est peine perdue ; csperons qu'au prochain Congres il aura fait des progres dignes de sa bonne volont6. En attendant, nous lui achetons quelques-uns de ces jolis pctits poignards II ne manque pas de nous faire remarquer que leur lame, de fine trcmpo, portc la marque d'Eskiltuna, la plus estimee de la Suede.

Le soir, nous aliens au theatre voir jouer les Brigands, fort bien joues, au reste, par des actrices et acteurs aux costumes charmants et d'unc fralclieur irreprochable. Qui pouvait s'attendre a voir Offenbach a Stockholm? mais, du reste, qu'y a-t-ilde surprcnant a cela, quand la inusiquc royale passant ce matin sous

!iS!SiTi-:«i^,f^i!<eii^is(fSissiisism:if^

«ps fenctros, faisait entendre ses accords et nous serva.t la FHk tie la 3Iere Ancjol comme un air national francais

Le dimanche 9aoat, on nous fait grace dJtoute seance, qui, a vrai d.re. ne sont pas toujours amusantes, qnoiqne le beau sexe y scat fort nombreux. Les Suedoises s'y font remarquor par leur toil etto ver^-tendre; c'est la nuance a la mode et celle qu'elles preierent Hier, pendant le diner, nous avons fait connaissance d'un compatnoto, M. Victor Molard, honnne de lettres. Etabli depuis de longues annoes et marie a Coponhague, il y est fondateur du ye««« ;,,,%/.,,,, journal bi-mensuel qu'il public avec autant de talent que desprit. Initi6 aux habitudes scandinaves, aux usages du Nord, cest pour nous une bonne fortune que de le rencontrer Si quelque jour ces lignes to,«bent sous ses yeux, qu'il y trouve, c est notre plus grand desir. I'expression sincere et cordiale de nos remercements et de notre vi.e sympathie. Ce matin, sortis avec lui, nous avons visite le temple lutherien, ouvert seulement le dimanche quelques minutes avant I'heure des offices. Les fideles a peine^entres, notre gardien ferme les portes, qui rcsteront closes jusquala fin des ceremonies. Des bancs de bois garnissent la grandenef du batimcnt, uue et sansornement ; et une foulenom breuse a I'interieur, recueillie, y prend rapidement place ; au fond seleve une chaire pour le ministre du cultc. Apres cctte ranide inspection, nous sortons promptement pour eviter une incariao tion pea de notre gout. Get usage, gen6ralement adopts dans les pays scandmaves, mo romet en m6moire une autre coutume ca-a emont nouvello pour nous, coutume plus gonante encore pour les tounstes. Le dimanche, jusqu'a midi, toute affaire temporelle cesso completement : les magasias, les restaurants, les clfes se torment; la vie matericllc elle-meme 0^;+ i.,n„ i

-, rr J. • , ^^ suspendue momentane-

ment. iant ])is pour les ii>'norant« n.-,; . > j.

! \ . ''^'"^''*i"s qui uont pas pris leurs precautions ; meme a pnx d'or, vous no vous ferez pas servir la moindre chose jusqu'a I'expiration de I'heure fatale. Oe matin a nos depens, nous avons appris a connaitre cette habitude fort mauvaise pour nos estomacs; mais la lecon ctait bonne et nou^ servit pour tout le temps de notre sejour en Suede

Dansl'apros-midi, nous aliens visitor le Museo national, dont

an contrairc Ics pones nous soiit gracicuscincut ouvcrtes. Apres une long-ue inspection,, mais pas assez long-ue encore pour tant de merveilles, nous en sortons la tete lourde, les yeux fatigues, la memoire chargee do noms et de millo souvenirs. Nous routrons a I'lidtel et y trouvons pour le soir meme une invitation a diner de la part de M. Cadier. .

Nous acceptons avec emprcssement, et a I'heure dite, nous prenons place au uombro dc plus de 80 a la vasto table reserv6e a ses compatriotes parnotrc aimablc amphytrion. Le diner fut gai, cela va sans dire, et ploiii d'animation ; nous etions en famille. Apres lo festin nous montons en bateau et nous nous dirigeons vers la campagne de M. Cadier, ou nous no tardons pas a arriver au travers d'une serie de lacs quo bordent dc ravissantes villas. Des chenos, plusieurs ibis seculaires, entourent le cottage ; nous parcourons avec M. Cadier les forets, les vallons, ou de pittorosques points de vue s'oifrent a nous. II nous conduit sur une eminence qui domine un splcndide paysage. La colline descend jusques au lac, et vers I'autre rive les pins ot les bouleaux, rnelant leur feuillages, encadrent le tableau. Au pied d'un grand mat, ou flottcnt les couleursde la France, un lunch est servi. Selon I'usaga nous mangeons dcbout, ot les metsles jilus recherches de la Suede sont arroses des meilleurs vins de France. Au dessert quelques discours viennent accentuer les toasts, et le terrible punch marche toujours. Enfin un magnifiquo feu d'artifice , des flammes de Bengale, embrasent les forets et le lac, et viennent clore cette r6cr6ation princiere. Ptiis, tant bien que mal, nous rejoignons le steamer, et rentrons a pou pres au complet au Grand-Hotel.

