Iconographie chrétienne^ p
vers la gauche pour rappeler l'attitude de J.-C. sur la croix : exemple, à la cathédrale de Noyon. Quelquefois c'est Taxe entier de la nef qui a été infléchi dans le môme sens; exemple, Saint-Nicolas-du-Port, près Nancy, et Saint-Genitour du Blanc (Indre). Dans cette dernière, la courbure est complétée par un arc à nervure tranchante, qui suit la courbure de la voûte et retombe sur un pilier isolé, qui en forme comme la continuation. Cet arc isolé figurait le glaive qui coupe le cou au martyr saint Genitour K
C'était principalement le portail ou parvis des églises qui était décoré, ainsi qu'on peut le voir encore dans toutes les cathédrales, de représentations tirées de l'histoire sainte et de statues de saints. La partie supérieure du tympan de la porte principale était occupée habituellement par l'image de Dieu le Père, du Sauveur, de la Trinité, ou môme du couronnement de la Vierge. Au dessous, le long des bandeaux, en retrait de l'ogive, étaient placés, sur des trônes, les Apôtres et les saints, par allusion sans doute à ces paroles de l'Évan giles adressées par le Christ à ses disciples : Cum sederit Filius hominis in sede majestatis siue, sedebistis et ços super sedes duodecim, (Math. XIX, 28.) Chaque personnage portait un insigne propre à le faire reconnaître et tenait de plus un phylactère. Alentour on voyait aussi des anges qui chantaient les louanges du Tout-Puissant, en s'acconipa|]fnant d'instruments de musique, tels que la harpe, le sistre, lepsal* térion, le rebec ; d'autres encensaient la Vierge et la Triade divine. Le portail des églises oITrait ainsi l'image du paradis. paradUsus, nom qui fut donné pour cette raison sans doute a Taire du portail, et qui fut changé plus tard, par corruption, en celui de pannsiinn, parvis.
Il paraît qu'on a donné aux églises parfois la forme du triangle. Saint Angilhert, père de Nithard, et compagnon de Charlcniagnc, fit construire en triangle l'abbaye de Geutule ou Saint-Riquicr. Le cloître était triangulaire, et à chaque angle se dressait une église. Dans chaque église il y avait 3 autels, 3 chandeliers, 3 ciboires. Chaque église était desser-
1. Lcblan<^ : Esquisses pi l toi enijucs auv l Indre. Ch;\lcauro\ix.
par loo moines et ii enfants de chœur ; ce qui donne un al de 333 desservants, le tout en Thonneur de la Trinité ^
DES REPRÉSENTATIONS DE DIEU LE PERE {Légendes, p. 204. — l'codiU, p. 115, note 1.)
jori dit qu il ne connaît pas de peinture de Dieu le Père téricure au xiii'' siècle'. Jacques Basnage veut que les plus tiennes images de Dieu soient postérieures de 700 à 800 ans concile d'Elvire tenu vers 3oo, ce qui les reporterait au ou xii^ siècle^. M. Ëméric-David assigne pour époque à première de ces représentations Tan 85o^, et cite, à Tappui son opinion, la Bible latine donnée en cette année par arles le Chauve aux chanoines de Saint-Martin de Tours, îternelest peint quatre fois dans cette Bible. Sur la prcère miniature. Il parle à Adam qull vient de créer ; dans deuxième, Il lui touche les côtes ; dans la troisième II lui 'îsente Eve ; dans la quatrième. Il appelle les deux époux i viennent de manger du fruit défendu. Dieu est représenté is la figure d'un liomnic de trente ans, sans barbe, pieds 5, vêtu d'une tunique bleue et d'un manteau rouge, fean Damascène (f 780), bien que zélé champion des ima- >, qu'il a défendues contre Léon Tlsaurien, déclare qu'on peut pas représenter Dieu le Père , mais seulement Dieu Pils, parce qu'il s'est manifesté : « In errore quideniy dit-il^ 'saremur, si vel invisibilis Dei conficeremus imaginem; oniam id, quod incorporem non est ncc çisibile nec circoniptum necjiguratum^pingi omnino non potes t » (Oratio de aginibus) .
