‹ Croyance et Suggestion: Le Pythagorisme et Apollonius de TyaneChapitre 14 sur 20 · CHAPITRE À QUATRIENE · texte numérisé non relu

CHAPITRE À QUATRIENE

Je.

ee 7!

Nous comprenons, par ce que nous avons au din FAR , de ce travail, pourquoi, dès que cet homme rencontra | RTS

“sur sa route le foyer d'idées qui répondait intimement

à ses tendances, fruits de sa race et de son mysticisme, l’auto-suggestion. subconsciente devait. automatiquement Ve he ne déclancher en lui, et ui faire accomplir sa merveil- -leuse CALTÈrE.? |, LEE ï ea À quatorze ans, Apollonius avait été envoyé à Tarse, chez le rhéteur Euthydème, qui avait pour mission de lui enseigner la philosophie. De là, il se-rendit avec son maître à Egées où il vécut parmi les prêtres d'Esculape, dans le temple du dieu. E fut alors témoin -des guérisons miraculeuses obtenues par la suggestion provoquée, et de bonne heure il apprit des prêtres, qu il étonna par ses aptitudes et sa précoce sagesse, à prendre sur autrui au : ee premier contact, un ascendant prodigieux. Il étudia d’eux la médecine d’alors qui consistait surtout en psychothérapie, et apprit non seulement à délivrer les possédés,

mais” aussi à; sh ie (diagnostics étiologiques assez

È précis. Philostrate nous conte que les prêt es lui adressè- ne rent un jour un ascitique, qui attribuait à l'augmenta-

tion de volume de son ventre dés motifs plus ou moins

états Apollonius passa ce, rudimentaire examen

de clinique médicale avec grand succès. En trois ques-

À tions, il avait élucidé l’origine de l'ascite et utilisa la

suggestion pour persuader à à son malade de ne s breton à désormais qu à l’eau claire des fontaines. Le L

SE sif de sa vie. Un philosophe d'Héraclée, Euxène, le fit en. ; : 3 ; trer dans la mystérieuse confrérie des Pythagoriciens

Ur ét l'initia à leurs doctrines. : Le contact avec ce foyer *

d'idées le fit. vibrer d’une émotion intérieure qu'il n'avait

jusqu'alors jamais ressentie. Il réveilla en lui les ten-

tances secrètes qui dormaient au plus profond de son âme.

SA personnalité fendit toute au souffle de cet ardent bra-

sier de spiritualisme, le seul qu'eût vraiment connu la

Grèce, et elle s’y incorpore : si intimement qu'elle en devint

un des plus purs rayons. ; PEU D’autres, avant lui, avaient subi la même attraction qui avait déclanché chez eux une auto- -suggestion analogue. Les plus célèbres en sont Piiolaus Timée de Locres, Archytas de Tarente, mais chez aucun le foyer n'avait été en si parfait accord avec les tendances, de telle sorte que l'auto-suggestion fut assez faible. Car il nous faut main- ; tenant montrer l’affinité profonde du Pythagorisme avec

les tendances d’Apollonius de Tyane.

La doctrine du sage de Samos se présente sous deux

7 aspects assez différents, suivant que l’on considère son

Ce fut vers cette époque qu ‘il arriva au tournant Le LE

système philosophique ou son mysticisme religieux. Ces deux aspects correspondént exactement aux deux influences dont nous avons montré l’action sur la formation des tendances d’Apollonius, la race et le myslicisme. “Ra

Sa théorie du nombre qui cherche l'être, la réalité, dans une pure abstraction, est bien caractéristique de la pensée grecque qui part d’un rapprochement, d’une affinité, pour édifier tout un système philosophique, s’attachant surtout à ce que toutes les propositions énoncées découlent rigoureusement les unes des autres, à ce qu une logique impeccable conduise les raisonnements, et qui se soucie fort: peu de méditer sur la vérité du point de départ. « Nourris dans l'étude des! mathématiques, frappés des analogies des nombres et des choses, les Pythagoriciens, nous dit Aristote, pensèrent que les éléments des nombres sont les éléments de tous les êtres et que le ciel toutentier est une harmonie et un nombre, Le\nombre est donc à la fois la matière et la forme des choses. Les nombres sont les objets eux-mêmes, &ot Opod aÜTO FT TOAVLUTE. Aussi Aristote ne manque-t-il pas de leur reprocher de faire les corps physiques avec des nombres, des choses qui ont la pesanteur et la légéreté avec des choses qui n'ont ni l’une ni l'autre.