Le 10, a la reunion du matin, on discute la question suivante : Comment se caracterise I'agodo la pierre polie en Suede? Et fautil attribuer les antiquites de cot ^ge a un seul peuple, ou peut-on etablir la coexistence de j)lusieurs tribus qui ont habite les differentes parties de la Sufede ?

Nous nous abstenons de la seance generale et allons visiter I'interossant Museo d'ethnographie scandinave.

Miirdi 1 1 aoiil.

Aujourd'hui nous allons a Upsal ; le reudez-vous est a la gare de Stockholm-Central et nous n'avons garde de le manquer. Nous attaclions a notre boutonniere la carte remise jjar les commissaires de I'excursion aux membres 6trangers du Congres et nous montons en wagon. Nous sommes plus de 800 et on nous a fait les honncurs d'an train special. Une foule immense salue notre depart de ses hourras frenetiques, et la vapaur nous emporte vers Upsal. Les forets succedent aux forSts ; dans leurs vertes olairieres nous apercevons de temps en temps des fermos, des bcstiaux, des cultures.

Des defricliements abandonn6s, que nous traversons, vont devenir des marais, comme ces tourbieres sacrees dont les fouilles out donuo aux musees scandinaves tant de pieces admirables des ages prehistoriques. Parfois la ligne ferree traverse d'immenses moraines ; de leurs flancs sablonneux eventres tombent journellement des blocs roules et stries. Leurs couches horizontales ou obliques s'incurvent quelquefois d'une facon bizarre et nous montrent d'une maniere evidente les bouleversements de I'epoque glaciere. Ailleurs la voie se fraie un passage au milieu d'amoncellements prodigieux de blocs erratiques 6uormes, ou au travefs de splendides roches moutonnees. Le plus incredule, a leur aspect, est force de reconnaitre la puissante trace des anciens glaciers, qui aux 6poques prehistoriques couvraient toutes ces contrees et venaient aboutir a la mer. Eotebro est deja pass6 et nous sommes a Marsta. Un arret de 10 minutes nous permet de descendre au buffet. Comme nous remontons en wagon une grosse corneille grise vient familiercment nous demander quelques friandises ou des caresses. Le soir, au retour, la pauvre b6te vient encore nous faire ses adieux. Sur le parcours, dans les gares, les populations accourues sur le passage du train, agitent leurs mouchoirs et des drapeaux ; nous y voyons avec plaisir flotter les couleurs francaises.

Nous avons deja quitte ces groupes que leurs hourrahs reteutissent encore a nos oreilles, a peine interrompus d'une station a

I'autre. Nous passons devaut Upsal, dont la g-are, toute paToisee, est orii6e de fleurs, et nous allons de suite k Gamla-Upsala visiter las tumuli. Situee a une demi-heure et au uord de la ville uni- Yersitaire, I'ancienue Upsal est un des endroits les plus remarquables de I'Upland. A 9 heures, le train jious y depose. Non loin de Feglise, ediflee sur les restes d'un ancien peuple des Ases s'elfeveut les tumuli. Ces trois tertres, temoins irrecusables do I'antique importance de cette localite, prouvent par des fouilles recentes qu'ils servirent de sepulture. lis ont 60 pieds de haut sur 232 de diametre et sont les plus grands de la Suede. Toute la population des environs est la, et nous accompagne dans notre excursion a ces antiques tomboaux : I'un d'eux, celui de Thor , a ete ouvert a notre intention. Une large tranchee de23 pieds a frang6 du hautjusques au bas I'enormo monticule, et nous laisse voir nettement ses lits iu6gaux d'argile et de sable alternes ; une derniere couche de terra vegetale les recouvre tons. Au-dessous un tronc d'arbre plac6 debout indiquait le lieu precis de la sepulture. Un certain nombre d'objets ont ete trouves dans cette fouille ; mais la plus grande partie en a deja ete transportee a Stockholm, et nous avons pu les admirer a I'exposition duRiddarliiins. II resto encore dans le tumulus des debris de poteries, d'armes en bronze sculpte, d'urnes funeraires ; en face de ces temoins d'un age q\ i n'est plus, au milieu d'un profoi.d silence, M. Hildebrand prend la parole et, semblable au grand-pr6tre du culte d'Odin, debout sur la table du dolmen, 11 nous retrace dans une courte allocution, I'historique de cette epoque reculee, presque mythologique, et das fouilles qua nous voyons.

Autour de nous se succedent de loin en loin vers la vaste plaine les divers tumuli de la m6raa epoque, eleves eu I'honneur de quelques heros. Une heure apres, nous regagnions Upsal.

Upsal, peuplee da 11,961 habitants, sans compter ses douze a quinze cents 6tudiants, est surtout celebre par son Uuiversito. I^ans I'antiquite , la ville portait le nom de Ostra Aros ; mais, apres I'etablissement du cbristianisme , la vieille cit6 davint la capitale spirituclle et temporeUe de la Suf'rle. Apres la fondation

(le Stockholm, Upsal permit de son importance, et ne Fa jamais completement reconquisc.

