‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 69 sur 251 · Camerarius, MédUtationg hittoriquen^ 1. 1, 1. IV, c · texte numérisé non relu

Camerarius, MédUtationg hittoriquen^ 1. 1, 1. IV, c

2. Lexicon mythologiœ septentnonalis, t. 111, p. 746-754 de rédition de VEdda de Sœmund, de 1818 (Copenhague, in-4o verbo Troll),

3. Lasicz, De diù Samogitarum; dans Uaupt, Zeiltchrift f'âr (Uuticheê Aller-' l/mm, 1. 1. pp. 139ei 146.

4. Fret, c/ironiques Percheronnes, t. I, p. 67. L'auteur du Petit Albert rapporte Thistoire d'un de ces invisibles palefreniers qui, dans un château, étrillait les chevaux depuis six ans

5. A. de la Villegille, Notice sur Chavagne-en-Pailleri. p. 30 (dans les Mémoires des Antiquaires de France, 2<" série, t. Vi).

6. Robin Good-Kellow est charge de balayer la maison à minuit, de moudre la moutarde; mais, si l'on n'a pas soin de laisser pour lui une tasse de crème et de lait caillé, le lendemain le potage est brCilo, le beurre ne peut pas prendre.

. . . Kobin good-fellow ; are >ou net lie Thaï fright fhe maidensof the villagery, Skim silk, and sometimes labour in the quern And bootless make tlie breathless house-wife^rhurn, And sonielimes make the dnnk to bear no barm, Mislead night-wanders, laughing al their harm Those that Hob-Goblin call you and sweet Puck You do their work, and they shail havegood luck.

Shakespeare, ili(i«umiH«r Night't Dream,diQ\/Q il.)

Gomme les fées, les Parques et les Nomes, les femmes des elfes se sont montrées pins d'une fois à la naissance des enfants pour leur annoncer leur destinée. Ainsi le fit celle qui promit le bonheur au fils d*une pauvre paysanne, sur lequel elle veilla sans cesse et auquel elle valut enfin la main de la fille du roi '. Ainsi le fit Huldelfe, qui apparaît aux couches de certaines femmes et prédit le sort des nouveau-nés'.

Les Finnois, qui admettent Texistence de divinités analogues aux elfes, trolls et kobolds, reconnaissent des espèces de fées, à qui ils donnent le nom d'akkas. On les rencontre souvent au bord des eaux peignant leur chevelure, comme les roussalkis des Slaves, lesnixes et les ondines des peuples germaniques. Le haltia ou esprit-conseiller des Finnois rappelle les fées de nos bois ; les legres, nos follets et lutins qui surveillent les troupeaux; les tonttu, protecteurs des maisons, correspondent aux goblins et aux brownies; les aarni et les krattis^ dieux des trésors, aux gnomes et à la fée Mélandre. D*après leur mythologie, au sein des montagnes habitent les wuorem wœki, génies occupés à durcir les rocs de granit et à les fixer sur leurs bases ^.

Dans toutes les contrées septentrionales, les croyances relatives aux elfes sont associées à d'autres croyances relatives aux nains. Les légendes sur ces êtres singuliers sont fort nombreuses en Allemagne : elles les représentent comme les génies de la terre et du sol; mais, outre les nains proprement dits, les dwergs ou dwarfs et les bergmànnchen, tout le peuple des esprits participe à ce caractère de petitesse. Les elfes, les ^xes, les trolls nous sont représentés comme d'une taille plus <p'enfantine. Les berstuc, les koltk *, n'ont que quelques pouces

\ ^fzelius, Volkssagen und VolksUeiUt' aus Schweden ùbenetzt von Ungewitter *•'- p. 341.

*• ibidem, U I, p. 62.

1* leouzon-Lcduc, La Finlande, t. I, pp. xxxyiii et 98.

*• Berttue, markropet, koltk sont les noms que reçoivent les nains chez les ^<^ndeg (Mash, Obottitiscfie Alterthumer, t. III, p. 39). Les nains sont appelés en J*nois, dverg; en allemand, zwerg ; en vieil allemand, dwerch; en flamand, ^^9; aux lies Feroe, drorg^ drOrg; en écossais, duergh; en anglais, dwarf.

34 LBS FÉBS

de hauteur. En Bretagae, il en est de même des fées ou korriganes. Mille contes, mille légendes disent comment des laboureurs, des paysans les ont découverts cachés sous une motte de terre, reposant à Tombre d'un brin d^herbe '.

