Exode, XI
à Torient, tandis qa*à roccidentle soleil n*est point encore descendu sous rhorizon. Ces deux astres paraissent réunir leurs clartéSt pour prolonger le jour et donner aux Israélites le temps d'achever la défaite de leurs ennemis : Thistorien s*écrie, dans Tenthousiasmede sajoie : <x Ce chef aarrêté le soleil etlalune^». Veut-il dire que des pierres, partant des frondes des Hébreux qui excellent dans Tusage de cette arme, ont accablé les vaincas dans leur fuite» il raconte qu'une pluie de pierres a écrasé les fuyards : c'est ce que nous apprend l'écrivain Josèphe luimême'. Un heureux hasard a-t-il ouvert à Moïse l'issue d'une
1. Jotaé, X, ISet ss.Cf. J. Jahn, Introductio in Ubros iocros vetêris FœderUt c. 2. de libra Josue, par. 39. p. 250, et Brctanno Jos. X. C'est par une métaphore semblable, mais qui n'a point été interprétée à la lettre, qu'Isale s'écriait: Non oocidet ultra sol tuus, LX, 20 : « La lumière de la lune deviendra pour vous comme la lumière du soleil, et la lumière du soleil sera sept fois plus grande, comme serait la lumière de sept jours ensemble». Môme sens allégorique au chapitre V, 20, du livre des Juges, où il est dit que les étoiles ont combattu contre Sisara : « On a combattu contre eux du haut du ciel; les étoiles, demeurant dans leur rang, dans leur cours ordinaire, ont combattu contre Sisara. » Cf. J. Hermann Janssens, Herméneutique sacrée, trad. 1. 1. Pacaud.t. Il, p. 23 (Paris, 1838, inl2). Lorsque Isale, dit Malmonide, veut parler de la chute d'une dynastie ou de la ruine d'une grande nation, il se sert d'expressions telles <iue:« les astres sont tombés, le ciel est bouleversé, le soleil s'est obscurci, la terre a été dévastée et ébranlée i», et beaucoup de métaphores semblables. C'est comme on dit chez les Arabes en parlant de celui qu'un grand malheur a frappé: «Son ciel a été renversé sur la terre ». De même, lorsque le prophète décrit la pn)spérité d'une dynastie et un renouvellement de fortune, il se sert de méta- Pboreâ telles que: « l'augmentation de la lumière du soleil et de la lune, le renouvellement du ciel et de la terre », et autres expressions analogues. Maimolide ajoute, en parlant encore d'IsaYc : « Lorsqu'il se met à décrire la tranquilito ^^ Israélites, quand Sanachérib aura péri, la fertilité et le repeuplement de '^urs terres, et la prospérité de leur empire sous Ézochias, il dit allégoriqucment l^c la lumière du soleil et de la lune sera augmentée; car do môme qu'il a été ^-rit.au sujet du vaincu, que la lumière du soleil et de la lune s'en va et se ^^^aoge en ténèbres, de même la lumière des deux astres augmente, par rap- ^Ti au vainqueur. » — On rencontre aussi dans les autres prophètes des niotaï'hores du même genre. Ézéchiel dit, en décrivant la perle du royaume d'Egypte J^t la chute de Pharaon par la main de Nabuehodonosor : « Et je couvrirai ^^ cieux, après que lu auras ete éteint, et j'obscurcirai leurs astres; je couvrirai le soleil d'un nuage et la lune ne fera pas luire sa lumière. Toutes les <ilartcsde lumières dans les cieux, je les obscurcirai sur toi, et je réi andrai des ténèbres sur la terre, dit le Seigneur, lÉternel » (XXXII, v, 7 et i^). Joël dit, en parlant de la multitude des sauterelles qui arrivèrent dans ces jours: « Devant ^•le» tremble la terre, le ciel s'ébranle, le soleil et la lune s'obscurcissent, et les «sires retirent leur clarté » (II, 10). Amos dit, en décrivant la destruction do Sanaarie : a Je ferai coucher le soleil en plein midi, je couvrirai de ténèbres la ^rre au jour de lumière, et je changerai vos fêtes en deuil » (VI 11, 9-10;. — Voyez j»-'xirait du livre Dalalat~al-'Ua\jirin de Maïmonide, traduit par M. Munk, dans 'et IX de la Bible de M. Cahen.
^- Le miraclede la prise de Jéricho doit ainsi recevoir une explication pareille. ^^ effet, peut-on voir autre chose qu'une hyperbole dans ces paroles : u Populo
nouvelle source, ou les eaux ont-elles été amenées, d*abord par de secrets conduits, et leur abondance les fait-elle sortir avec impétuosité, tandis que le législateur hébreu montre la source de sa baguette, Fauteur de TExode, dans son style hyperbolique, nous dit qu'il a fait jaillir Teau du rocher*.