Les habitants accounts a notre rencontre agitont leurs mouchoirs et poussent des hoirrras freuetiquos; les etudiants, reunis en nations ou sections de toates les jH-ovinces scandinavos, nous attendent musiquc ct bannierc en tote. Dos notre arrivee en garc, ils entonnent des chants nationaux, et nous entendons pour la premiere fois ce fameux choral. Sa reputation est non seulcment europenene, mais elle afranchi les mors ; sur des rivages etrangers et lointains, il est alio recueillir le jnste tribut do triompho et de gloire dii a son indiscutable sup6riorite. Les d61egu6s de3 6tudiants, I'echarpe rouge a frangcs d'or en sautoir, ouvrent la marche du cortege, les notables de la ville les suivent et, au miUou d'un immense concours de population, nous conduisent an jardin botanique presdu chateau. La, sous lesombragcs de magnifiques ormeaux plusieurs fois seculaires, sont dressees des tables chargees do fleurs ct des mets nationaux les plus fins ct les plus rochercW's. Au has du perron de r[Tniverpit6, s'olove une tribune pour les orateurs. Autour, les bannieros.des etudiants sont rangees par province ; elles forment cortege a celle qui jrorte sur fond de gucule I'imagc d'Odin. A ses pieds est un loup ct sin- ses epaules ses deux corbeaux Hougin (I'osprit) et Mounin (la memoire). Ajoutoz a cela un soleil radieux qui nous fait oublier que nous sommes sous Ic 61« dcgre de latitude, jouissant d'une temperature deliciouse.

De nombreux discours sont prononces, des toasts portes par nos hotes, qui nous souhaitcnt la bienvenuc, puis par les savants de tous les pays. lis sont nos interpretcs pour remcrcier la villo d'Upsal de la sympathique reception qui nous est faite. Cependant au milieu de cette fete fratcrnelle, un point noir se dresso a I'horizon : dans un toast deplaco, un savant prussien, tout en saluant la Suede hospilaliere , n'a pas craint do fain; quelques allusions blessantes aux Francais. Les mots de France et de Prusse sont prononces ensemble. La Prusse ct les races germauiques sontet seront touj:iurs les pretnieres du monde. Un murniure general et desapprobateur accueille I'orateur, oblige de descendre de la tribune.

iN'ous etions la plus de cent Fraacais, et nou.s avons pu voir, par los protestations dcs rep-eseiitants des autres nations, combien notre pays est encore sympathique a tous ; aussi avec quels transports avons-nous acclame M. de Quatrefages quand, de sa parole eutrainautc, ils'ost6ori6 quo toutes los nations etaient soeurs devant la science, et que la vraie superiorito etait ccUe du travail et de rintelligenco.

A ce moment, un dcs delegues dcs etudiants , montant sur les degres an pied desquels est la tribune, lui pose sur la tete la casquette universitaire, aux acclamations de plus de 1,000 jjersonnes.

Le temps nous prosso mallioureusement ; aussi visitons-nous rapidement I'auditoirc botaniquc, un des edifices de rUnivcrsite. A Fiuterieur troue, a la place d'honneur, un buste en marbre du grand Linne, sculpte par Bystrom.

Fondee en 1478 , et fiUe de notre vioille Universite de Paris, celle d'Upsal est encore plus chere pour nous.

Nous nc faisons que traverser le college et scs salles d'etudcH. admirablcmeut installecs ; le Musee, oil nous jetons a regret un trop rapido coup d'ceil sur les importantes collections zoologiques, anatomiques et archeologiqucs qu'il renfermc. La richissime bibliotlieque subit le memo sort ; ccpeudant, parmi scs 200,000 volumes ot scs 7,000 manuscrits, nous rcmarquons son plus precieux tresor : le Codex arijcnteus, traduction gothique des quatre Evangiles, faite au quatrieme siecle par revequeUlfilas. — Notre derniere visite est pour la cathedrale, jadis catholique. Batie de 1258 a 1435, sur les plans d'un arcbitecte frangais, Etieane de Bonneuil , sur le modele do celle do Paris , die est couvarte de lames de cuivre ct p nsa pour une des plus belles du Nord. Anciennement, trai-- grandos tours I'drnaient ; mais le dernier incendie qui ravagoa I'fidiiice les a d6truites. A I'interieur sont le: tornbeaux de plusieurs rois de Suede et celui de Linue et de Tycho- Brahe. En revenant a la gare , nous admirons en passant, dans Caroliua-Parkeu, un busts en bronze de Charles XIV (Bernadotto), modele par Fogelberget 6rig6een 1854. L'lieure, qui marche rapidement, no nous laisse pas le temps de visiter I'antique '■JKiteau dcs Wa.sa ct dcs Gustave-Adolphc.

— 4G — Ujisal ii'a coutrc lui que les rigueurs do sus hivcrs. Le vuut du Nord y fait rage autour de la cathedralo, ot cela avec una persistance si diabolique, qu'on n'a pas cru pouveir I'expliquer par les seulcs ressoui-ces d'un tliermometre qui descend pourtant a — 25° ; et voici la legende qu'on rapporte : « Un jour le diable et h vent du Nord, voyageant de compagnie, passaient a Upsal. — Veut du Nord, mon ami, dit le diable, attends-rnoi un peu, en te promenant autour do I'eglisc , pendant que j"o vais faire uue petite visite a mes amis les thoologiens de I'Universite d'Upsal, pour causer avoc eux de quelques points de casuistique. » Et, depuis ce jour, qui date de loin, vout du Nord attend toujours, en se promenant autour de la cathSdrale, que le diable ait fait sa visitc k ses bons amis.

