‹ Croyance et Suggestion: Le Pythagorisme et Apollonius de TyaneChapitre 15 sur 20 · À F2 KE · texte numérisé non relu

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de silence en Pamphylie et en Cilicie. Durant ce temps,

par le seul prestige de sa naissante renommée et par la

| suggestion que provoquaient son silence et son genre de

vie, il apaisa, sans prononcer une seule parole, une

émeute déchaînée par la famine qui régnait alors en la e 4 AE r e FRS e :

ville d'Aspende.. Sûr désormais de sa maîtrise et son

temps de silence écoulé, il se rendit à Antioche, dans le temple d’ Apollon Daphnéen, où il s'entoura de quelques disciples chez lesquels ik entretint savamment l’autosuggestion que déclanchait l'émotion de vivre auprès de ji Ur “ | | Il avait soin de se placer toujours dans une atmosphè-

re favorable qui frappait l'imagination, ne donnant son

enseignement que dans les temples et les lieux solitaires.

Au lever du soleil, il accomplissait certaines cérémonies

secrètes, sur lesquelles Philostrate ne nous donne aucun renseignement, mais, fait significatif, auxquelles il n’admettait que ceux de ses disciples qui avaient gardé le si- lence pendant quatre ans. Il était ainsi assuré qu’une puissante auto-suggestion jouait déjà chez eux, qu'il n’avait désormais qu'à entretenir et à fortifier. Il s’entretenait ensuite jusqu'à midi avec la totalité de ses disciples, et dans cet entretien, il ne supportait aucune discussion. Sa suggestion par la parole était donc absolue. À midi, il parlait à la foule. Il usait quelquefois de la dialectique, mais jamais, comme le faisait Socrate, de l’ironie. L'ironie est, en effet, contraire à la naissance d’une auto-suggestion, car elle ne provoque nullement l’'émotion, mais la critique. Pour des philosophes, elle peut

être un adjuvant, pour des thaumaturgcs elle est un non-

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sens. Philostrate avait fidèlement recueilli la tradition, qui confirme entièrement notre opinion : « Il parlait, nous dit-il, comme un prêtre du haut de son irépied,. et c'est en parlant ainsi qu'il se fit écouter à Antioche des hommes les plus étrangers à la science ».

Sa journée terminée, il se plongeait dans un bain froid et dormait. | Pen

Mais il est probable qu’'Apollonius ne se: sentait pas encore en possession de moyens ‘sûrs pour faire naître l’auto-suggestion de la foule. Son entreprise commençait à merveille, mais il était à la merci d'un incident fâcheux/ et aussi haut que lavait élevé la suggestion de ses disciples, aussi bas l'incrédulité de quelques uns pouvait l’entraîner, Il avait acquis les connaissances que tout prêtre, digne de ce nom, possédait en l'art de la suggestion, miüais ilne s'élevait pas sensiblement audessus d’eux. Il sentait qu'il y avait plus et mieux à faire. [Il savait, d’autre part, que Pythagore, qui avait dû passer par un état d'esprit semblable, était allé bien loin chercher les éléments de sa science, dans le pays où Ja suggestion était passée dans la main des prêtres à l’état d'institution, chez les brahmanes de l'Inde. Il en avait. rapporté, entre autres trésors, la féconde doctrine de la métempsycose, et la notion du genre de vie qu’il avait imposé à ses disciples.

Aussi Apollonius, suivant l'exemple de son maître, résolut-il de partir pour l'Inde chercher chez les brahmanes les secrets millénaires qui allaient lui permettre de. s'imposer aux foules ignorantes et barbares de l'Occident. comme une nouvelle divinité. Il partit seul ou presque seul, l’auto-suggestion qu'il avait déclanchée chez ses dis-