Ces traditions sur les nains ne sont pas exclusivement du domaine des superstitions Scandinaves et germaniques; on les retrouve partout où se présentent les traditions des fées, et, comme ces femmes mystérieuses, ils forment un nouveau point de ressemblance entre la mythologie populaire des Celtes et celle des populations septentrionales. D'après les croyances bretonnes, il existe des génies de la taille des pygmées, doués, ainsi que les fées, d*un pouvoir magique, d'une science prophétique. Mais, loin d'être blanc s et aériens comme celles-ci, ils sont noirs, velus et trapus, leurs mains sont armées de griffes de chat et leurs pieds de cornes de bouc ; ils ont la face ridée, les cheveux crépus, les yeux creux et petits, mais brillants comme des escarboncles, la voix sourde et cassée par Tâge.

Les nains de la Bretagne, les bei^mànnchen de l'Allemagne sont regardés comme d'un extrême habileté dans l'art de travailler les métaux. Les idées défavorables que Ton a sur eux les font même passer, chez les Bretons, les Gallois, les Irlandais, pour des faux monnayeurs; c'est au fond des grottes, dans les flancs des montagnes, qu'ils cachent leurs mystérieux ateliers. C'est là, qu'aidés souvent des elfes et des autres génies analogues, ils foirent, ils trempent, ils damasquinent ces armes redoutables dont ils ont doté les Dieux et parfois les mortels. L'un de ces forgerons nommé Vôlund* ou Véland, instruit par les nains de la montagne de Kallova, s'était acquis une immense renommée. Son nom, de la Scandinavie était passé dans la France, changé en celui de Galant,

1. Voyez, par exemple, dans Keightiey. la légende de Reichert, t. I, p. i4.

i. Voyez sur ce pens^>nna{:e un travail de Ueppingel Pr. Michel, inlitulé : Véland I' Forgeron^ distertaihms sur une UadiUon du ww^en dge (Paris, 18S3, in-9- de ▼111-96» p«X ei un article de journal publie par MM. Haupt et H. Hoffmann, intitulé : AUdfUUdtêBkkUer^L I, p. 34(ISSà>.

Galant qui avait fabriqué Durandal, Fépée de Charlemagne, et Merveilleuse, Tépée de Doonin de Mayence. Suivant la Vilkiua-Saga, la mère de ce célèbre Yôlund était une elfe et son père un géant, Yade; d'autres traditions font de luimême on lichUelf, Ainsi les elfes, en une foule de circonstances, voient leur histoire se mêler à celle des nains, et ce mélange démontre leur communauté d'origine. L'Edda parle aussi de Textrême habileté des elfes dans Tart de travailler les métaux : ce sont eux qui ont forgé Gungner, Tépée d'Odin ; ce sont eux qui ont fait à Sifa sa chevelure d'or, à Freya sa chaîne de même métal. Le cluricaune irlandais est aussi un forgeron, et le paysan assure entendre souvent la montagne retentir du bruit de son marteau ^

Où faut-il aller chercher l'origine de ces nains dont nous trouvons la croyance si généralement répandue? La moindre comparaison entre les traditions que nous venons de rapporter et ce que les anciens nous disent des dieux Cabires ne nous permet guère de douter que le culte de ceux-ci n'ait donné naissance aux nains des religions celtiques et Scandinaves. Les Phéniciens ont certainement fondé plusieurs établissements dans la Gaule', et c'était dans la Phénicie, à Béryte ^, et dans les îles qui n'en étaient pas fort éloignées — Samothrace, Imbros, Lemnos — que leur culte était principalement répandu. Les Cabires étaient des dieux forgerons ainsi que nos nains ; on les regardait comme les compagnons, et même comme les fils d'Hephaïstos, le Phtha égyptien, le Vulcain latin *. Hérodote nous apprend qu'à Memphis on les représentait comme des pygmées^. Sur les médailles, on les

1- Piftolt, ouv. cit., p. 225, el Crofton Crokor, pp. 3 et 99. On a vu plus haut, P^r une note, que, dans le nord, les cluricaunes fabriquaient les souliers. Ces ''l>K'U ëlaient originairement en métal, et par conséquent du ressort du forgeron, •'ossi disait-on ihoe-smith en vieil anglais, au lieu de shoe-maker.

^Cf. r intéressant ouvrage intitule : Dus magusanisc/ie Europa (Hildburghau- ««n, 1830, in-8»).

3. Sanchoniathon, apud Eusèbe, Prœparatio evangelica, lib. I, c. 10.

*. Em. David, Vukain, Reclierches sur ce Dieu, p. 7.

y Uyre 111, c. 37.

voit le marteau à la main ^ Tous ces caractères nous reportent précisément aux nains bretons et germains. Le chef des nains de la Bretagne, Gwion, présente, de l'avis de M. de la Villemarqué, beaucoup de rapports non seulement avec le dieu phénicien du commerce et des arts, mais encore avec THermès des Grecs, et le Mercure des Romains; il a une bourse'.