A 2 heures 50, nous sommes on wagon, ct le train s'ebraiilaut nous emporte vers Stockholm au milieu dos chants, de la musique, dos hourrahs frenetiquos de la population entiere, reunie

pour nous acclamer a notre depart

Et les oris mille fuis repotes do : Vive le Congres ! se font eucore entendre que nous sommes deja loin de cette bonne ville d'Upsal ; mais nous la quittons le coeiir rempli des plus douces emotions du sympathi'que accueil qui vient de nous etro fait.

Maintenant encore, quand nous reportons notre souvenir vers cette journee du 11 aout 1874, c'est avec un bicn vif plaisir que nous repassons les incidents do cette fete fraternelle et pacifique. Puissent les ctudiants de rUnivergit6 d'Upsal, puissont ses habitants en garder comme nous un long souvenir. — A 5 heures du soir, nous 6tions do retour a Stockholm.

Le mereredi 12, nous retombons en pleine discussion du Congres it on o>: amine la question suivante : « Comment se caractorise en Suede I'age de bronze ? » Au lieu d'assister a la seance de I'apres-midi, nous trouvons plus agreahle de courir la ville et d'allcr nous promener dans la ravissante foret de Rosendal. Que les ombrages de ces vieux geants de la nature som done beaux. S'ils pouvaient vous rediro ce que leurs somlbros taillis ont vu passer d'evenements et de siecles, que de choses nous saurions! Mais non, impassibles et muets temoins dos choses d'ici-bas, ces

antiques troiics aux brauches nouuuscs, eouvcrtes d'uiie luxuriaiitu frondaison, sout encore debout, pleins de vie, tandis que las generations ont passe sans presque kisser de traces.

Nous tcrminons notro soiree dans les jardins du Norbro. line brillanta sociote, les attraits du paysag-e, les accords d'une excellento musique nous captivent jusqu'a une houre fort avancee, je dirais presque matinale. Impossible de se f'airo une id6e de ces belles nuits des pays du Nord ; il faut les voir pour admirer ce firmament tout constoUe detoiles, et co calme- profond de la nature endoruiic pros do nous.

Aussi nous retirons-nous toujours Icntoment ot flanaut comme des ecoliers iaisantFecolebuissonnierc. Biensouvent memo, avaut de uous coucher, nous jetons un coup d'ceil vers la Baltique et le Melar. Leurs ondes transparentes et limpides, a peine ridees par une briso legere, refJetent en tremblotant la silhouette imposanto et silencieuse du chateau royal.

Domain une magnifique excursion sur le Melar nous est reservee.

A 7 heures, nous sommes reuuis sur les quais du Riddarholmcn prets a nous embarquer.

Des steamers a vapeur out cte gracieusement mis a notrc disposition par le roi pour toute la journeo. Dans son yack particulicr, il aceompagne les membres du Congros, ayant a son bord tous les membres du comite et du bureau.

Au moment oil nous montons a bord do notrc navire, YEsaias- Tegner, il se produisit un curieux incident; une grande dame du demi-monde, accompagnee d'une elegante soubrette, s'est glissee sans carte sur notre batiment. Nous allions partir, qnand un des setretaires-adjoints du Congres s'aperc.oit de sa presence : de sui';e, il fait jeter la passerelle sur le quai, et la priant poliment de se retirer, la reconduit a terre avee tous les homieurs dus..., a son sexe. Cette petite scene comique nous a fait beaucoup rire. Meilleur marcheur (^ue les trois autres navires de la flottille , i-saias-Tegner prend le devant et suit de pres le yack royal qui ouvre la marche. Nous voguons tranquillernent sur ces belles ondes du Melnr ; les rives en sont couvertes de cottages charmants.

et d(3 rnag-niliqacs forets dossiiiunt iiu loin lours siuueux replis; do temps a autro, do pctites lies, des ilots moutrent au-dessus des fiots lour croupe g-rauitiquo et arrondie. De maigros bouloaux, de vieux pins rabougris y vivent penibloment, Seulos, de jolies touifes d'epilobiuni croisscnt dans Ics fissures du roc et laissent epanouir leurs gracieuses hampcs roses. Deux licures de navigation nous conduisent a Tile de Bjorko. Sur ce sol, niaintenant convert de bruyeres et presque deboiso, s'elevait autrefois une ville puissante et riclie, a I'endroit appelo aujourd'hr.i Terre- Noire : c'est, pretend-on, I'emplacenicnt do I'ancienne Birka, oil Ansgarius precha pour la premiere ibis le christianisme, et qui, selon la tradition, etait si grande , qu'clle pouvait disposer de 14,000 combattants.