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«cils ne résistant pas aux perspectives des Fate et de

dangers d'un or voyage. La sienne, elle, était Capa

ble de tout. NS EE NOTES US Vas

an traversa had re Mésopotamie, Là, dans arrivé 7 aux portes de Ninive, il vit dans Ja poussière de la route une for me blanche qui cour ail vers lui. C'était un homme qui, dès qu il le joignit, se précipita à ses pieds, bai- |

sa le bas de sa tunique et le supplia de bien vouloir V'ac- “ cepter comme serviteur et comme disciple. Cet homme, a

qui allait devenir le pivot de la créance du monde en la

divinité de son maître, était un assyrien du nom de Da-

mis. Le. thaumäturge ne perdit pas une si belle occasion et commença immédiatement à impressionner cette àme que son nom seul avait suffi à émouvoir. Comme Da-

mis lui offrait de lui servir : d'interprète dans ce pays étranger : « Mon ami, lui répondit-il, je sais toutes les

langues humaines sans en avoir appris aucune. Je com-

7e : . x Hope x a prends même le silence des homme.et la voix des ani- -

maux ». Un autre exemple dela grandiloquence un peu puérile d’'Apollonius à cette époque nous est donné par l'aventure suivante que conte son biographe. Comme

il entrait en Mésopotamie, le percepteur des péages lui

demanda s'il avait quelque bagage à déclarer. « Je n'ap-

porte avec moi, répond le thaumaturge, que la Continence, la Justice, la Tempérance, la Force, la Bravoure, la Patience ! » Et comme le bonhomme, un peu ahuri par tous ces termes à désinence f éminine, et aussi un peu intimidé par le ton avec lequel ils sont proférés, lui demande une liste détaillée de ces esclaves : « Non pas, to-

nitrue majestueusement Apollonius; ce ne sont pas des

esclaves, se sont des maäïtresses |». Philostrate qui her che à nous émerveiller par cette faconde, nous montre. simplement que son héros avait encore beaucoup à apprendre. Car de tels procédés ne seraient arrrivés qu'à faire sourire les graves Babyloniens. Ne) |

À Babylone, Apollonius séduisit le roi, et se fit initier par les mages aux mystères de leur religion. Dans chaque nouvelle cité, e’était’ du reste son premier souci.

Il repartit de Babylone avec plusieurs disciples que Damis lui avait recrutés et se dirigea vers l'Inde. Il usait toujours des mêmes procédés de suggestion, ‘assez grossiers, mais qui réussissaient bien sur ses disciples. En traversant le Caucase, la petite troupe rencontra une empuse.. En réalité, et Apollonius le savait bien, ils ’agissaitfort probablement d'un bandit de grands chemins qui se déguisait de façon bizarre, pour épouvanter les cerveaux rudimentaires des habitants de la région. Le thaumaturge se saisit de cet incident pour, frapper, une fois de plus, l'imagination de ses disciples. Il leur fit pousser certaines clameurs destinées, disait-il, à conjurer l'apparition des empuses, et dont le bruit suffisait amplement à chasser le voleur.

Enfin, ils arrivèrent, après un long voyage, à Taxiles où résidait le roi Phraote. Ils y restèrent peu de temps et gagnèrent le lieu où demeuraient les brahmanes et leur chef farchas. Le thaumaturge fut reçu à bras ouverts, après s'être fait reconnaître grâce à la formule consacrée « aur0S va, », et les sages Hindous se mirent en demeure de procéder à son initiation.

Damis, entre autre détails, nous rapporte l'étrange fa-

çon dont ces prêtres. adoraient le soleil, qui se rapproche

beaucoup d’ un phénomène cher aux spirites d’ QRIQU d hui, celui de la lévitation.

Ils se étaient tous en rond, frappaient la terre pa ‘leurs baguettes, ' puis, se tenant par la main, s ‘élevaient au- dessus du sol à la hauteur de deux coudées, ;

larchas qui, dans une exisence antérieure, avait été - le roi Gange, appela à Apollonius qu'il avait conduit des

barques sur le Nil au temps de Sésostris. Il le fit assister |

aux cures merveilleuses qu opéraient les brahmanes | et qui ne différaient pas sensiblement de celles des prêtres d’'Esculape. Ils chassaient les démons, délivraient les possédés à l’aide de charmes. larchas, lui, paraît avoir été

un adroit chirurgien tout au moins à sa façon de ea |

très correctement les luxations de la hanche, tout en pro-

nonçant certaines paroles magiques. Et l'on ne s'étonne

plus quand il déclaré que l’art de la divination est à la

base de la médecine, opinion dont nous lui laissons d’ail-

‘leurs l'entière responsabilité.

