Voyez Pierre de Blois, p. 480, Tillemonl, 1. 1, n«> ÎU
re, une fausse histoire du Sauveur, envoyée par Pilate à i>ère. La lettre du même préteur romain au même empeir, que Ton trouve dans la récapitulation du faux Hégésippe
dans un écrit faussement attribué à Marcel, disciple de int Pierre, porte des traces évidentes de supposition. On i peut dire autant d'une seconde publiée par Fabricius ^ On rédigé des Actes sur le nom de presque tous les Apôtres. es Encratites, les Manichéens, les Priscillianistes avaient ;s Actes sous le nom de saint André. Les Ébionites ont atibué quelques écrits à saint Jean, c'est-à-dire les Actes de ses >yages qui sont cités dans le VU'' Concile œcuménique. Les icratites admettaient des Actes de saint Thomas. Le décret
pape Gélase mentionne des actes de saint Philippe. Les écrits prêtés à saint Denis T Aréopagite sont aujourd'hui 'Onnus, par les critiques les plus orthodoxes, pour une ^position du commencement du vi« siècle. Une foule d'ouàges ont été attribués à saint Clément, pape, martyr et iciple des apôtres. Eusèbe, saint Jérôme, Photius ont rejeté
seconde lettre, dont le caractère apocryphe est encore passé par les autres. Ce même cachet de supposition est ipreint sur les Recognitiones de ce pontife *, où se trouvent
actions de saint Pierre, les entretiens avec Simon le Magin, livres qu'adoptèrent néanmoins Origène, saint Ëpiphane Ruûn. Eusèbe et saint Jérôme tenaient aussi pour supposée dispute de saint Pierre et d'Apien , qui porte le nom de int Clément.
On a encore un grand nombre d'ouvrages apocryphes qui rient le nom de disciples des apôtres; tels sont : l'Histoire s Combats apostoliques, par Abdias ; celle de la Mort de nt Jean, par Euripe ; celle des Combats de saint Pierre et saint Paul contre Simon le Magicien ; et celle de la mort Simon et des Apôtres, par Marcel. Citons encore le faux
Bihi. (jrœca, t XIII, p. 472.
Lei Becognition» Clementinet sont ainsi nommées, parce qu'elles racontent lanière dont saint Clément reconnut son père et ses frères.
Hégésippe, le fragment d'un écrit de saint Évode, produit par Nicéphore Calliste, les Actes du martyre de saint Pierre et de saint Paul, par saint Lin ; FHistoire de saint Jean TÉvangéliste, par Prochore ; le Récit de la mort de la Viei^, par saint Meliton.
La supposition de livres était le moyen ordinaire de preuve dont faisaient usage les chrétiens, depuis les ii* et m" siècles. On inventait des Symboles et des Actes des Conciles» comme on le fit pour celui d'Antiochc. Une église voulait-elle établir la supériorité de sa liturgie sur celle d*une autre, elle supposait que les Apôtres en avaient été eux-mêmes les autears. On en forgeait sous les noms imposants de saint Pierre, de saint Jacques, de saint Marc ou môme de saint Denis FAréopagite ; cette dernière fut trouvée en Espagne en iSgS. Les livres de TAncien Testament fournirent Toccasion de suppositions du même genre. Une foule de sectes avaient dés livres attribués aux patriarches. Tels étaient les révélations d'Adam et Tévangile d'Eve, Tapocalypse d*Elie, etc.
Mais rien à nos yeux ne peut servir de démonstration plus frappante de la confiance aveugle que la masse des chrétiens avait en général pour les livres qui leur servaient de moyens de preuve contre leurs adversaires, de leur absence de critique et aussi de la même absence chez ces mêmes adversaires, qui s'en laissaient si facilement imposer par des documents supposés, que les fameuses prédictions des Sibylles'. Ces livres, qui renferment des prophéties mille fois plus claires que celles des prophètes hébreux, et qui parurent dans le ii*^ siècle, à Tépoquc des Antonins, dénoncent si visiblement la main d'un faussaire, qu'ils ont dû tomber, au premier éveil de la critique. Et cependant ils sont cités comme des preuves formidables contre les incrédules, par saint Justin, saint Clément d'Alexandrie, Tertullien, Lactanee, Théophile, saint Augustin, Sozomène. Constantin les
1. Blondcl. D« Sibylles. liv. I. chnp. vii. Colelier, Jtidicium de SS. Irenaif^ Clemenli* epistoU», l. I, p. 180.
BXAMEN RATIONNEL DES LÉGENDES 'A^i
allégoa avec assurance dans son discours adressé à rassemblée des saints ^ Tout le moyen âge y crut, et les artistes représentèrent les Sibylles à côté des prophètes ' : « S'ils ne croient pas aux prédictions de leurs prophètes, s'écriait saint Bernard en parlant des Juifs, qu'ils croient au moins à celles de la Sibylle ^ ». Les païens avaient fini pourtant par s'apercevoir de la fraude et ils l'avaient reprochée amèrement aux chrétiens.
L'habitude d'altérer les écrits des auteurs , d'en supposer qui leur étaient étrangers, fut si générale, que cette fraude avait lieu du vivant môme de ces auteurs et presque en leur présence. Origène raconte comment il confondit un hérétique, qui, ayant falsifié ses écrits, lui niait en face son imposture en présence d'un grand nombre de témoins^. Saint Grégoire le Grand s^aperçut qu'un moine grec, nommé André, avait composé, sous son nom de Grégoire, certains discours qu'il avait répandus ^.
Alors que Gutenberg n'avait pas inventé l'art de fixer irrévocablement la pensée humaine telle qu'elle avait été émise par son véritable auteur, rien n'était plus facile que ces altérations et ces fraudes. Écoutons à ce sujet un écrivain que personne ne soupçonnera de scepticisme en matière historique, Joseph de Maistre : a De ce vague, dit-il, qui régnait
1. « Patidicanim nempe mulicrum, quas Sibyllus vetustasnominavit, carminibus quarum Gneoos et Romanos immensum poscere pretium aoimadverterent, quidam Christianus sociis forte adhibitis, sub Antonino Pio, libros octo Sibyllinorum earminum coinponebat, vaticinationum de Christo rebusque ejus plenos in rerum imperitis pereuaderet, Sibyllam adventum Christi ecclesiœque ortum et progressas, Noacbl Jam temporibus, cecinisse. Fallebat homo hoc haud paucos et magnos etiam Christianorum doctores ». Mosheim, De rebui ChrUtianis ante Conttantinum, aect. II, chap. vfi, p. 229.
S. Comme on peut le voir à Rome, dans les fresques de l'église Salnte-Marlede-la-Paix, dues au pinceau de Raphaël, à Auch sur les vitraux de la cathédrale, et à Sens sur ceux de la cathédrale dus à Jean Cousin. Sur la verrière qui repré- ■ente le triomphe de J.-C. à Notre-Dame de Brou; au tombeau de Philibert le Beau (même église); à Autun, sur un rétable on lit : a NoUme tangereï>t dans une chapelle de la cathédrale de Beauvais, à Saint-Ouen de Rouen.