M. Salpe J a fouillo longtemps et decouvert une riclie moisson de debris de toute sorto, qui servent aujourd'hui a etablir les moeurs et les coutumes de ces populations disparues de la terre, Les environs de Tea-re-Noire contienncnt plus de deux niille tonibeaux, qui tous ont les ca,racteres do I'ago do for.

En eiffet, unc quantite d'objets de bronze, d'ambro, d'ossements, d'armes on for ont 6t6 recueillis et deposes au Museo de Stockholm, oil nous les avons vus.

Nous assistons a uno do ces fouillcs faites aux frais de I'Etat, et ramassons de jolis 6cliaiitillous, precieux souvenir do notrc visile h I'antique cite.

Sur une colliue dominant les rives pittoresques du lac au milieu des bruyeres en flours, une collation champetre, arrosi'e de Tins do Franco, nous est grasieusement offorte. L'air pur et frais du matin nous a ouvcrt I'appetit, et nous y faisons houneur. Quelques instaats encore, nous visitoiis les fouillos, achevant de remplir uos pochos d'ambre, d'ossements, do debris d'instruments en for.

Nous remontons a bord do iios navires, qui nous portent maiutenant au chateau de Gripsholm, dont la masse imposante no tarde pas a nous apparaitre au travers les beaux arbres de son pare. L'ancien chateau , construit au quatrieme sioclc par Bo .Tonsson Grip, fut detruit en 1434 par' un inccndic. Rebati par

(iustavo Wiisa, il fat, tlu vivaiit dc co prince, un Keu do plaisir ct de fetes. Depuis lors, do tristes souvenirs soiit souvent venus sc inelcr a son histoire. II servit ele prison a Eric XIV ct a Jean III. J.ctroito ct miserable cellule qu'haLita Eric porte encore les traces de son passage. Le planclier le long- du nuir est use par ses pas, ot a I'une dcs luearnes se voit encore remprcinto de ses coudes. Gripsholm est non-seulemont un chateau do plaisance, niais uu veritable musee, ct riclie en souvenirs Instoriques; il Test aussi par ses collections de taijleaux ut dc portraits. Los jardins qui entonrent le palais sont dessinos sur le modele dc ccnx de Versailles, ct Ton y jouit de vues magnifiques sur Ic Melar. — Sous de frais omlirages, a I'abri des ardours d'un brillant sol('il,nombre de tables somptucusemcnt sorvies nous attendent. Nous dinons en plein air, debout, suivaut la coutumo de ces receptions de g'ala, riant, causant, dcvisant cntre nous, sans sous apercevoir que le temps passe rapidcment. Avant do quitter Gripsholm, nous visitons dans la cour interieurc deux cnormcs canons cnleves par Pontus de la Gardie a la prise d'lvangorod, cu 1581. — Le jour baissc deja, quand nous quittames le palais, ct la lune melant ses rayons argcntos au sciutillemcnt dcs millions d'ctoih-s, eclaire notro retour ; il fait unc de ces units limpides et transpi.irentes, commo on en voit souvent dans ce beau pays de Suede.

Unc fois de plus encore, nous avons pu voir le souverain so promenant dans la foulo, sans escorte, gim.plement, causant avec tous et aj'aut un mot aimable pour tons ceux f|ui I'abordaient. Combion ce? miEurs. ces habitudes nous donnaient a penser ; ct, reportant notrepcnsee vers un autre pays qui nous est cher, nous faisions involontairement mille comparaisons. Mais laissons tous cela dc cote et buvons a plcins poumons I'air dc la libcrte, tandis que nous sommes dans ce pays aux institutions si republicaines ct si libres.

L'avaut-dernier jour du Congres est employe a examiner, a la stance du matin, les caractores dc lage de fer en Suede; ses rapports avec les ages anterieurs ; pcut-on en ctablir les relations avec les pouples contcmporains de rEuropemeridionalc? Apres le dejeuner, nous rctounions au Musec d'cthnographie et au leveigeologique.

MiMitsari

Le 15 aoiit, le Cong-res torminait ses travaux et epuisait laderniere question, une des plus int6ressantes de son programme : Etablir les caracteres anatomiques et ethniques de I'liomme pre- ■ historique en Suede.

Le deleg-uede laPruasc, M. Vircliow, est d'un avis tout oppose a celui de M. le p.ofesscur cle Quatrefag-es. Une discussion ardente et animee seleve entre eux, discussion soutenue par notre compatriote avec le calmo, la courtoisie et les formes toutes franraises qu'il a montrees plusieurs fois centre les violentos attaques de son adversaire. jNeanmoins, des concessions mutuellos sont faites, mais la question nullement resolue... coinme bien d'autres.

Nous passons le reste de la jouruee dans les galories du Mus6o d'histoiro uaturellc, dont nous ne pouvons nous lasser d'admirer les riches collections. Le soir nous sommes de gala, et invites par S. M. Oscar 11 a une fete donnee en I'honneur du Congres, a son chateau royal de Drottingholm (I'ile de la Reine) .

Construit sur I'ile de Lofon, I'une des treize cents iles dn Melar Drottingholm est une des plus belles creations du Tessin. Anciennement cettc He s'appelait Thoresund et ne recut sa denomination actuelle que de Catherine Jagellonica, femme de Jean III. Le palais fut fonde par la veuve de Charles X et embelli paries rois se.s successeurs.

