‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 146 sur 251 · Bolland., Actn XIII, maii, p · texte numérisé non relu

Bolland., Actn XIII, maii, p

elle vit le démon qui, sous la figure d*un dragon effroyable, cherchait à la dévorer, au moment où elle allait monter à TécheUe d'or mystérieuse qui joignait la terre au cieP. Saint Cyprien, évêque d'Antioche, raconte les tentatives inutiles de Satan qui, sous la forme d'un dragon, obsédait une vierge nommée Justine ; mais, au dire de ce prélat, ces dragons diaboliques ne sont que des apparences qui s'évanouissent comme de la fumée *. Dans la légende de Faust, par Widmann, on représente Astaroth comme ayant la forme d'un serpent'. Les dragons et les reptiles figurent à titre d'animaux infernaux, dans presque toutes les conjurations. Plusieurs symbolistes ont pensé que les gargouilles ou figures de dragons, qui servent dans les églises à l'épanchement des eaux pluviales, étaient l'image des démons s'élançant hors de l'église ^.

i. Acla. S.FelicU. et S, P&iyeiuœ, ap. Ruinart, Acta martyrum, p. 97, nol9. Selon saint Grégoire le Grand, un jeune garçon, nomme Théodore, vit de môme, au moment de mourir, le diable qui, sous la forme d'un dragon, voulait le dévorer. Dialogi. lib. II, cap. 35. La vision du dragon tourmentait parfois les mourants, témoin cette anecdote d'un moine hypocrite qui faisait semblant de jeûner et mangeait en secret. Au moment de mourir, il vit un dragon qui l'enroulait des plis de sa queue et lui faisait respirer son haleine : a Quia occulte comedea bam. Imo jam draconi datus sum, qui, cauda sua, pedes meos ligans, caput a suum in os meum mittens spiritum meum ebibit » et, his dictis, despcratus cxpiravit. Voir Jean Herolt, Pfomptuarium Argentin œ, 1503. In Supplemento.

'±. Cypriani Antiocheni, ConfessiOf cap. 7, ap. S. Cypriani Carthaginiensis.Opertbus, p. 416.

3. Page 282 de la traduction de Palma Cayet, dans la traduction du Faust de G<plhe, par Gérard de Nerval.

4. Torquato Tasso les fait aussi figurer dans les conjurations de son douzième chant de la Jcrusalem :

Vicn sovra i nembi e chi d'un fero drago E chi forma d*an irco informe tiene.

On retrouve également, dans la conjuration des sorcières de Macbeth, tou5( les reptiles impurs consacrés au démon :

Round about the cauldron go In the poison'd entrails throw

Toad

Fillet of a fenny tnake In Ihc cauldron boil and bakc Eye of newt and toc of frog .... And blind-wormx sling

lAzard's leg

For a charm of powerful trouble.

(Act. IV, se. I.)

^'^^ les romans du moyen âge, un dragon est donné pour étendard aux Musul-

Une union, si intime dans le langage et même dans les croyances des chrétiens, entre les idées de démons et des serpents, dut, de bonne heure, faire naître chez le peuple de grossières erreurs. Celui-ci confondit naturellement le symbole et Tobjet qu'il était destiné à représenter et, de même que TËgyptien , qui transformait par ignorance le chat, le bœuf, Tépervier, en ces divinités mêmes dont ces animaux étaient originairement Femblème, il ne vit plus dans les serpents que des démons ; et les serpents vaincus qui désignaient s^légoriquement la défaite de Tesprit du mal, devinrent à ses yeux des serpents véritables.

Une vieille superstition accrédita cette erreur : depuis longtemps les serpents étaient regardés comme des êtres malfaisants dont la naissance avait suivi l'invasion du mal dans le monde et qui expireraient dès que Tâge d*or refleurirait sur la terre ^ Le christianisme, qui était considéré par les fidèles comme venant ouvrir cette ère de bonheur si impatiemment attendue, devait donc voir figurer parmi ses effets celui d'amener la destruction de ces reptiles ^ Le Christ lui-même avait annoncé à ses disciples qu'ils pourraient manier les

mans, comme emblème du démon, dont les chrétiens les regardaient comme les adorateurs :

De devant sei fait porter sun dragon

E l'estandart Tervagan et Mahum.

Et un ymagen 4polin le felun.

(Ckanson de Roland, st. 237. v. 2.)

Le signors d*Aus qui porte le dragon,

(Rom. de Gai-in le Loherain, v. 27, 403.)

1. C'est à cette croyance que fait allusion ce vers de Virgile :

Occidet et serpens *»t fallax herba veneiii Occidet.

{Eglog. IV. V. 2i.

dans celte eglogue où le poète annonce le nouvel âge d'or, qui doit prcsn?or la naissance de rcnfanl mystérieux, cara Dcum sobolcs, dans lequel leschrcliens croyaient reconnaître le Christ.

2. Au nombre des dix miracles que le a Pirké-Aboth » dit avoir élé opores constamment par Dieu dans le temple de Jéru.salem. il compte celui-ci : « Aucun serpent, aucun scorpion ne blessa jamais personne dans Jcruj'alem. » V. J. Anspacli, Hiluelde» prières des hraèliles, Irad, de ihèbrcu^ Melz, 18^3, p. Mi. u J'enverrai contre vous des serpents dangereux*, dit Jcrémie, VIII, 17, « contre lesquels les charmes no pourront rien. »

LéOENDBS INVENTÉES POUR EXPLIQUER LES SYMBOLES, ETC. 22S

serpents, sans qu'ils éprouvassent aucun mal^ Peut-être, en leur adressant ces paroles, avait-il en vue la réalisation des paroles du psaume : « Super aspidem et basiliscum ambulabis ; et conculcabis leonem et draconem (Ps. XC, i3) ». Peut-être aussi ces paroles étaient-elles inspirées par la croyance encore subsistante aujourd'hui en Orient, qui attribue à certains êtres privilèges le pouvoir de toucher impunément les reptiles '.

