REPRÉSENTATIONS DE LA TRINITÉ
Le dogme le plus incompréhensible du christianisme, celui qui par son essence même se prête si peu à une représentation matérielle, la Trinité, fut aussi figuré par Tassociation des simulacres des personnes divines, et là comme ailleurs, on voit les progrès rapides de Tanthropomorphisme. Cest d'abord la main placée au-dessus de Jésus-Christ crucifié qu'elle bénit, et dont elle est séparée par la colombe, emblème presque constant de TEsprit-Saint*. Ensuite, c'est un vieillard portant TEnfant-Jésus sur ses genoux ', et laissant échapper vers lui l'Esprit qui possède les deux personnes et qui est.^ représenté encore par une colombe, ou bien il tient le Christ:: crucifié entre ses genoux^. Plus tard, le Fils est assis à 1^^
(liv. m, c. 17, p. 210), à peu près comme on le voit représenté sur le portail (ft ^ Saint-Trophime d'Arles (Laborde, Monumenti de ta France^ t. 11, pi. CXXIV. lit à ce sujet dans le Raltonal de Durand, je cite la vieille traduction français^ « Si nous devons considérer que Jésus-Christ est en peinture couronné, pour qu'il est escript de iuV, et aussi comme il le voulut dire : Egredimini fllis Jl^^ rusalem etvidete regem Salomonem uum diademate qua coronaviteum mal^er sua. » li f ut (le Christ) couronné de trois couronnes, la première de miséricorde, dont la Vierge le couronna le jour de la Conception ou Annonciation; cette couronne fut double par les dons de la nature et ceui de la grâce, voilà pourquo/ on l'appelle diadème; la seconde fut celle dont sa marâtre le couronna le jour de sa passion : c'est la couronne de misère; la troi»ième fut donnée le jour de fa résurrection (pari. I, f» XV).
I. Les plus anciennes représentations de la Trinité étaient toutes symboliques : c'était la colombe, Tagneau, et sans doute la main; car je ne vois pas comment on aurait pu rendre flgurativemcnt la voix céleste qui, suivant la description que saint Paulin donne de ce sujet, caractérisait Dieu le Père:
Pleno coruscat Trinitas mysterio.
Stat Christus agno, vo\ Patrie cœlo tonat,
Et per columbam Spiritus Sanctus fluit.
dit le porte chrétien.
î. Voyez, sur une représentation do ce {.cnre, un diptyque du Vatican, dans Gori, Thetauru*^ t. III, pi. 3H; d'autres fois, le Christ en croix est entre les genoux du Père, cl la colombe s'échappe avec le souille du Créateur, et va se poser sur la tète de Jésus D'Agincourt, Peintures, pi. 13i, donne un triptyque du xiii« siècle où se rencontre ce sujet.