Cependant, par nombre, les Pythagoriciens entendaient surtout harmonie, et l’idée de l’ordre, de la mesure, de l'harmonie, dominait leur physique et leur morale. Ces idées faisaient bien partie du fonds même de la pensée grecque et trouvaient certainement chez Apollonius un acquiescement impulsif. Mais, quoique les mathémäti-

ques aient touvé de tout temps des fervents, sinon des

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“apôtres, si la doctrine de Pythagore s'en fut tenue là,

PR est fort probable qu'elle n'aurait pas réussi à déclancher

Te chez des âmes d'élite, la violente émotion intérieure néces- VAE EE Saire à leur auto-suggestion, ‘et nous en voulons pour À

Re preuve : le conseil que reçut un jour Ce Rous- | seau d'une courtisane de Venise. | A De

Or, cette doctrine quasi-scientifique n'était qu'un des” .# aspects, et le moindre du Pythagorisme qui était en réali- a k té une vaste confrérie fondée par Pythagore à Crotone et S re qui, de là, rayonna dans toute la Grande Grèce. C'était une tentative de réforme religieuse, au moment des pr emières révoltes, de la réflexion critique contre la religion populaire, et c'était aussi ‘une tentative politique. quite visait au rétablissement des aristocraties dans les cités troublées par d’incessantes révolutions.

ee ; Les affiliés devaient, avant leur initiation, passer par + uné assez longue période de noviciat, qui permettait de se renseigner sur leur existence passée, et d'observer We qe leur existence présente. Puis ils étaient initiés aux doc} ‘aa | trines du maître que nous étudierons tout à l'heure au’ i Me) double point de vue religieux et mystique. Dès lors ils je s'engageaient envers lui à une obéissance absolue, ils js

/ se devaient entre eux aide et protection dans toutes les circonstances de la vie : c’est ainsi qu'Archytas” de 22000 Tarente sauva la vie de Platon menacée par Denys le Jeune. Ils se reconnaissaient à des signes secrets, à quelques phrases conventionnelles, « abtos éoa, » lui-même l'a dit ; par « lui-même » ils entendaient le Maître dont ‘il était défendu,sous peine de mort, de prononcer le nom.

Nous sommes assez peu renseignés sur l'existence de cette

Nous savons seulement qu ‘elle à artiva à OUR en à Grèce |

l'aristocratie, . mais qu ’elle fût. rise. en. échec par ‘une ” r évolte populaire qui chassa ses. membres, incendia leurs JE

" demeures, et: provoqua leur dispersion. Mais, même GR

$ persés, les Pythagoriciens | conservèrent longtemps de À

par le monde une grande influence.

He AU point de vue religieux, “le pythagorisme, comme ee chacun sait, enseignait la mélempsycose, de seul spiritua- A NME

Jlisme qu ait jamais connu Fâme grecque. Elle consistait N Rs essentiellement en la croyance | à une vie future. L'âme

est ensevelie dans le corps pour ses fautes passées, elle Fe parcourt t diverses pérégrinations dans des corps d'hom- F PE mes et d'animaux, pour s’en séparer enfin et mener une, existence incorporelle si elle en a été jugée digne ; sinon,

elle est réservée aux châtiménts du Tartare. ARTS PRE Cette doctrine de la transmigration des âmes agissait

: surtout sur le côté my stique de l'individu, en le plaçant : TOUS

à au bord du. gouffre insondable de notre origine et de no

“ire deslinée, ce que ne faisait nullement la religion offi- <

| cielle, et c'est par là qu'elle s'adaptait intimement aux |

tendances d’Apollonius de Tyane. C’est, en effet, Ja pre-

mière forme sous laquelle s'est fait jour dans l'esprit hu-

main l'idée de l’immortalité de l'âme. Elle a existé, SOUS ©

… des noms différents, chez les ‘Hindous, les Perses, les

-Egyptiens et les Chaldéens. Plus tard, les Druides gau- |

lois en firent le fondement de leur religion, et elle a tou

| jours conquis l’âme mystique des thaumaturges, depuis

Apollonius de Tyane jus à Cagliostro et au sonte de

Saint-Germain. : ES

particulier : l'affinité du pythagorisme avéc les tendan- .ces de notre thaumaturge. Nous voulons maintenant

montrer les caractères généraux qui faisaient de ce foyer :

d'idées un foyer d’ auto-suggestion. Ces caractères nous

les trouvons dans les coutumes que le maître imposait à.

see disciples et qui parlaient à leur imagination autant qe à leur cœur.

