‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 119 sur 251 · IV, Esdras · texte numérisé non relu

IV, Esdras

6. Cf. une note de Mongez sur la psychostasie, dans le tome V de la nouvelle série des Mémoires de C Académie des Inscnptions et Belles-Lettres.

l.Cathem. circa exequias, X, ap. M. Aurelius Prudentius, Carmina a Faust, ArevaUo etUta (Roms, IW, in-4»).

Gentibus justam positurus aequo pondère libram^

Ces expressions se sont également conservées en Orient: « Au jugement dernier, les balances seront posées pour Texamen, les actions seront jugées )>, disent les Druses^. Sans doute, c'était cette comparaison qui fit adopter parfois, par les premiers chrétiens, la balance, comme un symbole du jugement dernier'. Cette comparaison a fourni à Timmortel Schiller une de ses belles pensées : « Regardez-y bien ; le destin de l'homme se balance dans un terrible et admirable équilibre. Si le plateau de cette vie a été abaissé ici-bas, il se relèvera dans Fautre vie. S'il a été élevé dans cette vie, dans l'autre, il descendra plus bas. »

Ainsi, prenant ces comparaisons à la lettre, le peuple se figura le jugement dernier comme le moment où aurait lieu un pèsement solennel des âmes. Mais, d'après les idées qu'il se formait de la Divinité, il n'osa lui confier, à elle-même, ce soin qui paraissait au-dessous de la sublimité de son essence. Ce fut un des ministres de sa volonté, un des chefs de la

4. Prudence, Hymnei, IV, Perùtephanon martyrum, Cœsar. August., t. II, p. 963. Une tradition allemande rappelle cette môme idée de balances. A Hamberg, sur le tombeau de l'empereur Henri, la justice est repn^sentée avec une balancée la main; mais raiguille de cette balance n'est pas juste au milieu, elle penche un peu de côté. C'est un vieux bruit dans le pays que, lorsque cette aiguille sera mise en équilibre, la (in du monde arrivera. Grimm, Traditions aUemamUs, trad. Thoil, t. I, p. 459.

2. Sylvestre de Sacy, Exposition de la religion des Druzes, t. II, d. 628.

3. Arringhi, Roma subterranea, t. II, p. 628. — On lit dans rÈvangile selon saint LuCf chap. XVI, v. 22 : « que l'âme de Lazare fut portée dans le sein d'Abraham par les saints anges. » Les rabbins croient que saint Michel présente à Dieu les âmes des justes (Targum : in Cantico, IV, 22). Josèphe dit que, d'après les Pharisiens, les âmes des méchants sont jugées sur la terre et condamnées à des supplices éternels. Des Juifs reconnaissent un jugement particulier après la mort et un jugement général après la résurrection. Dieu juge les morts au premier jour du moisTisri, le premier de l'année; mais c'est plutôt une sorte de revision des registres ou un examen des âmes qui sont en enfer {Antiquités^ liv. XVIII, c. 2; et De bello civili, liv. II, c. 12). Les Talmudistes, de l'école de Sameus, enseignent qu'il y a trois ordres de gens qui comparaissent au jugement : les justes, les méchants, ceux qui sont en état moyen. Les justes sont envoyés de suite en Paradis, et les méchants en Enfer; mais les mitoyens, tant Juifs que Gentils, descendent en Enfer avec leur corps et y pleurent pendant douze mois, montant vers leurs corps et puis redescendant. Après ce temps, leurs corps seront consumes et le vent les dispersera sous les pieds des justes, (Voyez Talmud in Gemara, art. Rosch-Haschana, ch. t, f» 16.)

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milice céleste, qui fat chaîné de cette fonction importante : saint Michels auquel, dans la croyance du moyen âge, était spécialement dévolu le soin des âmes des morts, et qui avait reçu, aux yeux du vulgaire, Théritage d'Hermès, de Mercure Psychagogue *. Cet archange fut regardé comme Fétre céleste qui devait, à la fin du monde, remplir cette tâche délicate'. Tâche, au reste, qu*il pouvait d'autant mieux accomplir, que Tarchange imposait davantage aux avides poursuites des démons^, dont il avait jadis triomphé d'une manière si écla-