Lorsque notre thaumaturge eut achevé chez les brahmanes son éducation, il prit congé d’eux et retourna en Grèce.

Toute sa vie il ne cessa dès lors de voyager, allant d'Ephèse à Smyrne, puis à Athènes, puis à Rome. Il vi-

sita l'Espagne, retourna en Grèce, alla en Egypte où il

fréquenta les Gymnosophistes qui, ainsi que leur nom l'indique, philosophaient nus dans le désert. Leur chef

Thespésion, chercha à l’étonner en faisant parler un ar-

bre, mais il les trouva bien inférieurs aux brahmanes en

science et en habileté. Il visita les sources du Nil, séjour-

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ete Au es “ r 1 . sa gran

difoquence affectée, elle les charma insensiblement pa

F sa pure et. délicate poésie. Bis |prononça à alors quelques pa-

: raboles qui n ont rien à envier aux plus sublimes des. Evangiles. La plus célèbre est celle des moineaux. dont il

usa à Ephèse pour exalter aux AU des, citoyens des

Hit de l’entr” aide bte PE UE ie

VE agit désormais beaucoup. plus qu'il ne parla, et son

action fut infiniment plus souple, plus habile, plus réné- = chie. Nous l'étudierons | a un triple point de vue, consi- LU dérant successivement son prestige personnel, ses prati- fine

ques de suggestion provoquée, c'est-à- dire ses RO ERe co sa psy chothérapie. RAT Ne A

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= Le PRESTIGE :

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du premier contaet avec un nouveau venu, le thaumac

turge acquérait sur lui un immense prestige, qu il devait. - d'abord et surtout à l'atmosphère qu’entretenaient au- | tour de lui sa renommée et ses disciples. C'était un mé

re de respect et de crainte qui s ’emparait immanque- blement à à son approche des plus sceptiques. Puis il usait

alors presque toujours d’une ruse bien innocente qu em-

Lee ploya souvent Jésus. Avant même qu'il lui eut adr essé Ja: je : parole, il saluait l'étranger par son nom, ou lui rappelait ; un souvenir, une particularité quelconque de son existence. Le Homme était ainsi immédiatement convaincu de > s0-dôn de double vue.

= Apollonius avait surtout acquis, dans sa longue fré-

- quentation des hommes, un sens extrême de la mesure

Il savait parler à chacun le langage qui lui convenait et. M qui, seul, était propre à son auto-suggestion. Nous le

\ : ue voyons discourir avec des villageois grossiers, des artisans des villes, une foule aveugle et ignorante, des lettrés, des philosophes, des empereurs où de futurs empereurs tels que Vespasien, Titus, Domitien, Nerva. Et certes, parmi tous ces interlocuteurs qui difléraient autant par l’état social que par la race, l'intelligence et l'âge, il ne

trouvait pas rien que des sujets. Beaucoup auraient eu

plaisir, sinon intérêt, à confondre un homme que lon

hésitait à qualifier de dieu ou de sorcier, Or, avec une adresse infinie, il sut toujours garder sur tous un ascendant considérable. A

Auprès de l'élite intellectuelle et sociale, il ne chercha jamais à s'imposer comme un dieu, sachant bien que les fortes intelligences, si elles répugnent à y contribuer, se’ laissent facilement entraîner par le courant populaire. Il parlait, dans ce cas, plutôt à l'esprit qu’à l'imagination, et donnait des conseils empreints d’une profonde sagesse que lui dictaient sa vive intelligence et sa longue expérience des hommes. Il se gardait bien des artifices toujours plus ou moins grossiers de la thaumaturgie, et se contentait de passer, dans ces sphères, pour un esprit supérieur et un philosophe vertueux. |

Au contraire, il savait à merveille frapper l’imagination des basses classes de la société, sur lesquelles il comptait pour accréditer sa divinité. Et pour être juste, il faut bien dire qu'il parlait aussi à leur cœur, car il prêchait partout, ouvertement et quelquefois non sans danger uné tes haufe morale, faite surtout de charité et d’amour, où il exaltait les humbles, humiliait les puissants, désirait

ardemment le règne de la fraternité humaine.

