De dea Syritty
278 LES LIÊGENDES PIEUSES
était celui de Salomon dont nons avons parlé tout à rhenre, et celui de Gygès, à Taide duquel il se rendait invisible*.
Le dauphin désigna aussi le Christ. Et comme cela avait ea lieu pour la colombe, les chrétiens conservèrent sor leurs sarcophages ce s3rmbole d*origine païenne, en lui attribuant un sens nouveau '. Les anciens avaient toujours manifesté pour cet animal une sorte de vénération ; ils le regardaient comme très attaché à Thomme et comme ayant été plus d'une fois, pour lui, une occasion de salut. Cette croyance venait de Tobservation, faite par les premiers navigateurs, que ces cétacés suivent par troupes les navires, afin de dévorer les restes d*aliments qu'on en jette. Quand le temps s'éclaircit, les dauphins viennent folâtrer en foule à la surface de la mer, y font mille cabrioles. Les matelots les regardent pour cette raison, comme précurseurs du beau temps ^. C'était sur des dauphins que les artistes représentaient les âmes bienheureuses allant aux Iles Fortunées^. Cette idée de salut, attachée à cet animal, cette affection supposée qu'il témoignait, dit-on,
1. Cf. CIcéron, De officiii, lib. III. c. 9: Fort Liceti Geaciens. De annuUt ant*quis^ r. 32 et sq. (in-4o, Utini, 1645).
i. Boldctti, Osserv., d. 366. BoUari, pi. 68-91. Millin, Voyage dam le midideui France, t. III. p. 167 elsuiv. Creutzer, Religiom de C antiquité, Irad. Guigniaul, t. 11. partiel, p. 632.
3. Cf. \*\ine. Histoire naturelle, lib. IX, c. 8. Les anciens avaient surnominécet animul, à raison de celle croyance, ^lÀàvOfcono;. Elien, Hist. anim., li, ^. Hérodote,!, 24. Pausanlas, 111, 255. Plularque, Traité sur les animaux les pi»' avisas. Au dire de ce dernier, Cœranus fut sauvé par ce poisson et plusieurs dauphins vinrent assister à ses funérailles. Arion fut porte par un dauphin, a" cap Ténare. Solin, Polyhist., c. 42. Apollon méiamorphose eu dauphin servit df «uide à une colonie créloise c|ui se rendait à Delphes. Fausanias, Jfftca, 19. '• Taras, fils de Neplune, alla de Ténare à Tarente. monté sur un dauphin. Paus., lib. X, c. 10, 4. — C'est à celte croyance du soin que les dauphins prennent pour le salut des hommes, que font allusion ces vers du Dante :
Corne i delfini, quando fannoscgno A, marinarcon l'arcodella schiena, Che s'argomentin di campar lor legno.
(Inferno, c. XXll).
4. Cf. R. llochelle, Mémoires sur les Antiquités chrétiennes, l. XIII, p. 230, des Nouv. Mémoires de l'Acnd, des insc. et heU.-tetlr. « Quelquefois, dit le savan anli<|uaire, c'est sous la forme du dauphin, animal employé plus spécialenien» dans le langage symbolique de rantiquité, pour exprimer l'idée de navigation a"'^ Iles Fortunées, c'est, dis-je, sous forme du dauphin que se produit cet hi^^r^ glyphe chrétien, n
aux mortels, cette fonction, qu'on lui attribuait, de mener
Les hommes au séjour étemel du bonheur : tout cela explique
que les chrétiens aient fait du dauphin une image du Sauveur,
l'aient adopté comme un symbole qui devint plus tard le sujet
de légendes. Cet emblème figure parfois dans les églises du
moyen âge, comme à Wechselburg, où Ton a sculpté cet ani-
mal àTextérieur du chœur de Téglise, dans une embrasure
de fenêtre ^ On représentait quelquefois des saints ayant près
d'eux ce poisson, emblème du Sauveur. Le peuple crut voir
l'image de quelques-uns de ces animaux ; il supposa, par reffet
des réminiscences antiques, que ces dauphins avaient porté
ces pieux personnages sur les mers et il ressuscita, comme
on le voit dans la vie de saint Lucien ', la vieille fable de
Mélicerte '.