1. lies Chrétiens ont toujoari donné à saint Michel la prééminence sur les anireBanges. Cf. Clément, Recognitionetf lib. Il, c. 42. Nicéphore, Histoire eccléiiastique, VU, 50, appelle cet archange: 'O xi;; Xp'.artavûy izlTzitaç E^opo;. Sophrooins, dans son discours sur Texcellence des anges (Bihl., P. P. Max., Lugd., t. Xll, p.ilO , nomme saint Michel « Sanctus Arcbitrapa, animorum propugnator, corporom consenrator, universasque naturas illustrator. » C'est aussi saint Michel qui tient Tépée flamboyante et défend Taccësdu Paradis. Évangile de Nicodèmej c 19. Cette idée de supériorité, que les chrétiens attachaient à saint Michel, venait des Juifs qui, an retour de la captivité, lorsque la doctrine des anges l'établit chez eux, le choisirent pour le protecteur spécial de leur nation. Cette raison a inspiré, au contraire, aux musulmans de la défiance pour cet archange. Cf. Coran, sourate, IV, v. 91; et ceux-ci s'imaginent A leur tour que les Juifs ont la plus grande aTersion pour Gabriel, comme ayant provoqué la ruine du Christianisme. Relnaud, Monuments orientaux du cabinet Blacas, 1. 1, p. 134. Les Pandémons des gnostiques, représentés avec quatre ailes, et qui offrent d'ailleurs beaucoup d'analogie avec les ordres élevés de la hiérarchie angélique, sont souvent représentés avec une balance. Matter, Histoire du gnosticitme, atlas, fig. 9 et 10.

1 On figurait l'archange avec une baguette comme Mercure Cyllénicn. On Toit dans le Musée de Vérone un bas-relief offrant un Mercure avec la balance, qui rappelle tout à fait les images de saint Michel. Muséum Ver onense, y eronœ, in-f«, 1749, pi. CCXI, n» 2. Cet archange présentait à Dieu l'âme des morts, ainsi qu'il le fit pour l'âme de Marie. On voit encore saint Michel conduisant les âmes, représenté sur le tombeau du roi Henry VII, dans la tour de Glastenbury. Chez les Grecs modernes, saint Michel est encore le conducteur des âmes, celui qoi précipite dans les abîmes les broucolacas, dont les spectres hideux assiègent el tourmentent les pécheurs. Pouquevillc, Voyage dans la Grèce^ t. V, p. 166. I. Chez les musulmans, l'ange de la mort est ÂzraCl.

4. On lit dans la Légende dorée^ au jour de la Conception do la Vierge, qu'un chanoine, qui avait une grande dévotion à Marie, revenait un jour d'une maison où il avait forniqué avec une femme mariée. Se dirigeant vers la ville, il entra dans un bateau pour passer la Seine et se mit à chanter en voguant l'office de la Mère de Dieu, et lorsqu'il fut arrivé au verset : a Salut ! Marie pleine de grâce, leSeigneur est avec toi », voici qu'une troupe de démons se jeta sur lui et le précipita avec sa barque au fond de l'eau et son âme fut emmenée en enfer. 11 y >VBit trois jours que les démons le tourmentaient, lorsque la mère de Jésus survint avec une foule d'anges et dit aux esprits de ténèbres : « Pourquoi affli- Rez-vous injustement l'âme de mon serviteur? » — Ils répliquèrent : « Nous svoiis le droit de la revendiquer, car elle est tombée en notre pouvoir, accomplissant nos œuvres. » Mais la Vierge leur répondit qu'ils ne devaient pas saisir do tout un homme qui chantait des hymnes en son honneur. Et les démons s enfuirent épouvantés, tandis que la Vierge Marie reconduisit l'âme du chanoine •''on corps {Légende dorée, trad. Brunet, t. 11, p. 31Wi6j.

tante ^ Et cette lutte des esprits des ténèbres contre le ministre divin, renouvelée sans cesse, d'après les légendes, au 3ujet des âmes dont les droits à Télection étaient douteux', n'était-

1. Cf. sur saint Michel pesant les âmes, Mich. Nœvius, Chronicon ApparitionwH et gestorum S, Michaelit, p. 285, 286, et notamment la vision qu'eut Alain de la Roche, au moment de mourir. C'était à raison de la puissance que Ton attribuait à cet archange sur le démon, qu'on l'invoquait en faveur des mourants par ces mots : a 0 Michael, militiœ cœlestis signifer, in adjutorium nostruni veni, princeps et propugnator. » Cf. sur les croyanceft relatives à cet archange, Predigten au$ dem XIV Jahrhundert, p. 207, publiés par Leyser. dans la Bibliothèque de littérature nationale allemande de Quedlimbourg, i838, in-8o.

