‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 126 sur 251 · CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

CHRÉTIENS

Tant que le christianisme compta un nombre assez limité <ie prosélytes, pour que tous ou presque tous pussent avoir une connaissance raisonnée de la foi, une intelligence suffisance des Écritures, aux comparaisons et aux figures descelles la plupart de ces symboles avaient été empruntés, la osasse fut en état de saisir le sens de ce langage mystérieux, parlé par les premiers monuments de l'art chrétien. Alors, ^c néophyte pouvait contempler avec fruit ces images sous ^^squelles se cachait l'expression des dogmes dont se nour- Hssait sa croyance. Et le but qu'on s'était proposé dans le ^Jmbole était alors rempli. Mais quand des peuples barbares ^ut entiers embrassèrent la foi, quand le culte nouveau Compta ses adeptes par millions, alors tous ne furent plus éga- ^-cment capables de pénétrer la signification des emblèmes qui avaient été jusqu'à ce jour employés ; il fallut que l'enseigne- ^ent de l'Eglise descendit des hauteurs mystérieuses où il lïabitait en Orient et se rapprochât davantage de l'esprit grossier, inculte, ignorant du barbare. Dès lors, l'usage du symbole n'était plus possible, parce que l'intelligence qui en saisissait le sens avait disparu. C'est la raison qui fait qu'on ^oit, à partir du vu" ou du viii* siècle, se perdre peu à peu ^6 genre de représentations. Dans les contrées où la foi ^vait été prêchée le plus anciennement, où le peuple, plus

éclairé, était davantage en état de comprendre Tallégorie, en Grèce, en Italie, les symboles persistèrent plus longtemps ; mais, tout en se conservant, ils perdirent sensiblement de ce caractère idéographique qu'ils affectaient à Torigine, et Ton reconnaît, soit par l'association de Timage môme du fait au symbole, soit par les modifications de ce symbole lui-même, une tendance prononcée chez Tartiste à parler plutôt aux yeux qu'à l'esprit. C'est l'observation que l'on fait, en comparant les mosaïques des anciennes églises de Rome, telles que Saint- Clément, Saint-Achille et Saint-Nérée, Saint -Laurent, Sainte -Marie du Transtevere, avec celles des églises construites à une époque plus rapprochée de nous *,

Dans les pays au contraire moins civilisés, où la foi, plus nouvelle, était encore empreinte de paganisme et de barbarie, c'est à peine si l'on retrouve quelques traces de l'emploi des symboles. Partout ceux-ci ont fait place à la reproduction matérielle de l'objet, de la pensée, et il en résulte, pour le culte qui fit usage de ces simulacres, une apparence, une certaine teinte d'idolâtrie. Si l'on examine séparément chaque emblème des premiers chrétiens, et si l'on en suit, pour ainsi dire, l'histoire à travers les siècles postérieurs, on le voit se modifier, se transformer et disparaître d'autant*^ plus rapidement, que les idées auxquelles il avait été em — prunté étaient plus intimement liées au polythéisme antique dont les traditions allaient s'effaçant sans cesse. Par exemples-^ les symboles du cheval en course*, du phœnix^, du toiK^

1. Cf. à l'appui do celle remarque, G. Fonlana, RaccoUa dclle migliori chiese , Borna e iuhurh'.nxe (in-f«, Roma, 1838); et J.-G. Muller, Die bildlichen DarsUUu— -^n gen im Sancluarium d*r clirUiiichen Kirc/ien vom fùnflen bis zum vierzehni^ et, 'jahrhmdert (TrcHes, 1835, in- 8»).

2. Cf. Manier, Sinnbilder und KunstvorstcUungen der alten Christev, I, p. ^3, n» 27.

3. C(î symbole de rimniorlnliln se rencontre sur les monnaies de pliisi(?\jr$ empereurs, avec les mois: .KTKIINITAS, Pi:iU»KTVlTAS,CONSECRATIO. Cf. l{ù^<% Lejcicon rei niiminariœ^l. \\{,ïirt. P/iœnic. Eckhc\, Doc liin a nummorum veterofr/m, i. IV, p. 441 et ss., et (iasali, De veteribiu. christianis rebuSt part. I, cl, p. 3. Quoique le symbole du pliœnix eût disparu dans les représentations, on continua ]

LÉGBNDBS INVENTÉES POUR EXPLIQUER LES SYMBOLES, ETC. I9l

neaaS du flambeau allumé *, d'0^phée^ tous empruntés au paganisme, disparaissent de bonne heure. Celui du paon^, aussi puisé dans les croyances antiques, quoique ayant persisté davantage et se retrouvant dans plusieurs mosaïques des temps postérieurs, ne paraît guère qu'en Italie, et assez rarement '\ D'autres symboles d'une origine toute chrétienne devinrent également d'un usage peu fréquent et ne se conservèrent que dans certaines représentations spéciales où leur présence fut pour ainsi dire consacrée : de ce nombre ont été le vaisseau^,

cependant de regarder cet oiseau merveilleux comme l'image du Christ ressuscité. On lit dans le Bestiartu de Philippe de Thaun, v. 1131 :

Fenix signefle Jhesu le flz Marie

Pur sua pc'opto salver se volt en croiz pener.

(aptid Wright (Th.)i Popular treatUes on science, written diiiing the middle âge. Londres, in-8<», 1841). Comp. J. Barr, Anglican Church architecture, 2« éd., Oxford, 1843, in -12», appendice, p. 149.

1. R. Rochette, Mémoire sur les Antiquités chrétiennes^ dans le t. XIII, de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, nouv. sér., p. 155.

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