‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 145 sur 251 · Apoc. XX, 2. Cf. Salvador, Jésus-Christ et sa doctrine · texte numérisé non relu

Apoc. XX, 2. Cf. Salvador, Jésus-Christ et sa doctrine

désigné par elle sous les noms de draco\ anguis, serpens^ permis* ; le serpent devint le symbole du diable et de l'enfer, comme la colombe était celui de TEsprit Saint. Voulut-on représenter dans les processions ouïes cérémonies religieuses, le génie du mal, à Tempire duquel J.-C. avait mis fin, on promena Timage monstrueuse et souvent grotesque d*un serpent, dont la position renversée désignait la défaite ^. Youlut*on dans les représentations figurées offrir aux yeux le démon,

1. Cet expressioDs figuraient entre autres dans la formule d'exorcisme luDa fldociam servis contra iniquissimum draconem... adjuro ergo te, draco nequissime, in nomine agni immaculati, qui ambulat super aspidem et basiliscum, qui coDculcat leonem et draconem, ut discedas ab homine.....n D. Martenne, De, «ntiquiteecktiarUibus, lib. III, c. 9. p. 974, 2e édit.

Bd provençal, l'expression faire le drac signifie faire le diable, comme le rappellent les premiers vers duCastel en PAyre de Goudelin, poète provençal du

XYIK siècle :

Belomen qu'y eu faré le drac, Se jamay trobé dins un sac, Cinc ô siés misante pistolos, Espessos como de redolos.

^ Saint Nil désignait le mal sous la dénomination du serpent intellectuel : Oûtoi; ^>v ?uXaTTT)( xat Tdtc (Atxpà; ÈvioXiç, ô vot)toç o^tç où SuvaTst oe BoxeTv. Bpisl. XXIV, p. 232.

S- On trouve souvent dans les Pères les démons comparés à des vers (vermes) '^>i oi xoxot xat 8£ivo{ vxcuXtjxe;, S. £9Tt Ta TcvEufiaTa I7)ç noyripioLç, dit saint Ma- Caire, HomiUn, I, part. V, De visione Ezechiel,

3- On lit à ce sujet dans la Légende dorée (vieille traduction française) : « On •i coQstume en aucunes églises, et mesme en colle de France, que on porte devant la croix, en procession, un dragon à longue queue, pleine et enflée les deux premiers jours, et au tiers jour, elle est toute vuyde et plate, et est portée ce jour après la croix ». Cf. aussi Durand, Rational divinorum officiorum, in-f", 1^79, f* 226 recto, a Effigies draconis quœ cum vexillis, in ecclesiasticis procession i bus deferri solet, qua vel diabolus ipse, vel haîrcsis designatur, de quibus triumphat ecclesia. Diabolus enim, ut au S. Augustinus [Hom. XXXVI), in scrip- {Dfis sanctis, leo et draco est, leo propter impetum. draco propter insidias ». Du Cange. Glostarium ad acriptoret mediœ et infimœ latinitatit. — A Tarascon, à Metz, à Rouen,àProvin8,à Paris, on portait de semblables images. La cathédralede Poitiers avait aussi un dragon, appelé la Grand'Gucule, et l'abbaye de Fleury en faisait aussi porter un dans les processions. Cf. F. Bourquelot, Histoire de Provinif et Floquet, Histoire du privilège de saint Romain, t. I, p. 42 et ss. Dans diverses processions populaires de la France, on représentait la Vierge foulant aux pieds le serpent, v. Mme Clément, Histoire des Fêtes civiles et religietises du départetnent duNord, p. 264, in-8<>, 1834. — Dans certaines villes de l'Albigeois et du Quercy, on portait en procession une espèce de sirène. Cela rappelle l'usage de certains artistes de donner une tôte de femme au serpent tentateur, dans l'épisode do la chute d'Adam. Cest ainsi qu'il est représente dans certaines Bibles historiées; ce qui rappelle ce passage de Pierre Coraestor : u Elegil etiam Lucifer quoddatii «( gcnus Serpentum, utalt Beda, virgineum vultum habens, quia similia siniilibus a applaudunt et movit ad loquendum linguam ejus, tamen nescientis, sicut et a per fanaticos et energumenos loquitur nescientes ». Comp. la « Tarasquoo à Tarascon et la légende du « Graouilli » à Metz.