Théodore Studite (-{-820], également partisan des images, is assure que les Grecs de son temps ne peignaient] amais*
Act I Sanctoruin Ordinis lienedirti, iv siècle, Vila S. Angilbei'ti,
Thesauru» velerum dipiyvurum, 1 1 i, p. 156 à 193.
Histoire de l Eglise t lib. XXXIll, c. xxv.
Discourt historique sur la peinture moderne, p. 43, note.
rÉternel, et il ajoute qu'on ne doit point, qu'on ne saurais même pas le peindre, puisque l'imagination ne peut lui attribuer aucune formel. Malgré ces témoignages, ropinion d'Éméric-David ne me parait pas fondée. D'abord les paroles de l'abbé de Studion ne prouvent point qu'il n'existât pas avant lui en Occident des images de Dieu le Père ; de plus, au xiii* siècle, alors qu'il est constant qu'il y en avait en Grèce, Nicéphorc Calliste reprochait aux Jacobites de peindre l'Eternel, usage qu'il traite d'absurde*.
D'ailleurs on sait que l'Eglise d'Occident montra d'abord plus de propension pom* l'emploi des ligures religieuses que celle d'Orient ; or il a pu s'écouler un assez long laps de temps entre l'époque où ces images ont commencé à paraître en Occident et celle où elles ont été acceptées en Orient. Mais il y a plus. Les monuments attestent formellement la présence des représentations du Créateur sous forme humaine avant le xi* siècle. Dans plusieurs sarcophages des iv® et V siècles on voit clairement Dieu le Père, représenté par un jeune homme, qui tantôt s'adresse à Adam et à Eve, tantôt reçoit les offrandes de Gain et d'Abel, tantôt parle à Moïse du milieu du buisson ardent ^ Il est impossible de ne pas reconnaître, avec le savant Bott:iri lui-môme, que c'est le Père éternel qu'on a voulu représenter, surtout dans les deux derniers sujets. Mais y aurail-il entre Topinion de Bottari et celle d'Kiuéric-David un moyeu terme, qui puisse trancher la dilculté soûle vce par cette ([ucstion ? Il faut rcuiarquer que toutes CCS rcprcscntations de Dieu l'oirrent non pas dans sa i^loire céleste et son existence iniinic, mais tel (|u'il est apparu parfois à riiomme, d'après rKcriture. Dès lors cette manil'es tation n'a guère pu avoir lieu que sous une forme humaine, comme il résulte des dillérentes visions consignées dans les Livres saints. Dans ces circonstances, il était aussi conforme à la vérité historicpie de représenter le Créateur sous li^ ligure d'un homme, que d'offrir Jésus-Christ sous la nièiiie iorme et cela pouvait avoir lieu sans blesser l'opinion, (pii
1. AnlinelicKs. I. r. n cl \, p. im, î;S ; cdil. Siriiioiid, 11. cap. xx el ixi. |>. li-. i. Histohe vrrLi'iiitistùjue. liv. WIll.c. lui. 3. liollaii : lonjc H. pi. \l; ol cl 8».
proscrivait alors seulement de représenter Dieu dans son wsence, avec un corps et une apparence sensible, de le peindre au milieu des cieux, sous les traits d'un simple mortel. La Bible de Charles le Chauve, citée par M. Éméric-David, n'olïre encore de représentation humaine de Dieu que lorsqu'on le montre apparaissant aux premiers hommes, se rendant sensible à leurs yeux. Or, ces manifestations du Tout-Puissant à Adam et à Eve ne doivent avoir eu lieu que sous une forme humaine, autrement comment Adam se serait-il imaginé, sans attacher à Dieu une idée de corporéité, qu'il pouvait n'en être pas vu en mangeant le fruit défendu ? Il est vrai qu'il est impossible d'accepter comme un fait réel cette histoire de la pomme et du serpent, dans laquelle on ne peut voir qu'un mythe, ainsi que le remarque si bien l'un des plus profonds philosophes modernes : Adamus primas, cui Deus reçelatus ^uit, ignorai Deum deum esse omniprœsentem et omniscium se enim a Deo abscondit et seciim peccatum coram Deo, quasi hominem coram haberet, conatus est excusare '.