3. On conçoit que l'Évangile ayant consacré lui-môme ce symbole, l'usage s'en soit promptement répandu. 11 est vrai qu'il n'est pas dit que c'ait été une véritable colombe, mais seulement l'apparence d'une colombe, sous la forme de
liGSNDBS INVENTÉES POUR EXPLIQUER LES SYMBOLES, ETC. ^9
droite du Père ; tous deux sont figurés comme des monarques, souvent brillants l'un et Tautre dejeunesse*; mais plus ordinairement, les traits de Dieu le Père annoncent un homme plus âgé'. Dans les représentations chrétiennes, Jésus-Christ est assis à la droite du Père et la Vierge à la gauche. Les Juifs représentaient aussi le Messie séant à la droite de son Père; mais c*était Abraham qui était à gauche. Enfin on
laquelle se manifesta rEsprit-Sainl; et quoique au fond cette différence ait peu d'importance, et que, dans l'un ou l'autre cas, cet oiseau ait fort bien pu être pris comme emblème de la troisième personne de la Trinité, néanmoins l'emploi €te la colombe, comme Image, rencontra une assez vive opposition dans les commencements de la foi, alors que Torthodoxie se révoltait à la seule idée do représentations. La patriarche Sévère fut accusé au concile de Constantinople, par <lesclerc8 et des moines d'Anlioche, d'être l'adversaire de ces simulacres, comme il résulte de ces paroles: « Praesumptum estab ipso et hoc, beatissimi, nam colum- ^Ms aureas et argenteas, in formam Spiritus Sancti super divina lavacra et alta- ■^i appeosas, una cum aliis sibi adpropriavit, dicens non oportere in specie columbaB Spiritum Sanctum nominare.» Chr. Lupi Synodorum generalium et pro- ^ncjoitum Décréta e(Cafion€«, t. III, de sept, synod. Gen. c.5,p. 219).— Cette même opinion fut soutenue par Pblloxènc, évéque d'Hiéropolis, disciple do Sévère : ^ lllud esse, disait-il, puerilis sensus flngere in columbœ idolo sanctissimum et ddorandum Spiritum, prœsertim cum evangelicœ nequaquam tradant litterœ, ^uia factus est columba Spiritus, sed quia in specie columbœ apparuit ali- ^^ndo». Ibid. — Voici comment est représentée la Trinité, dans une miniature '■^nçaiae du xiii" siècle. On voit Dieu le Père et Dieu le Fils assis, Tun en face de ''^utre, se donnant réciproquement une main. Au-dessus et entre eux est un ^^Sequi tient la colombe, symbole du Saint-Esprit, par la queue. Chaque extré- *^'te de Taile de la colombe touche à la bouche d'une des deux iiersonnes *^'>ines (Didron, ouv. cit., p. 221).
'• Cesl sous cette apparence que la Trinité apparut à l'extatique Marguerite -^lacoque: « Mihi reprœsentatœ sunt sub imagine trium adolcscentum, aetatc, '^^gnitudino ac pulchritudino coœqualium. Non intellexi tum, ut postca feci, ^.^^nturn id mihi adlictionum prœsignificaret. » {De vita venerab. matris Marga- ^^ Alaeoque), p. 65, à la suite de l'ouvrage intitulé : De cuUu sacrosancU cordis *'*«/auclore Galiffel, Romœ, 1726. in-4».
.^ Dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale, de la Un du xv« siècle, ^'Iq par M. Didron dans son second article do la France Ulléraire (p. 270, dé- !^^n)bre 1840), la Trinité est représentée par trois hommes en tunique. Au centre ^ Saint-Esprit est sous la figure d'un jeune homme sans barbe, son nimbe est ^^ctncnté de la colombe ; à sa droite, le Père est coiffé de la tiare et porto lo l^i^be surmonté de la croix; à gauche, Jésus-Christ tient la croix. La tunique du ^int-Esprit n'est point retenue par une ceinture.— Dans les cérémonies, on représentait ainsi la Trinité: Dieu le Père se montrait sous la ligure d'un vieillard ^^^ une tiare pontificale et des rayons autour de la tète ; le Fils était de l'autre ^^t«, sous la figure d'un jeune homme ayant le visage couronne «V rayons et la ^^^ chargée d'une simple couronne. La Vierge Marie était assise entre eux deux ^le Saini-Bsprit au-dessus, sous l'imago d'une colombe. (Collin de Plancy, "actionnaire des reUquei et images. 1. 1, art. image).— Du xi* au xii» siècle le Christ ^ représenté comme un homme dans la force de l'âge, de trente-cinq à quarante *Qs; il est constamment barbu et a l'air séiieux et souvent triste. Il est très rare ^e rencontrer un Christ imberbe et à l'expression souriante (Didron, ouv. cité,
arriva à ces représentations monstrueuses, telles que celle de Saint-Pol-de-Léon qui reparaît aussi dans plusieurs manuscrits * : images dont la grossièreté finit par révolter TÉglise elle-même, si ardente propagatrice des simulacres divins*.