peindre la victoire que de saints apôtres, de pieux prélats avaient remportée sur cet esprit de ténèbres, on plaça un ser» pent expirant aux pieds de la statue de ces personnages \ de même que par une allégorie indiquée en termes formels dans la Bible, on peignit la Vierge Marie écrasant le serpent tentateur'. Plus tard, quand Tusage eut prévalu de donner à chaque démon une figure particulière', pour laquelle Fima-

1. Sur lo tombeau d'un évoque, rapporté dans le Ànliquità d'Aquileja d«Bertoli, p. 325, on voit ce prélat représenté les pieds sur un dragon, qui relève la tête, et dans la gueule duquel le prélat enfonce son bâton pastoral. Ces représentations donnèrent sans doute ridée de ces crosses d'évôque, que Ton fabriquait au moyen âge, et qui figuraient des serpents enroulés. Cf. Langlois, Bitai iur l'Abbaye de Saint-WandrilU, p. 70. note. Tévéque Everard de Fouilloy est représenté foulant aux pieds un dragon. Gilbert, DeicriptUm de la cathédraU d'Amiens, p. 135. Henri Sanglier, archevêque de Sens, est pareillement représenté. Willemin, Monuments des Arls du moyen dge, 5» liv. — On peut Toir un grand nombre de statues ou de figures sculptées en creux sur les tombeaux, et qui représentent des évéques foulant aux pieds des serpents, dans l'ouvrage de C.-A. Stothard. intitulé : The Monumental Effigies of Great-BritcUn, 1817, in- 4*. Au reste, ces représentations remontent bien haut dans le christianisme, puisque Eusèbe rapporte que Constantin avait fait peindre daus le vestibule de son palais un tableau, dans lequel il paraissait, la croix au-dessus de la tète, comme signe de salut, et ayant i ses pieds le dragon, emblème du démon, qu'il précipitait dans les flots, du bout de sa lance, a T^ TP'?!) ^>p>^où$ '^ôv Sa ly Opov xat 9CoX^{xtov, O^oa, TÔv TT)v ÊxxX7)a:av tou Ocoif 8ià ttj; twv aOeoiv roXiopxiJ<iavTa TupavviBoç, xaià PuOou 9Epô{XEvov Tcoiijaaç ^v Bpaxovxo; {xop^^. » Eusèbe, Devita Constantini, éd. Heinichen, Lipsiœ. 1830, in-8<», p. 150. Dans les médailles de Valentinien le Jeune, de Libius Sévère, d'Héraclius et d'autres, on voit le dragon gisant aux pieds do ces empereurs. Rasche, Lexicon rei numariœ, t. II, pi. Il, p. 454.

2. Par la suite, l'artiste substitua plusieurs fois au dragon, foulé aux pieds, le démon en personne, placé dans la môme attitude, ainsi qu'on pouvait le voira Saint-Germain-l'Auxerrois, à Paris, pour les statues do Childebert et d'Ultrogothe. Plusieurs passages des livres saints rappellent cette figure : « Deus autem pacis conterat Satanam sub pedibus vestris velociter », dit saint Paul, Epitrc aux Romains XVI, 20.

3. La plus ancienne représentation que l'on connaisse du diable, sous form humaine, se trouve sur un diptyque d'ivoire qui recouvre le manuscrit appe Évangéliaire de Charles le Chauve, Cf. Trésor de numismatique et de glypliqum^..^__ bas-reliefs et monuments, pi. X\. On y voit, aux pieds du Christ, l'esprit ténèbres tournant, en rugissant, sa tôte contre le Dieu- Homme. Son front armé de cornes, sous son bras on remarque, en guise de sceptre, une espèce houlette; d'une main il dirige un serpent qui s'enroule autour de son corps, mmdi l'autre il tient un vase d'où s'échappe un poison noir dont la terre est couver '^e. Ce ne fut guère qu'à partir du xiii» siècle que le démon revêtit cette for'^mo hideuse que les artistes lui attribuèrent par la suite. Dans les premières repérésentations humaines qui en furent données, on se bornait à imprimer à sa figva.re un caractère cruel et â hérisser ses cheveux sur sa tôte. Voyez pour ces reç^resentations Gori, Thésaurus veterum diptycorum, t. III, tab. XXXI i, Missel de Worms, Manuscrit du x» siècle de la Bibliothèque de l'Arsenal, un Manuser// de la Bibliothèque royale, in-4o, n. 75 ; enfin d'Agincourt. Peintures, pi. 42.