2. Non seulement cette idée de lutte entre les bons et les mauvais esprits se retrouve dans la vision si connue du moine Jean, au sujet de Dagobert (Aimoin, De gestii Francorum, lib. IV, c. 34; Chronique de Snint-Denit, liv. V, cap. 19. Voyez aussi la description de son tombeau, dans A. de Laborde, Monuments de la France, t. II, pi. 152, dans celle analogue de Théodoric (Grimm, Traditions allemandes, tr. II, pi. 2i); et dans les révélations de sainte Brigitte (lib. VIII, c. 48); mois encore dans des ouvrages beaucoup plus anciens. Ainsi on lit, dans l'Histoire apocryphe de saint Joseph, cette prière : a Nunc igitur, o Domine, et a Deus mi, adsit auxilio suo Angélus tuus sanctus aniniae meœ et corpori, a donec a se invicem dissoiventur. Neque faciès angeli mihi ad custodiam a inde a formationis meœ die designati, aversa sit a me. Ne autem perroittas ut a (dœmones) aspeclu formidabiles accédant ad me in via. qua iturus sum, donec a ad te féliciter perveniam » (Hisloria JosepfU fabri Ugnarii, c. 13, ap. Thilo, Codex apocryphorum). Dans l'Epltre catholique do saint Jude, c. 9, le corps de Moïse est un sujet de contestation entre les diables et saint Michel. Cette tradition semble avoir donné lieu au livre de VAssomption de Mdise (Pelitach Mou), Ce livre a été écrit après Jésus-Christ, puisqu'il parle de la ruine du second Temple de Jérusalem, mais diffère du livre homonyme cité par les Pères. Dans une de ses visions, saint Antoine se vit de mémo emporté par les anges et par des diables, qui voulaient l'empêcher de passer et lui opposaient ses péchés commis depuis sa naissance. Mais les anges répondirent aux diables d'une manière triomphante et ces derniers laissèrent le saint. (Voyez Légende dorée. Ed. Brunet, t. Il, p. 85). — On lit dans la légende de saint Forore, évoque, que quand il fut trépassé, il vit deux anges qui venaient à lui pour emporter son âme et un troisième armé d'un bouclier blunc et d'un glaive resplendissant, en avant. II vit ensuite et entendit les diables qui criaient : a Allons au-devant et livrons bataille ! » Et quand ils furent allés au-devant, ils se retournèrent et lui lancèrent des dards enîlannnés; mais le premier ange les recevait sur son bouclier. Les diables accusent le mort, les anges répondent, une lutte s'engage, les diables assaillent saint Furore et le frappent avec force, en lui jetant sur la joue et l'épaule un damné, qui lui brûle ces parties du corps. Ce damné était un usurier qui lui avait vendu un habit. Enfin, les démons furent battus et les anges emportèrent l'âme du saint en triomphe {Légende dorée, t. Il, p. 15U}.— La légende de saint Laurent rapporte qu'à la mort de l'empereur saint Henry (Henri II), quand il était ù l'agonie, un ermite, du foi.d de sa cellule, vit passer à sa fenêtre une foule de diables et demanda au dernier où ils allaient. Celui-ci répondit : a Nous sommes légion et accourons vers l'empereur qui se meurt, afin de voir si nous ne trouverons pas en lui quoique chose qui nous revienne. » L'ermite pria le diable de lui donner des nouvelles à son retour. Le diable revint fort triste, en disant : « Nous n'avons rien eu du tout, car le bien et le mal ayant été mis dans la balance, les plateaux restaient en parfait équilibre. Maison mit dans le plateau du bien la grande chaudière d'or que Tempereur avait donnée à saint Laurent, et son poids cnorine emporta la balance ! Dans mon dépit, j'ai emporte un morceau de la balance {Légende dorée, t. I, p. 227;. — Il existe dans l'Inde une croyance qui rappelle, à beaucoup d'égards, ces idées de combat.

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elle pas encore une autre traduction littérale de Fidée morale

au combat que se livrent en nous les bons et les mauvais

penchants, les vertus et les vices, combat dont les suites nous

couronnent de la félicité des bienheureux, ou nous frappent

da sceau de la réprobation ?

Toutes ces croyances ont trouvé dans les bas-reliefs de nos vieilles églises gothiques, dans les peintures des anciennes écoles S dans les miniatures qui ornent les manuscrits des xiv«etxv* siècles', leur expression bizarre et caractéristique.