Nous nous embarquons au Riddarholmen et, traversant de nouveau les belles ondes du M61ar, nous arrivons en moins d'une heure a la demeure royale. Le vaste pare, tout illumine de mille feux, est decore de drapeaux de toutes les nations; une foulo nombreuse se presse a ses abords pour nous voir arriver. De legeres nacelles, toutes pavoisees, sillonnent les eaux autour de nos navires. Rien de plus pittoresque que ces batelets ; nous nous serious cru transportes a Venise, si, jetant les yeux a I'horizon, d'immenses foretsde pins ne nous apparaissaient tristeset sombres.

Dans le vestibule d'honneur, la musique de la garde royale fait entendre ses plus brillantes fanfares. Plus de 800 personnes, etrangers ou habitants de Stockholm, assistant a la fete et circulent dans les nombreux sailons du palais. Meuble avec uu luxe inoui, 11 regorge d'objets d'art, de riches porcelaines, des bronzop

sign^s des plus grands noms. Les murailles disparaissent sous dj vieilles tapisseries de haute lisse. C'est un veritable mus6e ou tout soUicite a I'envi le regard et I'attention du visiteur. Une salle surtout merite I'attention du touriste ; c'est celle de tous les princes regnants du temps du roi Oscar; ils sent tous encadresde la meme maniere et disposes symetriquement sur les murs. Dans ce splendide salon, sous ces lambris dores, le roi, la reine ft la reine-mfere recoivent I'eurs invites. Un somptueux souper est servi dans les salles basses du palais ; dans d'eleganto vaisssUe plate figureut les mets nationaux: I'elan, le renne, la gelinotte des for6ts du Vestmaland, les truites saumonees du Melar et mille autres chosos dont les noms ra'echappcnt : les meilleurs vins de France circulent a profusion. Chacun, suivant la coutume suedoise, s'empare d'une assiette et I'emplit a sa guise de viande froide , de confitures, de marmelades gucrees, de poissons chauds, de gibier, de glace ; le tout reuni ensemble forme un melange qui ferait fremir nos menageres francaises ; mais les estomacs suedois, voire meme ceux des membres du Congres, s'en accommodent fort bien. Chaque convive remplit sa coupe et boit presque toujours dans celle de son voisin ; les dames trempent leurs levres dans la leur et I'offrent ensuite gracieusement a leur hdte ou a celui qui est prefere ; c'est une marque de grand honneur et de profonde sympathie. Rien de plus bizarre et de plus etrange que ces ropas de fete, oii chacun est debout et circule a son gre, prenant d'un mets, puis d'un autre, I'assiette et la fourchette en main, discutant science et autreschoses. A la fin de cet homerique festin, le silence se fait soudain au milieu de cette fourmiliere humaine et bruyante ; le roi se leve et porte un toast en reponse a celui de M. Vorsaae. II dit ensuite que la Suede est heureuse et fiere de posseder dans son sein tant d'illustres savants de tous les pays; il remercie d'avoir choisi sa capitale pour cette reunion distinguee : « La Suede, il est vrai, n'est que la soeur cadette des grandes nations europeennes ; mais elle n'en est pas moins I'amie des sciences et de I'instruction ; elle ^ s'efforce et s'efibrcera toujours de meriter I'estime et I'amitie de ses soeurs atnees. » De chaleureux applaudissements rcpondent a ces gracieu.ses paroles, et le roi se dtrigeant

vers le grand balcon du palais,, donne aiusi le signal du depart. Nous regagnons alors nos navires, et au moment oii nous quittons la riye, de triples hourrahs saluent le souverain debout sur la galerie, et nous envoyent un dernier adieu. Notre retour a Stockholm estune ovation oontinuelle ct pompeuse. Sur les bords de ce ravissant lac Melar, mille villas, habitations d'ete, mille chalets rustiques s'elevcntde tous cdtes splendidemeut illumines; a notre passage ils nous saluent les uns apres les autres par des chants, des feux de Bengale, des salves d'artillerie et des gerbes de fusees. Nous Icur repondons par de fr6n6tiques applaudissements; la musique de la garde royalo, embarquee a notre bord, ne cesse de jouer ses plus jolis airs nationaux. Le lac est sillonne d'une flottille de gondoles eclairees par des lantemos vcnitiennes. C'est au milieu de ce feerique spectacle , par uuc nuit calme et pure, que nous approchons de la capitale, dont les brillantes illuminations viennent encore completer le tableau qui nous entoure.

II est fort tard quand nous abordons et prenons terro au Ridarholmen , et nous sommes profondement emus de ces ovations, de ce chaleureux et cordial accueil, ou chacun a voulu prendre largement une part et payer de sa personne.

Le dimanche matin 16 ^out, des huit hcures, jc recois la visite de M. Linstrom.Eleve de I'Universite d'Upsal, ila et6, tout jeune encore, attachS au Musee d'histoire naturelle de Stockholm. Qu'ai-je besoin de m'etendre davantage a son sujet : son voyage en juillet, aout et septembre 1875, a la Nouvelb-Zemble et eu Siberie, avec M. le professeur Nordenskjold , est assez connu du monde savant.