Les chants de désolation ou de victoire, par lesquels les prophètes annonçaient aux Israélites la destruction de leurs villes ou de celles de leurs ennemis *, ontété interprétés par les Chrétiens, comme des prédictions de la fin du monde; et la métar phore dans laquelle Ezéchiel et Daniel représentaient, sous la figure d'une résurrection, Jérusalem sortant de ses ruines, a été prise, par une erreiu* semblable, pour Tannonciation de la résurrection dernière '.
vociférante et clangentibus tubis, mûri illic corruerunt. » (Josué, VI, 20. Cf. iltitiquitéM jtulaiquet, IV, 5.)
1. C'est Philon (De vita Motù, lib. I, p. 431 de l'éd. Turnèbe, in-K iS52} qui rapporte lui-môme cette explication toute naturelle d'un fait regardé longtemps comme miraculeux. Salverte, auquel j'emprunte cette observation, rappelle qu'une métaphore semblable de la langue grecquedonna naissance à des légendes du même ordre : « Bacchus flt jaillir une source en frappant la terre de son thyrse.»(Pausania8,.1/«Méfiie, c. 36.) «Atalante altérée frappe de sa lance un rocher d'où sort à l'instant une source d'eau fraîche. »(Pau3anias, Corinthie., c.24.) Cette remarque seule suffit pour faire voir combien la vérité historique gagnerait en France, à des travaux de critique entrepris dans l'esprit d'une exégèse nouvelle. L'Allemagne a donné l'exemple, et déjà les matériaux rassemblés par ses théologiens ont fait faire un pas immenne à l'herméneutique sacrée. Mais dans notre pays, ces otudesontété englobées dans l'indilTérence, l'antipathiemôme que professent tant d'esprits, éclairés pourtant, pour les questions théologiques. Le clergé 1 ui-méme a la isso s'étei nd re dans ses mains l' hori tage des U uet, des D. Cal met, des H. Simon et des Arnauld;à peine sait-il ce qui se passe au delà du Rhin, et sur quel terrain nouveau la critique transporte aujourd'hui l'Ancien Tesiament. Ceux qui. comme nous, apprécient l'intérêt tout particulierqu'inspirentles études théolo^iques, entreprises surtout au point de vue du rationalisme,sentiront peut-être davantage par nos paroles combien il y aurait besoin en France «le relever cette branche de l'érudition historique et d'habituer, en la cultivant, les esprits à une discussion qui fût autre chose qu'un scepticisme moqueur et frivole.
2. Isaïe, XXIV, XXV et ss., L. et ss.. XLI et fs. Quel autre sens qu'un sens allégorique doit-on reconnaître dans ces paroles du môme prophète : «Ceux de votre peuple qu'on avait fait mourir vivront de nouveau; ceux qui étaient tués au milieu de moi, ressusciteront. Réveillez-vous de votre sommeil etchtintez les louanges de Dieu, vous qui habitez dans la poussière » (XXVI, 19). N'est-il pus évident, d'après le style de tout le cantique d'actions de grâces pour la délivrance de Judas, auquel ces paroles sont empruntées, que le poète hébreu désigne ici ceux qui étaient morts moralement et qui étaient abattus, ceux qui habitaient, comme il le dit, dans la poussière? Maison conçoit que, cité ainsi isolément, ce passage présente l'apparence d*une résurrection.
3. Bzéchlel, XXXVU; Daniel, XII, et l'extrait du Dalalat-al'Hayirin, cité cidessus.
DansFÉvangile, il y a aussi des traces de pareilles méprises. Tel est ce passage de saint Mathieu (viii, i6, 17) : « Et omnes « maie habentes curavit, ut adimpleretur quod dictum est per « Isaiam ^ prophetam dicentem : Ipse infirmitates nostras ac- « cepit et œgrotationes nostras portavit ». Et cetautre (xi, 5): « Cœci Tident, claudi ambulant, leprosi mundantur, surdi au- « diunt, mortui resurgunt, pauperesevangelizantur '». Là, les paroles du prophète ont été prises à la lettre, quoique la lecture de Tensemble du discours, auquel elles sont empruntées, indique suffisamment qu'elles ne sont. qu'allégoriques. Dans les évangiles apocryphes, ce système d'assimilation d'expressions métaphoriques à des faits, donnés comme réels et comme ayant été l'accomplissement de ces expressions mal comprises elles-mêmes, apparaît dans toute son évidence^. Et pour n'en citer qu'un exemple, ce verset du Psaume 148 : « Laudate Dominum de terra dracones et omnes abyssi », qui sert de pendant à celui-ci: « Laudate eum, sol et luna; laudate eum, omnes stellsB »» et qui n'est qu'une expression fort ordinaire du style oriental, a été regardé comme prédisant que des dragons adoreraient réellement TEnfant Jésus ; fait qui aussitôt a été supposé par l'évangéliste s'être passé en Egypte^.