gination s*épuisait en figures hideuses et terribles, ce futrenfer tout entier qu'on représenta par un dragon, dont le plus sou- Tent on ne peignait que Ténorme gueule S sorte de gouffre béant et enflammé ' où venaient s*engloutir les malheureux damnés ' et d*où Ton voyait Jésus ressuscité tirer les justes

1. CeêH ce qu'on voit dans presque tous les bas-reliefs des églises qui représentent le Jugement dernier, et dans les miniatures des manuscrits. Dans des mystères qui furent Joués à Metz, en 1437, on figura de môme l'enfer, par la gueule d*un dragon avec deux gros yeux d'acier. Histoire du Thédire françai»^ p. 2 du t. lY des Mélangée de littérature de Suard. — II est assez curieux (qu'au xix« siècle, dans un pays aussi éclairé que l'Union Américaine, on retrouve la trace encore vivante de cet usage du moyen âge. Le Musée do Cincinnati, dit M. Michel Chevalier, possède une représentation de l'enfer où les jeunes filles vont chercher des émotions que leur refuse une existence confortable et paisible, mais froide et monotone. On les y fait assister aux contorsions et aux cris des damnés à ressorts. On leur y montre un gigantesque serpent de papier qui se replie et se déroule tantôt avec une majestueuse lenteur, tantôt avec une impétuosité menaçante. Lettres sur l'Amérique du Nord, 1. 1, lettre 29. Par une idée toute semblable, les Scandinaves figuraient, par une vaste gueule ouverte, le gouffre béant et immense que le géant Ymir, personnification de l'Océan primordial, né des glaces du Niflleheim, devait remplir.

2. On lit dans Tondalus, rime mystique du xiie siëric. la description du monde infernal : ci Tandis que Tondalus s'efforçait d'avancer sur cette route difficile, il vit de loin un monstre horrible et énorme. Il était plus haut que les montagnes, ses yeux étaient comme des collines enflammées, sa gueule pouvait contenir 9,000 hommes armés, ses dents, semblables à des colonnes, formaient comme deux routes immenses, et des flammes sortaient constamment de son gosier. Deux géants, l'un la tôte en bas, l'autre debout sur ses pieds, le divisaient en deux parties et ressemblaient aux deux portes de l'abîme. Les âmes damnées étaient forcées d'entrer dans ce gouffre, qui exhalait une odeur infecte. Le corps ^tentissait de cris et de gémissements lamentables, car il était rempli de plusieurs milliers d'hommes et femmes expiant leurs pochés par d'affreux tour- Clients. Devant, se tenait une foule do démons qui poussaient les âmes dans le gouffre, les rouant de coups. Ayant considéré quelque temps ce hideux spec- ^cle, l'âme dit à TAnge : a Pourquoi m'as-tu menée si près de ce monstre ? — ^ Nous ne pouvons, dit-il, arriver au but par aucune autre route. Ce monstre, ^^ nommé Acherons, dévore tous les avares ». Voir TondaluSt poème latin traduit

K>ar 0. Delpierre, Mons, 1837.