A. cette heurc matinale, il me conduit chez un de ses amis, M. H. Wilander, mineralogisto distingu6. Doe collation m'est offerte pen apres mon arrivce, et je n'ai garde de refuser cette invitation, qui me fait penetrer plus intimement dans les moeurs de la socifete su6doise. Je me rappelle encore avec infiniment de plaisir cette matinee. De fraiches fleurs, artistement dispos6es dans les salons, y decelent la main d'une femme. En effet, j'ai i'honneur d'etre presente a M"'= Wilander, jeune et jolie personne aux veux bleus qui, dans le plus purfrangais, me souhaitj gracieuse-

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nient la bieuvenue. Suv la table oil le cafe est sorvi, je remai-(j[ue une magnifique aiguiere en argent, remplie d'hydromel. Mon li6te la porte a ses 16vres, avale une gorgee et, comme marque d'hdnueur et de profonde sympathie, me la preseute ensuite. Je I'accepte et bois moi-meme de ce breuvage si goixte dans les temps anciens. Touchante et na'ivo coutume , dernier vestige de la legendaire et vieille hospitalite suedoise. A ce magnifique vase d'un admirable travail de ciselure , se rattache un souvenir plus pr6cioux encore : il fut la propriete du grand Linne. Nous passons enfin dans le cabinet de M. Wilander, ou je puis admirer sa belle collection mineralogique , dont il m'offre de magnifiques echantillons. Mais le temps passe, il me faut prendre conge de lui ct je rentre al'liotol; dans I'apres-midi, une derniere etsolennelle seance cloture les travaux du Gongres. L'heure du depart approche, et c'est a regret que nous faisons les preparatifs et bouclons nos malles. Enfin, a 6 heures 30, nous sommes S, la gare et une demi-heure apres, la vapour nous emporte vers LaxS,.

Do Stockholm jusqu'a cettc station, le trajet nous est connu, je n'y reviendrai done pas. II faisait deja nuit lorsque nous y arrivames. Nous changoons de train et reprcnons uotre route vers le Sud. A Toreboda uoustravcrsons le canal de Gotbie (GotaKanal), qui fait commuuiquer le Wener et le Wetter. Quelque temps apres, nous atteignons la station de Skofdc, petite villc do 2,400 ames. Son eglise contient plusieurs tombcs royales de la famille d'Eric. A une heure de la se trouve Warnhems Kyrka, autrefois couvent de benedictins, fonde en 1150, par le roi Serker. Falkoping nous apparait bientfit, et nous ne tardons pas a nous y arreter. Un de mes compagnons estimait fort ces arrets qui lui permettaient de faire de fr6quentes visites aux buffets des gares-. Cette ville jnsignifiante, de 1,900 habitants, dont I'industrie principale est I'agriculture , n'est remarquable , historiquement parlant, que par la bataille de 1389, ou la reine Marguerite fit prisonnier le roi Albrecht. C'est la que se croisent les deux voies ferries du Midi et de rOuest; et non loin sent leseaux de Mdsseberg. Qaatre stations nous conduisent a Jonkoping, a I'extremite sud du Wetter. Peuplee de 12,000 ames, cette villc d'etape est admi-

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rablement situee et a etc surnommee la Vonise dc la Suede. La rapidite de notre retour ne nous a pas permis de visiter au passage ces differents endroits ; mais jo nc pouvais cepeiidant pas les passer sous sileuce. Une des plus aiiciennes cites scaudinaves, Jonkoping- a souvent ete melee a I'histoire du pays. Son nom rappoUe le souvenir des Eric, de Christiern II, qui en 1520 y fit d6capiter les jeunes Ribbmg at leur bourreau. Elle fut incendiec en 1567 par le general danois Rauzau.'En 1612, Gustave-Adolphe se vit lui-mome force d'y mettre le feu pour ne pas laisser un point d'appui aux Danois. Bientot apres, reconstruite par le meme I'oi, la ville fit de rapides progres, bien que plusieurs incendies I'aient ravag6e depuis et que le cholera de 1834 y ait emporte le sixieme de la population. De son vieux chateau , qui date du dix-septieme siecle, il no restc plus que des ruines. Nous passons a Tenhulb et Forserum, ct nous sommes a N9;ssj6, point de jonction des lignes de Liukoping et de Oscarhamn. Moheda nous remet on memoire la d6fense heroique de Blenda et des autres habitautes du pays exterminant, dans un temps recule , une troupe de Danois venus pour s'emparer do la coutree. Aujourd'hui les descendantes de ces fieres amazoues se prevalent encore des privileges accordes par Oscar I«'-, en souvenir de ce haut fait. Pres de Liatorp est le modestc presbytere de RAshult, tirant tout son charme de la pittoresque nature qui I'entoure, et tout son lustre de Linne, qui y rocut le jour. Avant HCr, nous apercevons du chemin de for, sur une presqu'ile du c6te du nord du joli lac de Ring, la seigneurie de Bosjokloster, appartenant a la famille de Beck-Friis. Eutrc Stehag et EsWf, nous traversons des pares, dc belles et riches cultures, contrastantsiugulieremeutavcc les contrees pierrcuses qui les prec6dent.

