CHAPITRE IV
LEGENDES INVENTEES POUR EXPLIQUER LES SYMBOLES FIGURÉS, DONT LE SENS ÉTAIT OUBLIÉ
C'est une conséquence directe de la nature finie et borné( de notre intelligence que la nécessité où elle se trouve d'adap ter à sa forme et à sa mesure tous les objets qu'elle veu concevoir. Dieu seul peut comprendre les choses dans leu; propre essence, sans être obligé d'en limiter l'étendue, pou se les assimiler; mais l'homme, éternellement condamné ; une connaissance relative de ce qui est, n'aperçoit l'uni ver qu'à travers un cadre étroit qui en restreint l'immensité, ci décompose l'admirable unité, comme le prisme qui, aprè avoir reçu le rayon solaire, ne renvoie à l'œil que des con leurs distinctes et divisées, dépourvues de la vivacité et d l'éclat qui naissaient de leur union, de leur ensemble. Nou avons vu dans le troisième chapitre de ce livre comment, forcé de se représenter les objets à l'aide de mots, l'intelligenc avait dû tomber parfois dans des erreurs et des confusion enfantées par cet emploi môme. C'est sous la forme du me que les objets s'offrent d'abord à l'esprit, pour qu'il puiss les étudier et les connaître. Une autre forme, non mois naturelle que le mot, née davantage de Tcssence de l'obje comme le mot sort plutôt de la forme de l'intelligence.
figure, limage, la représentation matérielle et palpable, fut encore un moyen d'entretenir, présent à la pensée, le souvenir d'une chose, d'un être qui n'était pas sans cesse devant nos regards et dont cependant nous voulions avoir à notre disposition l'idée nette et positive : moyen plus puissant encore que le mot, bien que d'une application moins générale, puisqu'il agissait sur l'intelligence par l'intermédiaire des sens, les pourvoyeurs de la pensée qui excitent en nous une foi toujours plus vive, une persuasion plus intime que les facultés intellectuelles. Toutefois, comme l'emploi du mot, plus encore que lui, celui des images, des représentations, n'est pas sans danger; et s'il fut d'une absolue nécessité pour des peuples grossiers, incapables de concevoir rien au delà les objets sensibles, il tint sans cesse caché devant eux recueil de l'idolâtrie. Sans doute, il faut souvent parler aux sens, à l'imagination; il faut leur parler d'autant plus que la raison est encore plus infime, car l'usage exclusif de démonstrations purement métaphysiques conduirait l'homme à tout transformer en entités abstraites, et dès lors à concevoir de la nature les plus vagues et les plus inutiles notions ; mais agir trop souvent sur les sens et l'imagination, se laisser aller sans cesse à ce procédé facile et séducteur par cette facilité môme de démonstration, c'est frapper de mort toute pensée élevée et toute connaissance générale.
Les images peuvent être divisées en deux classes. Les premières ne seront que les copies, les peintures plus ou moins exactes d'un fait, les portraits plus ou moins ressemblants d'un individu : ce sont les images proprement dites. Les secondes n'offrent pas la vue de l'objet lui-môme, mais celui d'un autre objet ayant avec le premier une analogie, une certaine ressemblance, soit à raison de la similitude des idées que l'exemplaire primitif et le sujet représenté renferment, soit à cause d'un rapport de forme ou de qualité : c'est le symbole figuré ou emblème. Ces deux classes de représentations répondent à deux degrés différents d'intelligences. Les
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premières, s^adressant directement aux yeux, ne demanden aucun rapprochement, aucun effort intellectuel; elles son faites pour des esprits grossiers. Les secondes, supposan . toujours la comparaison de Tidée, de Fêtre typique et de s< figure, serviront aux esprits plus éclairés à réveiller en eu] une pensée qui pourrait ne plus leur être présente.
Les chrétiens adoptèrent de bonne heure cette second< sorte de représentations figurées : d^abord, parce qu'en apportant des enseignements plus élevés, leur religion dégageai rintelligence des masses de ces formes grossières et maté rielles qui avaient nécessité Tusage des images proprement dites ; ensuite, parce que la plupart des idées que les symboles étaient destinés à exprimer échappaient, par leur nature métaphysique, à toute autre méthode représentative. De plus, les emblèmes, sorte d'allégories abrégées, convenaient parfaitement au christianisme, qui basait sur Fallégorie toute Finterprétation des livres sacrés d'où il tirait les preuves de la légitimité de son existence et qui, par la plus singulière e1 la plus caractéristique de ses doctrines, ne voyait dans la vie d'un peuple que la figure continue et animée de Fétablissement de la foi nouvelle ' .
Les catacombes de Rome nous ont conservé, dans les pein-
1. 11 y a dans le christianisme trois éléments : l'élément oriental, réiémen j ulf, l'élément grec. L'élément oriental a introduit le système d'explications figu rées, à l'aide duquel les chrétiens trouvaient dans l'Ancien Testament la raisor du Nouveau. Ce système, auquel se rattachaient toutes les idées indiennes e persanes, a son point de départ dans saint Jean rÉvangéliste, su plussavant( expre8>ion dans Origène, et ses représentants les plus extrêmes et les plus outre dans les gnostiques. C'est pritcipalement à cet élément qu'est due l'idée d« l'Homrae-Dieu. L'élément juif, aucfuel parait avoir appartenu saint Pierre, a él< promplement étouiïé par le premier élément et le dernier, l'ékment grec, qui i enté sur la doctrine orientale des idées de la philosophique grecque ;siiint Pau en fut le premier représentant. Il paraîtrait, comme cela ressort de toutes la épitres do ce grand apôtre, que dons sa doctrine, Jésus-Christ n'était coiit.idér que comme la première émanation de Dieu, le demi-ange inférieur à Dieu, mai supérieur aux hommes, envoyé du ciel pour réhahiliter le monde. Au reste, c troisième élément se mêla complètement au premier, et c'est de celte allianc^ que naquit le christianisme tel qu'il fut décrété au concile de NIcée. L'interpre tation allégorique fut alors réduite à des limites beaucoup plus resserrées qui ne le comprenait l'école orientale primitive. C'est dans la distinction des éléments séparés qui ont concouru à former le christianisme du iv© siècle, que se trouve la clef des origines du christianisme.
tores dont elles sont décorées, dans les sarcophages que recelaient leurs caveaux, une suite imposante de témoignages irrécusables de l'emploi des symboles chez les premiers chrétiens, symboles qui étaient destinés, presque tous, à réveiller chez les fidèles la pensée de Dieu, du Sauveur, de Timmortalité de Fâme et de la résurrection future.