Ce n'est véritablement qu'à partir du xi« ou du xii*' siècle, Jue l'on a vu apparaître des images deDieu sous forme humaine, )ien différentes des représentations historiques où il était figure le la sorte. Ce quiconfîrme, ce me semble, toute l'explication )récédcnte, c'est la défense du septième Concile général (chap. [, 5, 6), qui déclare qu'on peut peindre Jésus-Christ dans son lumanité, mais non pas comme dieu : Deum autem pingi ion posse. Nicéphore Calliste, dont j'ai cité tout à l'heure 'opinion, ajoute aussi, comme une sorte d'allusion à ces deux nanières de peindre Dieu, qu'il ne faut pas représenter ce ^ui est invisible et ce que ne peut saisir l'intelligence. « Nous Taisons des images de Dieu», dit encore l'évoque JeandeTlies- $alonique, «qui le représentent comme il a paru dans ce monde, et non pas comme on doit le concevoir dans son îssence ; car à quoi peut ressembler ce qui n'a ni forme ni :orps ^7» On faisait donc une diiférence fondamentale entre
1. Ben. Spinosa, Tractatus t/ieologicus poUlieus de prophetia, ap. Opcra, éil. >aulus, t. I, p. 182, in-8'>, Jenae, 1802.
2. Cf. Ch. I.upi, SynoU. gen. et prov., décréta et canonet, cd. Philippe do eptim, iynod., gen., t. III, p. 215.
ces deux classes d'images, celles où Ton se bornait à figurer le Christ avec Tapparence qu'il avait revêtue durant son séjour sur la terre, et celles qui le montraient dans son règne iafiui et glorieux. Or, ce qui arrivait pour le Christ a dû se passer pour Dieu le Père. Je n'ajouterai d'ailleurs qn on fait, dans le but de convaincre ceux qui douteraient encore que les sarcophages offrissent réellement des représentations humaines du Créateur : c'est que je retrouve précisément le sujet du sacrifice de Caîn et Abel, tel qu'il apparaît dans ces monuments des pi*emiers chrétiens, reproduit dans un basrelief d'un ancien édifice de l'ordre des Templiers, à Schongrabern, en Autriche, mais accompagné de détails qui ne permettent plus de douter que le personnage jeune et imberbe qui reçoit les offrandes des enfants d'Adam, et qu'on a placé sur un trône, ne soit bien réellement le Tout-Puissante D'Agincourt, cite (Peint. ^ pL 43)i ^^^^ miniature de la Bible de saint Paul, Bible qui est du xi« siècle, où l'on voit aussi Dieu sous la figure d'un jeune homme, parlant à Adam et à Eve.
M. Didron, dans son curieux ouvrage intitulé : Iconogra* phie chrétienne j Histoire de Dieu (Paris, i843), explique qu'on a souvent substitué J.-C à Dieu le Père, notamment dans un grandnombre de scènes de T Ancien Testament. Par cette ingénieuse explication, Tauteur a clairement démontré Torigine récente des images de Dieu le Père, et réfuté une des principales objections tirées des monuments. Par exemple, sur les sarcophages du Vatican, on voit Dieu imberbe, de qui Adam et Eve reçoivent un agneau et des épis. Ce serait donc Jésus-Christ substitué au Père. M. Didron reproduit une peinture à fresque du couvent de Tlle de Salaniine, qui représente J.-C. On lit au-dessus de son épaule : IX C, ce qui signifie ô TravToxpaxwp. Sur une autre fresque, J.-C. est marqué du sigle ICXC, dans son auréole, et créant Adam, sur lequel il étend la main et qui est désigné par ces mots : 'AoajjLo; 8 TupoitoTt/àcToç (Iconographie y p. 177 et 178).
1. Cr. rurlicle et la planchu rcUilirsà ce monument, dans le journal intitulé: Cnrinrilnlen der phtfsisc/i-Uterariich, arUstiche$-hislork/ies Vor'Und'mitvceU, 'i. Vlll, G*- partie, pi. Xlllj.