Gwion Teille à la garde d'un vase mystique qui contient Teau du génie de la divination et de la science. Ce vase, qui au moyen ftge est devenu le saint Graal, offre la ressemblance la plus frappante avec la coupe des Cabires. Cette coupe mystique a été attribuée aussi non seulement à Djemschid, qui la trouva, dit-on, en creusant les fondements d'Ëstakhar, mais encore à Bacchus, à Hermès, à Joseph, à Salomon, à Alexandre, et est à la fois le miroir magique du monde et le vase de salut'. L'eau merveilleuse de ce vase enchanté est nommée par les bardes cambriens, l'eau de Gwion *.

Les Cabires étaient, dans les traditions mythologiques, associés aux curetés et aux corybantes ; ils se liaient encore aux telchines et aux dactiles idéens, ouvriers mineurs, forgerons, ainsi que les nains de l'Allemagne, habiles à travailler l'airain et le fer'^, et sur lesquels existait, comme sur les bergmannchen, une infinité de légendes populaires. Les corybantes et les curetés se livraient fréquemment à des danses bruyantes, dans les orgies qu'ils célébraient ; ces danses rappellent celles des nains, des trolls et des fées. Ils exécutaient en l'honneur de Sabazius ou de Cybèle, la aixivaiç dans l'île de Crète, ils dansaient la irpuXt; * appelée ensuite 'tu^pix*''

i. Voyez une mcdaillodes Thessaloniciens, apud Millin, Galerie mythologique^ no 330 (planche LXXIX).

2. Monlfaucon, t. IV, p. 414. Myvyrian, Archaiolofiy of Walei, l. I, p. 158 t. Il, p. 161. Celto bourse symbolique est encore un des traits qui rapprochent Gwion et les nains do Mercure. Ce dieu, comme on le sait, était représenté souvent une bourse à la main. Dans la Gaule, où Mercure était considéré comme le dieuL du commerce (\undinalor), cette bourse lui a été donnée comme emblème bieis plus fréquemnjcnt qu'en Italie.

3. Creuzer, Si/mbolique, Irad. Guigniaut, l. I, p. 440; et Strabon, liv. X, c. 21.

4. La Viljemarqué, liarznz-lheiz, (4e édition), introd., p. li-liii. b. K. Hoeck, Krela^ 1. 1, p. 305 et suiv.

6, Plutarque, Erotica^ t. IX, p. 41, édit. Reiske. — Scholies de VAjdx de So-

c*est-à-dire la danse ignée» en frappant leurs épées et leurs boucliers. Tout le monde sait que c'est ainsi qu'ils dérobèrent à Saturne les vagissements de Jupiter qui venait de naître^ Les curetés et les corybantes joignaient à leurs chœurs religieux les éclats d'une musique bruyante. Les cymbales, les tambours, les crotales et le sistre unissaient leurs sons aigus, dans ces étourdissants concerts, qui valaient à leurs auteurs le surnom de xaXxoxpaToP. La musique est aussi roccapation favorite des elfes et des nains ; en Ecosse on entend souvent des flancs des montagnes, de l'intérieur des tombelles, les accords d'une musique lointaine. En Norwège, on appelle cette musique huldre slaat; elle est monotone, les sons en sont sourds et réguliers^. Dans l'antiquité, les Cabires, dieux nains, sont associés à Hercule, dieu géant. Une association analogue, née de la première, se retrouve aussi au moyen âge. Les nains, les géants sont constamment unis dans les légendes. Ici l'on dit sur le compte des nains, ce qu'ailleurs on raconte des géants. Souvent ces derniers ont les premiers pour auxiliaires, absolument comme dans la mythologie égyptienne on voit les pygmées secourir Antée*. Dans les contrées septentrionales, les souvenirs des nains et des elfes se sont unis à ceux de la résistance que les anciens habitants du pays opposèrent à Tinvasion étrangère, et cette association a dû donner, aux traditions qui s'attachaient à ces êtres fantastiques, une physionomie nouvelle. Les peuples de souche finnoise qui occupaient la Scandinavie, se défendirent longtemps contre les conquêtes des Ases. Vaincus, ils se retirèrent dans les bois et les montagnes pour y mener une

Phocle, V. 683, p. 337, édil. Erfurt.— Eustalhius, sur Horaùre, lUade, XVI, p. 1078, éd. de Rome.

OùXa 81 Ko'jpTjTSç as r,z^\ :rpuXiv copyrJaavTO

TâV/Ea 7;£7:Xr^YÔvT£;.

(Callimaque, Uijmnru in Jovem, 52.

l.Hoeck, Â'rc^a, t. 1, p. 212.

^- t)rphiciw, hymnus 37.

^- Croflon-Croker, Fairy Legetids, 3© partie, p. 91.

Page 1