‹ Croyances et légendes de l'antiquité, essais de critique appliquée à quelques points d'histoire et de mythologieChapitre 154 sur 278 · Cœsar, De belle galtico, VJI · texte numérisé non relu

Cœsar, De belle galtico, VJI

CAHDLUS

celtique de son nom en une terminaison grecque correspondante. Dans ce cas, le nom eût été originairement de la forme Camulomab, Camulomap. Mais on doit, d’un autre côté, observer que la terminaison gène ou gane, avec la même signilicalion qu’elle avait chez les Grecs, pourrait bien avoir existé dans l’idiome des Celtes, d’origine indo-germanique comme la langue grecque. En vieil armoricain gana signifiait engendrer^ produire, naître, verbe qui, dans l’armoricain moderne, est devenu gcnel. De là dérivent les mots ganédik, natif, ganédigez, naissance*. Le celte pouvait tenir ce verbe et scs dérivés du sanscrit jan , produire, sans l’avoir emprunté au latin gigno , au grec Ysvviü) et , et dès lors on s’expliquerait la signi-

fication de la terminaison qui nous occupe. Quoi qu’il en soit, il me paraît incontestable que le nom de Camulogène signifiait /î/s de Camidus , et il fournit un exemple de plus de la généralité des noms formés avec celui de cette divinité.

D’ailleurs Camulogène n’est pas le seul nom qui aurait pu être formé du mot Camulus et d’un radical appartenant à une autre langue. L’inscription d’un préféricule découvert à Berthouville porte :

MERCVUtO.AVG||CAMVLOGNATA COIGI FILIA H V.S.L.M.*

1 . Le même verbe se retrouve dans le gaélique gineah et geanadh, ttaitre, d’où sont sortis de nombreux dérivés, et devient en welche geni, naître, genillgn, né, en manx , gientin, procréant. Cf. II. Léo, Yermischte Âbhandlung zur Geschichte der deutschen und kelcischen Sprache, partie I, p. IC.

2. Voy. A. Leprévost, Mémoire sur la collection de vases antiques trouvés en mars 1630 à Berthouville , p. 29. (Caen, 1832, in-4°.)

ET GRANNUS.

Voilà une Gauloise, la fille de Goigus (sans doute en celte Koikh), qui porte un nom dont le sens est certainement le môme que celui de Camulogône, mais dans lequel le radical grec gèjie est remplacé par son équivalent latin gnat. Le grand nombre de noms où se trouve en composition le mot Camulus, enlève toute vraisemblance à la supposition de M. Vaugeois, qui voyait dans cette Camulognata une parente du chef Camulogêne. Le nom de Camulognata semble indiquer qu’à l’époque où la langue latine commençait à pénétrer dans la Gaule, on donna aux noms celtes une forme latine, chez les Romains du moins, et la métamorphose que le nom de Camulognata a évidemment subie, montre qu’il était possible que le nom de Camulogêne fût le résultat de la substitution semblable d’un mot latin au mot gaulois. La terminaison gnata s’est d’ailleurs échangée pour gêna chez les Gallo-Romains, ainsi qu’en font foi deux inscriptions trouvées à Bordeaux, où la même femme porte tour à tour le nom de Cintugnata et celui de Cinlugena L Eusôbe Sal verte , dans son intéressant ouvrage intitulé : Essai historique et philosophique sur les noms dlhomrnes^ àe peuples et de dieux'^, a cité des excmples'de noms formés par un mélange de radicaux de deux langues : le radical d’une langue moderne ayant été substitué à celui d’une langue plus ancienne : tels sont les noms

1. Jouannet, Rec. acad., 1829, n<>* 18, 21 et 33; 1832, n* 1, pl. 1 4. Si , ce que je pense , le nom de Cintus est celte, nous aurions encore dans ces noms de nouveaux exemples de l’association de la terminaison gma, gnata, à des noms gaulois.

CAMULUS

de Chûlcaubriant (le château du roi) formé du breton hryan ou bryen, chef ou roi ; Paimbœuf, appelé encore en breton Pen-Ochen (la tête ou le cap de bœuf), de pen, tête, et ochen, bœuf; Nanlhilde ou Nantchilde (l’enfant du torrent), de nant , en celte torrent, et du teuton ou tudesque hild, child, enfant, etc.

Non -seulement nous retrouvons dans les noms d’hommes celui de Garaulus, entrant comme formatif, mais nous le rencontrons encore dans des noms de lieux, tels que ceux Camidodunum , Camidosessa,

Andecamulum.

Camulodunum, dont Ptolémée* a altéré le nom en celui de KasjLouoiXavsv, mais qui se lit sous sa véritable forme dans l’Itinéraire d’Antonin et sur la Table de Peutinger, est une colonie fondée sous l’empereur Claude dans l’emplacement de la ville actuelle de Colchester ou de Meldon. On reconnaît dans ce nom la présence des deux mots celtes Camtdus et diin [dunum chez les Latins), hauteur, colline*. Le nom de Gamulodunum signifiait donc : la hauteur, la colline consacrée à Gamulus, Celte signification nous donne à penser que les vétérans qui avaient fondé la colonie de ce nom dans le pays des Trinobanles, appartenaient à la race celtique, et qu’ils avaient mis leur ville sous l’invocation de leur dieu de la guerre. César* nous apprend que les Gaulois avait l’usage d’entasser en monceaux les débris des victimes immolées à leur dieu Mars,

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