Enfin nous arrivoas a Lund (11,225 habitants). Uii vieux proverbe suedois protend « qu'a la naissance de Jesus-Christ, Lund et Skandr etaient deja des villes florissantes. » Sans y ajouter foi, on ne sanrait nier que Lund ne remonte a une haute antiquite. Au dixieme siecle, le christianisme y fut pr6ch6 et en 1060, le pre- .nier evoqiio intr-nis''. E:> 1104, A^^kjren fut nomme archeveque, ct ia viUe rci^ut le nom de ivietropolis Daniao. Relcvoe de Tin-

cendie de 1452, aujourd'hui Lund est uue petite capitale en Scanie,

La cathedrale (Saint-Laureatii kyrka) et sa crypte sont fort re-

marquables. Dans cetto vaste chapelle souterraine so voit I'image

du geant Finne et de sa femme, dont voici la curieuse leg-ende :

« Finne, conformement a un contrat passe avec saint Laurent, devait b^tir la cathedrale pour un prix qui n'etait rien moins que le soleil et la lune ou les yeux du saint, et qui toutefois ne serait pas paye si le saint apprenait le nom du geant. L'ayaut appris par I'intervention de Dieu, lo saint refusa naturellement de payer. Alors Finne, furioux, aide de sa femme, se mit en devoir de deinolir I'eglise, mais il fut soudainement petrifie par saint Laurent et on le voit encore eu cet etat a la meme place. »

Une des curiosites de la ville est I'interessant et magnifique Musee de M.le professeur Nilson. Ses immcnses richesscs feraient envie a plus d'un mus6e de grande ville.

Lund etUpsalsontles deux uuiversitesdelaSuede.Fondeeenl666

par Charles XL celle de Lund est plus particulierement frequentfie par les fils des cultivateurs du midi do la Suedo. Beaucoup de jeuncs gens danois y viennent faire leurs etudes. Les tendances de I'enseignement y sont beaucoup moins spiritualistes qu'a Upsal : Upsal est a Luud co qu'etait naguere I'Ecolc de medeciue de Montpellier, par opposition a celle de Paris.

Nous ue tardons pas a arriver a Malmo. D6ja, connue en 1259, cette cite fut fortifiee par Eric XIII en 1434 ; mais il ne reste plus de ses murailles que lo vieux chateau, converti en caserne. II servit jadis de prison a Bothwell, troisieme epoux de Mario Stuart.

Au seizieme siecle commence pour Malmu une ere de decadence dont les etfets so firent sentir jusqu'a la fin du dix-septieme, 6poquc a laquelle la population etait reduite a 200 ilmes. Sous Gustavo III (1778), elle se releve et pen a peu arrive au point oii nous la voyons aujourd'hui.

Malmo est un dss ports de debarquement de la Suede. Ses 27,000 habitants, son commerce d'importation, ses manufactures en foi\t la plus grande ville de la Scanie. Son egliso (Petri kyrkan) date do 1313. Cost la quo lo luthorianismc fut prerho pour

la premiere ibis par Olaus Touderbiader. L'Jiutol de ville nat uu edifice du seizieme siecle. Dans le port se balanceiit de nombreux uavires et les steamers qui entretiennent une communication reguliere entre le reste de la peninsulc, le Dancmark et I'Allemagne.

De la gare au paquebot il n'y a qu'un pas , et nous y sommes bient6t. Au milieu d'une foule empress6e, de ce branlebas qui aocompagne toujours un embarquement , nous finissons par nous caser.

C'est notre deruiere etape sur la terre de Suede ; c'est la qu'il nous va falloir lui dire adieu; mais non, jo me trompe, ce ne peut etre qu'au revoir, car* lorsqu'on a vu ce beau paysj on desire y retourner encore.

Au moment de le quitter, quand deja le uavire sous vapeur est pret a s'eloiguer du rivage, njille pensees m'assiegent a la fois, et, jetant un regard vers ces jours heureux, si vite ecoules, il me semble revoir Arendal, Christiania, la Norwege et ses fjords pittoresques, la Suede, ses montagnes, ses lacs, ses profondes forets.

En un instant, tons ces riants souvenirs s'offrent a mon esprit.

Et, maintenant encore, de retour dans notre belle France, ma pensee s'envolant avec delices vers ces pays da Nord,s'y complait dans une muetto contemplation et dans une delicieuse evocation de 08 temps deja loin. Comment oublier, en effot, et Stockholm et ses fetos royales , la Suede , cette nation si sympathique a la France, et I'accueil fraterncl qui nous fut fait dans sa capitale, a Upsal et partout. Roi ou particuliers, savants ou ignorauts, tous se sont efforces de nous faire emporter ds notre sejour une bonne impression. Qu'ils soient satisfaits, leur but a ct6 pleinement atteint. Aussi je ne crains pas d'avancer ici que ceux qui ont 6te. assez heureux pour venir au Congres d'aout 1874 , garderont, comme nous, de leur voyage le plus charmant et le plus agreable souvenir.

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