1. «Serpentes toi lent et si raortiferum quidbiberict, non eisnocebit.» Marc, XVI, 18. Ecce dédit vobis potestatem calcandi supra serpentes et scorpiones et super omnem virtutem inimici, et nihil vobis nocebit. Luc, X, 19. L'Eglise prononça longtemps ces paroles en parlant du Christ dans une de &&f cérémonies : a Cujus audito nomine, serpens roansuescit etdraco fugit et sive viperus et rubeta stalira torpescit, scorpio extinguitur. regulus vincitur et phalangius nihil noxium operatur et omnia veuenalia et adhuc ferocia repentia et animalia noxia tenebrantar. » Martenne, De antiquis ritibui ecclesÛEt lib. III, cap. 9, p. 780. Origène parle des enchanteurs qui, de son temps, maniaient les serpents, HomiL XX, in Joiue. Eusébe constate la môme chose. In Pialmum LUI, L'histoire apostolique de saint Mathieu atteste la puissance des apôtres sur les serpents dans le récit suivant. Saint Mathieu rencontra un jour deux magiciens, qui avaient avec eux des serpents armés (galeatt) et qui exhalaient un souftle enflammé. L'apôtre les conjura au nom du Christ et les réduisit à l'impuissance : « Et te adjuro, Spiritus, ut cura omni mansuetudine facias eos redire ad locum suum. ita ut nullum contingant, nullum lœdant, neque hominem, neque quadrupedem, neque volucrem. Ad hanc vocem, élevantes capi ta, serpentes cœperunt ire atque, apertis portis, egressi sunt publiée et omnibus videntibus, nunquam ampli us comparuerunt. » (Fabricius. Codices pieuUepigraphi, Hittor. apost. S. MaWiœi^ cap. 4.) 1 Telle était la vertu que l'on attribuait aux Psylles : « Contra noxium virus iQuniti incrcdibili corporum flrmitatc o, dit Solin, cap. fï. Lucain a dit aussi à leur sujet :

Natura locorum Jussit ut iramunes misti serpentibus csscnt.

(Lib. IX, V. 897.)

^n attribuait cette vertu à ceux qui naissaient sous le signe du Serpentaire :

Oscula horrendis jungunt impune venenis

(Manilius, v. 385.)

"aujourd'hui encore, les Harvis déploient, au bord du Nil, la mémo adresse. ^oyez un curieux article de M. Th. Pavie sur ces jongleurs {Revue des Deux fondes, t. XLV, 1849, nouv. série, p. 461). Voyez Léon de Laborde, Commen- ^fiire géographique sur l'Exode et les .Vom6re«, p. 22. D'après les observations ^'UQ illustre naturaliste, Geoffroy Saiiit-Hilaire, leur secret consiste à produire l^ne sorte de catalepsie sur la vipère hajé, en lui appuyant la main sur la tête; 'Is la réveillent ensuite, quand il leur plaît, en saisissant sa queue et en la rou- ^ftnt fortement entre leurs mains. Cette manière de rendre ainsi ce reptile raide ^t immobile explique ce que la Bible a voulu dire, lorsqu'elle a parlé des magiciens de Pharaon qui changeaient leurs verges en serpents. Pour augmenter ''clonnement qu'inspirent leurs tours, tous les bateleurs égyptiens greffent souyent sur la tête des érix, petits serpents fort innocents, des ergots d'oiseaux, et Ùs les montrent au peuple comme des cérastes, sortes de vipères énormes dont le venin est fort redoutable, et dont ils semblent ainsi n'avoir rien à craindre. En Italie les Marses passaient pour exercer aussi un pouvoir magique sur les

Quoi qu'il en soit, cette tradition païenne inspira chez les chrétiens nombre de légendes, dans lesquelles se révèle toujours la même idée de destruction du serpent, de pouvoir exercé sur lui pour neutraliser les effets de son venin. L'histoire de la morsure de saint Paul, par une vipère, dans TUe de Malte *, ne parait pas avoir eu d'autre but que de confirmer la prédiction évangélique. En Bretagne, les apôtres qui ont prêché la foi sont regardés comme ayant détruit les serpents qui ravageaient la contrée : tels sont saint Cadon ', saint Maudet et saint Pol de Léon. Dans le pays de Galles, au V® siècle, sainte Keyna', vierge, détruisit les serpents qui ravageaient les environs de Keysham *. Dans la province de Poméranie, près de Lassahn, la tradition rapporte, qu'à l'avènement du christianisme, on chassa du pays des serpents qui vomissaient des flammes^. Saint Patrice en Irlande^, saint Clément à Metz^, saint Armand à Maestricht^, saint Saturnin à Bemay', étaient regardés comme ayant détruit des serpents qui désolaient les environs de ces différentes villes. Un

serpents. Les serpents pouvaient périr par l'efTet de leurs incantations, ainsi qu? nous le rappelle ce vers qu'Ovide met dans la bouche de Mcdée :

Vipereasque rumpo verbis et carminé fauccs.

(Metam., lib. VII, c. 5.)

Page 1