= Ges généreuses utopies ont, à elles-seules, suffi de tout temps à provoquer de formidables auto-suggestions, ét

à cette. époque où la tyrannie était lourde, où la société

traînait comme un boulet l'esclavage à son piéd, l ‘auréole ; qui se dégageait de la blonde tête d’ Apollonius, était sur-. tout faite d° humaine douceur et de divine pitié.

En résumé, s’il usa souvent, et. nous allons maintenant le montrer, de suggestion provoquée, il faut dire à sa louange que ce thaumaturge fut un homme d’une rare élévation morale, qui, au- dessus des éphémères royautés

d'ici-bas, chercha tout au moins dans son cœur, sil ne.

le trouva pas, le royaume d'un dieu juste et équitable, qi ne voulut jamais rien posséder, ni biens, ni esclaves, qui, toute sa vie, fut bon et secourable pour les petits, -

- impitoyable pour ies puissances rapaces de la terre qu'il

ne fait bon, à aucune époque, venir tr cube par. des sermons intempestifs.

À ce jeu dangereux, il joua toujours son crédit, souvent sa vie, et dans le jugement des hommes l'élévation , de son âme doit l'emporter de beaucoup de les procédés

de sa thaumaturgie.

$ 2. — LES PRODIGES I était admis, au temps d’Apollonius de Tyane, que seuls les miracles et l’accomplissement des prophéties pouvaient établir une mission surnaturelle. Et, comme les prêtres de presque tous les cultes passaient pour en

faire, il n'y avait rien d’exiraordinaire à ce que les phi-

losophes suivissent cet exemple. Aussi leurs biographes

ne se gênaient-ils en aïcune façon d'en inventer, plu-

sieurs siècles après leur mort, de véritables cycles, tels

Porphyre pour Plotin, Marinus pour Proclus, et il! est très difficile de démêler dans Philostrate ceux qui eurent lieu réellement de ceux qu'il inventa lui-même. Cependant, il paraît à peu près certain qu'Apollonius en opéra beaucoup. Il fut en cela réellement thaumaturge. Mais il ne faut pas prendre ce mot dans l’acception méprisante qu'il a acquise depuis. Un charlatan qui abuse aujourd'hui de la crédulité publique, opère des miracles sans y croire. Au contraire, à l'époque où nous sommes, non seulement y croyaient les suggestionnés mais même ceux qui provoquaient leur suggestion. [ls y croyaient parce qu'eux-mêmes auto-sugoestionnés : nous y ayons assez insisté pour ne plus avoir à y revenir.

L'on contait qu'Apollonius avait arrêté la peste d'Ephèse, en faisant lapider un vieux mendiant, ce qui peut être le résultat de l'interprétation populaire d'une statue élevée par la cité au thaumaturge. A Troie, il avait causé avec l'ombre d'Achille. L'imposture est ici flägrante. Ses disciples étaient éloignés, done n'avaient 1TIem VU rien entendu. en donnait comme seule preuve que l'ombre du guerrier lui avait ordonné de chasser son disciple Antisthène qui descendait, paraît-il, de Priam.

Or, il lui avait été facile de se renseigner sur l’ascendance du jeune homme et il avait ainsi trouvé une superbe occasion de s’en débarrasser sans le blesser.

À Rome, il ressuscita une jeune fille. Mais comme son biographe ajoute que juste à ce moment la pluie était

venue à tomber, il est fort probable que, grâce à ses con-

naissances médicales, il avait constaté seulement un état cataleptique dont il exploita habilement le réveil.

Nous nous arrétons dans l'énumération fastidieuse de tous les miracles, dont nous accable Philostrate. Tous sont facilement explicables. Nous en avons cité seulement quelques-uns plus démonstratifs que les autres.

