DES REPRÉSENTATIONS DE JÉSUS EN CROIX
Légendes, p. 207. — Ire cdit., p. 120 el 121, note 1.)
Cet usage de peindre Jésus- Christ crucifié existait au ^''ir ou IX* siècle. L'auteur du Lu're de la visite des malades^ ^Hribué faussement à saint Augustin, et qui parait avoir ^écu à cette épo(|ue, parle, comme d'une cliose nouvelle, de ^**oix sur lesquelles on avait ajouté la figure d'un liomme î^i souffre, pour renouveler la mémoire de la Passion de •■^sus -Christ : « Adjicitur super criicem qnœdani hominis inlbi '^^iiienlis imago ^ per quodsalutifera Jesu Chris ii nobis rénova- ^^^r passiohy. On voit, du reste, clairement, par une lettre de ^^int Jérôme (Ep.17, ad Marcellam), qu'à l'époque où il vivait ^Une faisait point encore de crucifix, puisque, parlant de sainte ^aule, il dit qu'en voyant la croix, elle adorait Jésus -Christ ^ rucifié comme si elle l'eût vu : Prostrata ante crucem, quasi '^endentem Dominum cerneret, adorabat. Cela fait dire à Ni. Éméric-David 2 : ce Le génie des Grecs semblait se refuser ^ peindre Jésus-Christ couronné d'épines, percé d'un coup ^e lance, épuisé par l'agonie. Les Latins eux-mêmes, qui t^onnurent plus tôt que les Grecs ces peintures lugubres, paraissent ne les avoir adoptées qu'à regret. Longtemps encore après avoir peint Jésus-Christ souflrant, ils le représentèrent sur la croix, sans barbe, inaccessible à la douleur, coiffé d'un bandeau royal, d'une mitre ou d'une tiare, et quelquefois même assis au milieu de ce bois mystérieux, comme sur un trône. » Le génie de l'Albane éprouvait aussi ce même sentiment de répulsion pour la peinture du Christ laid, décharné, et expirant au milieu des souffrances, lorsqu'il représentait la mort du Sauveur sur l'instrument de notre rédemption, par l'Enfant divin paisiblement endormi sur la croix.
i. Liber de visita tione in firmorum, c. ii. 2. Discount liistorique sur / 1 peinture^ p. 65.
40i APPENDICK
Vers le vi'' siècle, on parle d*an cmcifix exécuté à Narbonne, comme d'un fait étrange et nouveau '. Pellicia cherche à prouver que Tusage de représenter le orucifix est beaucoup plus ancien, il cite les vers suivants attribués à Lactancei mais probablement apocryphes :
Quisquis ades, mediique subis ad limina tciiipli» Siste gradum, insontemque tuo pro crimine passuui
Respice me
Cerne manus clavis fixas, tractosque lacertos Atque ingens lateris vulnus, cerne inde fluoreiu Sanguineum, fossosque pedes artusque cruentos.
Il cite en outre une monnaie d*or, ûgurant parmi les présents qu'en looS envoya de Gonstantinople Fempereur Henri. Cette monnaie d*or, du deuxième module, portait Timage du crucifix, de chaque côté, deux femmes vêtues de longues robes, et plus près du crucifix, d*un côté la lance» de Fantre Téponge, avec cette inscription :
Ko9|Aou TO XuTpov $i(Aa xw Ocou Aoyou.
Cette monnaie paraît antérieure au vi" siècle.
Dans une mosaïque de Sainte-Agathe de Ravennc, on voit Jésus-Christ couronné du nimbe orné de pierreries. II est assis sur un trône gardé par deux anges '. Au Campo-Santo, dans le Jugement dernier d'Orcagna, Jésus-Christ a sur la tête une sorte de mitre ou de tiare, environnée de Tauréole, et il est vêtu d'une tunique sans ceinture, et dun riche manteau ^ Dans le Couronnement de la Vierge, par Barnabe de Modène (d'Agincourt, Peintures, pi. 123, 3), Jésus-Christ a une couronne sur la tête, et porte le manteau royal; ce qui se voit aussi dans le même sujet sculpté sur Tautel de François de Bologne, par Pietro Paolo et Jacobello Veneziani*. Sainte Gertrude, dans une de ses visions, vit le Christ vêtu d'un manteau de pourpre et d'une robe verte ( Vie de sainte Gertrude, liv. II, c. xvii, p. 218); une autre fois, le Sauveur
1. Grégoire de Tours, De rjloria marinrum^ lib. I, cliap. xxii.