1. Isale, LUI» 4. Cf. Epizi. Pelri, II, 24. ll8aie,XXXV, 5; LX1,1.
3. Strauss, Vie deJésiu^ trad. Littré, t. I, Ira part., p. 101.
4. Pareil système fut suivi au moyen âge. Les annales de cette grande époque nous montrent qu'on cherchait les prédictions des événements contemporains (faosles paroles de l'Écriture : interprétation littérale qui les détournait de leur âceeption véritable. Alors il était facile, après qu'on tes avait prises isolément et séparément des paroles précédentes et suivantes qui formaient avec elles un sens iodivisible, d'offrir comme une prophétie du fait que Ton y cherchait. Nous choisirons entre mille cet exemple, que nous fournit Rigord, dans sa Vie de Philippe Auguste (p. 21) : Au moment du sacre du monarque, un chevalier de la maison royale brise trois lampes, en lançant sa baguette au milieu de la foule, dont il veut ainsi apaiser le tumulte. L'huile s'épanche sur le front de l'auguste couple. Cette circonstance parait au biographe de Philippe comme une sanction manifeste donnée par le Ciel à l'avcncment du roi, comme une onction divine, onction queSalomon, lui, semble avoir annoncée par ces paroles du Cantique des Cantiques (I, 2) : c< Votre nom est comme une huile qu'on a répandue ». Au reste, il est à remarquer que c'est en procédant par mutilation des discours, en acceptant arbitrairement les passages qui semblent avoir trait au fait dont on veut trouver la prédiction, et en laissant de côté ceux qui n'ont avec lui aucun rapport et quelquefois même le contredisent, que l'on a fait réaliser tant de prodictiODs qui, si elles eussent été véritablement telles, auraient dû présenter
Les paraboles mêmes de rÉvangile, et qui y sont données comme telles, sont transformées par le peuple, au moyen âge, en faits réels et accomplis. Lazare est un pauvre saint qui a vécu dans la misère et qui, après sa mort, devient le patron des ladres ou lépreux K L'histoire de Tenfant prodigue est racontée par plusieurs légendaires comme un événement contemporain. Un moine montra au voyageur Hasselquist* le lieu où s'était passée la scène du Bon Samaritain secourant le blessé qu'avaient abandonné le prêtre et le lévite '.
autre chose que des phrases entrecoupées, comme les oracles de la pythie, et offrir une suite et une clarté qu'on n'y rencontre jamais. Si vraiment Dieu livro parfois à l'humanité le secret de l'avenir, est-ce par l'effet d*une contrainte, et ne tâche-t-il de soulever le voile que le moins possible, n'agit-il alors que comme malgré lui? Une pareille conception serait folie. Le propre de la vérité c'est d'ôtro claire et évidente, surtout quand elle émane de Dieu. Il n'y a qu'un recueil de prophéties qui portent avec elles une clarté qui tient de l'évidence, et ce sont justement les prophéties dont le caractère apocryphe est le mieux démontré! Je veux parler des Livra siftyi/ins, œuvres dos fraudes pieuses des premiers siècles et acceptés avidement par les Chrétiens primitifs comme des prophéties non moins éclatantes que celles des Hébreux et conservés dans les siècles postérieurs. Voyez la nouvelle édition qu'en a donnée Alexandre et l'excellent article de M., Letronne sur celte édition dans le Journal des Savants (novembre 18i1). L'Église chante encore : « Teste David cum sibylla ». Cf. la note intéressante d'Edelestand du Méril, dans les prolégomènes de sa savante Histoire de la poésie Scandinave, p. 87 : « i'orro dies illa complebit vata sibyllse », dit Othlon, en parlantdu jugement dernier(Othlon, Liber metricus de doctrinaspirituaU, ap. Tfiesaurus anecdolorum, t. Ilï, Paris, p. 48î. Ceux qui voudront se convaincre davantage de l'exaclilude de noire réflexion consullcronl les Centuries de Michel dcNoslradamus, où souvent un vers, pris isolement, a tout le caractère d'une prédiction, mais où il le perd dès qu'on cherchant la liaison qui le rattache à ceux qui l'accompagnent, on reconnaît que dans l'esprit de l'auteur, il a reçu une tout autre acception.