Il fit également des prophéties sans nombre. Le zèle et :a suggestibilité de ses disciples leur faisaient interpréter à l’extrème ses moindres paroles. Il ne s’accomplissait pas un grand événement dans le monde, qu'on ne lui en prétât aussitôt la prédiction. Cependant il en est au moins une dont l'authenticité nous est garantie par les ennuis, mêmes qu'elle suscita à son auteur. Celui-ci, une fois n'est pas coutume, s'était montré assez imprudent. Sous 1e règne de Domitien, il se laissa aller à prédire à Nerva son prochain avènement. Cette prophétie eut naturellement le don de déplaire à lactuel maître du monde, et presseniant un ordre d'arrestation, Apollonius crut Lu habile de le prédire, cette fois-ci sans crainte de se tromper, et il partit à Rome se mettre à la disposition de Ia justice impériale. À Rome, le thaumaturge avait beaucoup d’ennemis, beaucoup d'envieux, mais il ne faut pas oublier qu'il était pythagoricien et qu'il trouvait partout des appuis. Dans cette grave conjoncture, il en trouva un en la personne du préfet du prétoire, Elien, qui lui perau. de se tirer sans trop de dommage de ce mauvais pas. Il fut absous par l'empereur auquel il avait gravement déclaré : «Je sais plus de choses que la plupart des hommes, car je sais tout. Pour ma personne, je ne cours

aucun danger ; il n'appartient pas à un tyran de me faire

na En

Et —

mourir, quand je voudrais moi-même mourir par ses mains ». Il disparut miraculeusement du tribunal aussitôt après son absolution et le soir, à la sixième heure, il était à Pouzzoles, au milieu de ses Roue qui déjà pleuraient sa mort. :

Pour le premier miracle, il est probable qu 3 se perdit dans la foule sans qu'on le vit, à un moment donné. Quant au second, comme il fallait par la route un jour et demi de Rome à Pouzzoles et que Philostrate laisse entendre qu'il ne mit que douze heures, il faut admettre qu'il emprunta le Tibre jusqu’ à Ostie, trajet qui peut être fait à la rigueur en dix heures. Quoi qu'il en soit, ce furent trois miracles de plus : l’absolution, la disparition, le retour. É

Il ressort de sa déclaration à Domitien et de multiples conversations qu'il eut avec ses disciples que, tous ses efforts tendant. à se faire passer pour un dieu, il n’entendait pas mourir comme un simple mortel. Un dieu ne meurt pas, ne laisse pas sa dépouille à la terre, il disparait mystérieusement un-jour, son voyage en ce “monde étant terminé. L'ultime et la plus redoutable épreuve qui attendait le thaumaturge était donc le problème de sa fin.

Son état d'esprit ressemblait étrangement à celui d’un comédien qui a jusque-là fort bien tenu son rôle : s’il: rate sa sortie, la farce est perdue. Or, cet homme extraordinaire, dont tous les instants de la vie visaient à être des déclanchements d’auto-suggestion, réussit à faire de sa mort le point culminant de sa suggestion provoquée. Il disparut de la scène du monde au moment qu'il

avait choisi, sañs que personne püt être témoin de ses

ET

dern niers moments, sans que personne ne ce qu'était de-

PE F s venue sa. misérable dépouille, NE

À l'avènement de Nerva, Apollonius chärgea le seul

homme qui ne le quittait jamais, Damis, d'aller à Rome

porter un message de félicitation à l'empereur. Débarras- À

sé de ce témoin gênant, le thaumaturge : put machiner

son dernier jeu de scène. Les anciens contaient qu'à Lin- ‘ de, dans l'île de Rhodes, il était entré dans le temple de Minerve et qu'il n’en ressortit plus. Le jour où Apollonius de Tyane ferma ses yeux à la lumière, il put s'écrier comme Auguste à à son lit de mort : « Eh bien ! Trouvez-

vous que j'ai assez bien joué cette farce de la vie? Si

vous êtes contents, applaudissez !».

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