Suivant celle-ci, il s'établit entre les agents d'Yama qui remplissent le monde, comme les démons, et ceux de Victanou et de Çiva, une lutte au sujet des âmes des morts, d'où il résulte souvent d'assez violents conflits. Cf. Dubois, Mœurs et titageB des Hindou», t. Il, p. 922. — D'après lu religion mazdéenne, un homme estil mort, à l'instant des dews cherchent à s'emparer de son âme, s'il a fait mal ; mais s^il a été droit et pur, les izeds sont là pour le défendre. Creuzer, Traduction Guignaut, 1. 1, p. 829. — Lee artistes ont très souvent représenté la lutte des démons et de la milice céleste. Dans le triomphe de la mort d'Orcagna, on voit an diable tirant par les pieds un mort qu'un ange tire par le corps. Sur des chapiteaux de la cathédrale d'Autun et de l'église de Fribourg, c'est saint Pierre et l'Ange gardien qui disputent au démon l'âme qu'il veut entraîner en enfer. VoyagejnttoreiqueenBourgogne^Saâne-et'Loire, p. 11. Sur le tombeau d'Enguerrand de Marigny, dans la collégiale d'Écouis, on voyait lo jugement de Dieu, entre Martgny et Charles, comte de Valois, père de Philippe VI. Chacun de ces deux personnages avuit un ange pour défenseur; celui de Charles de Valois avait une toise à la main, Dieu le regardait avec horreur et jetait un regard de bonté sur Marigny. Millin, Antiquités nationales, t. 111, art. 28. p. 2i, pi. 111.

1. On trouve cette allégorie de la balance dans un tableau de Leiio Orsi et dan.s le jugement dernier attribué à Van Eyck. Dans une fresque du xiiie siècle, de Saiot-Laurent hors les murs, à Rome, fresque appartenant à recelé gréco-italieone, on voit la mort et les obsèques d'un personnage dont saint Michel pèse les actions. D'Agincourt, Peintures^ pi. 99. Également, dans une fresque de Sainte-Agnès hors les murs, à Rome, et qui date du xv«* siècle, on voit l'arciiaogo saint Michel armé, tenant dans ses mains une l)alance, avec une Ame dans chaque plateau. D'Agincourt, Peintures, pi. 99.

1 Dans un manuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal à Paris (Théologie, in-S», ^). on voit, p. 39, une main tenant une balance et sortant d'un nuage. Dans QD des plateaux sont des étoiles, dans l'autre des crosses et des mitres. Dans une d^ peintures de la Bible historiée manuscrite de la Bibliothèque royale, cotée ^, in-f* (cette Bible moralisée est en latin et en français, M. Paulin Paris 'Oppose qu'elle pouvait être l'ouvrage de Petrus Comestor, dont un écrivain du Uu« siècle a dit : Scripsit etiam allegorice super utrumque Testamentum; celte peinture parait être du xve ou du xvi« siècle, celles du premier feuillet semblent plus anciennes); on remarque, f. 136, Dieu représenté entre deux personnages et portant une balance; il se tourne vers celui dont le plateau correspondant est ^'ide, tandis que l'autre plateau est plein d'or. Le diable porte la main à l'un des plateaux et on lit au-dfssous de la miniature ces mots : a Stalera dolosa abomi- ^atio est apud Deum et pondus equum voluntas ejus. » Dans une peinture qui *^>*. f» 137 verso, Dieu tient une balance et pèse une âme représentée par une ^Qre nue; on lit ces mois : « Omnes vise hominis patent oculis Domiui, spirituuo) ponderator est Donnnus. »

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Aux cathédrales de Paris*, d'Arles' de Bourges', de Chartres*, d'Autun*, d'Amiens*, de Rouen', à Sainte-Croix de Saint-Lô', à Notre-Dame-de-la- Couture, au Mans% et dans un grand nombre d'autres monuments religieux*®, on voit Fange et la balance célèbres. Les diables cherchent ordinairement à faire pencher le plateau des actions coupables situé de leur côté**, tandis que la Vierge et la milice céleste luttent contre ces horribles tentatives des démons ". Le chapitre 5o

1. Gilbert, Description Mttorique de la bcuiUque métropolitaine de Paris, p. 60; Laborde, Monumenti de la France, t. 11, pi. 172, p. 19.

2. Labordc, ouv. cit, t. 11, p. 124, pi. 2; Millin, Voyage dans le Midi de la France, 1. 111, p. 587 et ss.

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