Le pythagoricien devait s’astreindre à une chasteté ab-

solue, ne se vêtir que de, lin, à l'exclusion de toute dé-

pouille animale, observer un régime strictement végétarien, marcher nu-pieds, porter les cheveux longs, tout

ceci en accord avec la doctrine de la métempsycose. Son

séjour préféré devait être les temples ; il lui fallait répéter plusieurs fois par jour certaines phrases-types très courtes, accomplir au lever et au coucher du soleil cer-

tains rites. mystérieux, toutes pratiques fort propres à en-

treténir quotidiennement l’auto-suggestion, mais dont

aucun membre ne nous a révélé le secret.

Chaque soir, il devait se recueillir pendant de longs moments et procéder à à son examen de conscience. Ce précepte pythagoricien a surtout été étudié au point de vue moral, en particulier par M. Martha, mais il est intéressant aussi au point de vue médical, car il était, selon

toute vraisemblance, destiné à provoquer chaque jour

. l’affleurement du subconscient, et cela au moment du

jour où cet affleurement est le plus facile à réaliser, c'està-dire vers le soir, quand l’état de veille tend à passer insensiblement à l’état de sommeil. Nous avons exposé,

e son temps, le rôle énorme que joue dans le genèse et

4"SMR,

Jusqu'ici nous nous sommes placés à un point de vue

La ED ae 200 NTM 1e N\ er > iQ : ( ,

l'entretien de l'auto-suggestion cet affleurement du subconscient, # | nr Enfin, pendant cinq années de sa vie, le pythagoricien devait garder le silence le plus absolu. Nous ne savons pasçtrop jusqu'à quel point cet ordre était pratiquement exécuté. Il est fort probable que les frères d’une initiation inférieure, et naturellement les membres du dehors ‘ « ot étw », en étaient exemptés, car ce silence total . de cinq années n’était exécutable qu'à. la faveur d'une urès forte auto-suggestion qui, par sa force. même, ne pouvait s'entretenir que chez peu d'affiliés. Comment devons-nous interpréter ce rigoureux précepte qui entrait dans un plan de vie mûrement médité ? — « Le silence, écrit Maeterlinck, est l'élément dans lequel se forment les grandes choses, pour qu'enfin. elles puissent

émerger, parfaites et majestueuses, à la lumière de la vie

qu'elles vont dominer... Nous ne parlons, dit-il encore, qu'aux heures où nous ne vivons pas... et, dès que nous

parlons, quelque chose nous prévient que des portes divines se ferment quelque part ». Pa

Le silence est évidemment la condition essentielle de la vig intérieure : dès que nos lèvres dorment, ce sont nos âmes qui rèvent. x

Et Pythagore, selon toute conjecture, voulut que ceux de ses disciples qui étaient dignes de comprendre et de propager sa doctrine se retranchassent par le silence, cinq années durant, du commerce du monde.

Il voului les faire vivre avec intensité de cette vie de l'âme qui, seule élève l’homme au-dessus de la brute,

qui rend la pensée plus mobile, plus souple, plus active,

de Hi interprète de la pensée, l'on peut arriver à : rue autrui, mais c'est par le jeu de sa propre . pare que l’on devient la pre oie de F auto-suggestion. Aussi, ce précepte pythagoricien nous semble-t- il avoir eu un double but. D’ une part, il obligeait les disciples à

vivre. intensément une vie intérieure qui. fortifiait et M)

déliait leur } pensée. D autre part, par le fait même qu'il

- avait pour résultat d' exalter la vie de l'âme aux dépens

de l'activité extérieure, 1 cultivait et | rendait pus propi- Ée à

ce le. terrain de à auto-suggestion. » Mir Ets re observation Higourquee de ces coutumes, telle que he | prtique Apollonius de Tyane, ne pouvait, en effet, avoir - eu que sous l'empire d'une auto- suggestion quotidien-

nement entretenue par les pr atiques rièmes qu'elle provoquait, et ni Archÿtas, ni Timée, ne S'y. soumirent entière-

ment, parce que, s'ils étaient de sincères pythagoriciens,

cils ne furent jamais complètement des auto-suggestion- : nés. Mais, dès qu'Apollonius eut pris contact avec le Py- “. thagorisime, il ne s’appartint plus, il appartint tout enfes à sa mission qui fut désormais de ramener les hommes à la morale et à la métaphysique spiritualistés du sa- . 4

vant mathématicien de .Samos..

suite. ; jh a | is 7e “ir Le Ù ; 29?

Après & avoir été Aria au u Pythagorisme, 23e resta quel:

que temps à Egées, dans le temple d' Esculape, où il s’ ac-

coutuima aux pratiques de sug gestion dont se servaient LAS

les prêtres. Puis, lorsqu' il n'eut plus rien ai apprendre M

d'eux, il adopta résolument la vie pythagoricienne, se conforma strictement aux pratiques que nous avons dé

crites, et, pour commencer, alla pe ses cinq années Fe

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