3. (^ttc imagH dut au reste être suggérée par des comparaisons comme celles- ^;i : « Deglutiamus eum sicut inferuus viventem et integrum quasi descenden- '^m\n\3CMm.i> Proverbes, c l,v.l2.Dilatavitinfernusanimam suam et aperuitos »aum absquo ullo termine. Esale, V. — L'Enfer avait, de plus, éto considéré par les Pèrea comme une gueule avide, prête à tout dévorer : IIXarjvEiv l^rj Triv aÔijv tOTcoixa aûioif, âvTCEp e;:t xwv Çcjcov, oaa Aa6paj; Itzo ;roXX^ç svog^a;, etc., dit saint Basile, Commentarius in c. 5 Esaiv, ap. OperUf t. II, p. 150 (fo 1657).— « Adost tKlIua, adest imago horrida et crQdelis inferni : quod dum fertur avidis faucibus înprophetam, vtgorem sui sensit et degustavit auctoris; incurrit namque jejuitium, devorando, etc.» S. Petrus Chrysulogis, Sermo VII^ de JonaB prophetœ si- SDo. l'ulbert de Chartresdans une hymne pascale, disait au xi* siècle luQuam dévouas et improbus, prœdam refudit Tartarus.Xpi^TÔç ttjv j^aix^àyou aÙToO oyyxXs:- '*; "^iTzipa. AndreasCretcnsis. /nr/ormtforiam Jlfari£P,^om./.C'est,comnieon voit, 'j* même idée que le *Af$rjv àp;:axT^pa de Callimaque, Epigr. Il, 6, et que 'OrcttOT rapacemù Horace. Ode II ^ 13, 18. A la cathcdralo de Nevers, on repre-

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qui attendaient, dans les lieux bas, ramTée du Messie '. . Néanmoins la forme du serpent ne cessa pas pour cela d*étre affectée à certains diables en partieolier : ce fut celle sons laquelle apparaissaient fréquemment les puissances infernales, dans les visions, dans les songes, dans les légendes populaires, forme unie souvent à d*autres plus fantastiques et plus extraordinaires. « Dœmones fréquenter apparent in figuris bestiarum », dit saint Thomas ; et il qoute : « quae désignent conditiones eorum, ex providentia etpermissione Dri: sicut in figura serpentis, cum esset tamen in dœmone decipiendi cupiditas ' ».

Dans réyangile de Tenfance du Sauveur, nous voyons le diable sous la forme d*un serpent, entourer le corps d'une femme, puis s'enfuir tout à coup, par l'effet de la présence de la Vierge et de l'Enfant divin '. Le démon prit la figure d'un serpent pour tenter sainte Emilienne^. Dans la vision que sainte Perpétue eut peu de temps avant de souflrir le martyre.

sente un démon, dont la bouche, démesurément ou?erte, engloutit les damnes. Enfin, c'est sous la figure d un géant à trois faces, dont les bouches sont loujoari occupées à dévorer trois traîtres, que Dante nous montre le roi des enfers :

Da ogni bocca dirompea ro* dcnti Un pcccatorc a guisa di maciuUa, Si che tre ne facea, cosi dolenti.

(/«/emo, XXXIV.)

1. Cf. Mss. de la Bibliothèque royale, G829, in-W; Psalterium, Mas. de la Biblîohèquo de l'Arsenal, in-f», 34, p. 40.

Cette idée de représenter Jésus entrant dans la gueule du dragon, pour symboliser sa descente aux enfers, avait aussi trait à la légende do Jonas, englouti trois jours dans le corps d'une baleine. Irénée dit à ce sujet (Adv. Hctretef, lib. V,cap. 31): aTribus dicbus conversus cst(Christus)ubi erant mortui, quemadmodum propheta ait de eo : a Commcmoratus est Dorolnus Sanctorum in loco mortuorum eorum, qui ante dormierunt in terra sepclitionis et descendit ad eos extrahendos et salvandos. » Ipse autcm Dominus : « Quemadmodum Jonas in « ventre ceti très dies et très noctes mansit, sicut erit et filius hominis in corde « terrœ ». -^ Si ergo Dominus legem mortis servavit, ut fleret primogenitusa mortuis et commoratus esiluque in tertiam diem in inferioribusterrse, posiea dcinde surgens in carne, ut ctiam llxuras clavorum discipulis ostenderet, quo* modo non confundantur qui dicunt Inferum quidem esse hune mundum ? »

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