‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 70 sur 251 · Creuzer, Irad. Guigniaui, t. i, p · texte numérisé non relu

Creuzer, Irad. Guigniaui, t. i, p

vie triste et cachée, subsistant sans doute par le brigandage; mais pour les paysans de la Gothie et du Warmland, cette race, dont l'existence avait pris un caractère en quelque sorte mystérieux et singulier, devint une race de génies malfaisants qui habitaient sous terre ou au fond des bois, des sorciers en guerre permanente contre la population*. Une autre race de plus haute stature, vaincue également par les conquérants, les Jattes ou Jothen, se transforma, dans la tradition populaire, en une nation de géants sur laquelle Thor avait épuisé ses coups ^ Ce dieu redoutable combattit aussi les nains, les berggeister; il lança contre eux ces masses énormes de pierres qu*on trouve çà et là éparscs sur le soi'; en France, on attribue aux fées le transport de pareils blocs*.

Quand le christianisme fut apporté dans la Germanie, on n'abandonna pas la croyance à tout ce monde des esprits ; mais, comme une idée d'hostilité était inhérente au caractère qu'on attribuait à ces êtres, on en fit des adversaires du nouveau culte : on peignit dans les légendes les stegmànnerriy les waldfûrsten^ les bergmànncfien, comme des ennemis acharnés du clergé ; on les voua naturellement à la damnation. On fit plus, en certains endroits, on les changea en diables. Il est vrai que la forme hideuse sous laquelle on les représentait généralement devait prôter à cette assimilation. Ainsi, le moine de Saint-Gall conte l'histoire d'un de ces

1. Afzelius, Volkssngen au8 Schweden, t. I. p. 160. S. Ibidem f t. I. p. 47.

3. Cotte croyance a fait donner par les paysans le nom de Tliorkeile aux météorites. (Cf. Afzelius, l. II. p. 12.)

4. A Bourg-Lastic, en Auverizne, on voit des prismes basaltiques que les paysans appellent « Rochers des Fades », et que les fées, ajoutent-ils, ont apportés dans leur tablier. (Bouillet, Tablettes historiques de l'Auvergne, t. Il, p. 290.) Dans plusieurs contrées du Nord, ce sont les trolls qu'on rej^ardo comme h»s auteurs de ces colonnes basaltiques qui forment souvent d'énormes cavernes ou des chaussées d'une élévation prodigieu.se: on nomme ces constructions naturelles trolla/Uaod, c'est-à-dire construction'* des trolls; troll konuQardr. c'osl-àdire dortoirs, cimetières des trolls; trotldkirka, église des trolls. En Allemagne, ces trolls sont devenus des diables, et <;'est à ceux-ci qu'on rapporte les mêmes objets; de là les noms de Teufelsmauer^ Teufelsbrucke qu'on leur attribue. En France, on a donné le nom de Chaiissé(?-des-GeiuUs à un monument basaltique des Cévennes, et dans l'Ulster, le célèbre Giants catisowny a dû le même nom à dos traditions populaires identiques.

esprits mystérieux dont il fait nn diable velu* ; Gervais de nibnry' change en esprit de ténèbres le lutin dont il parie, d*après le récit de son temps. Ce lutin a Taspect d'un vieillard, à la face ridée* à la taille de pygmée et se reconnaît pour un de nos nains. On en doit dire autant de Zabulon, le démon à la longue barbe d*Orderic Vital. Au reste, cette assimilation des nains aux démons remonte plus haut que les chroniqaes : les démons incubes dusiens^ dont il est question dans saint Augustin', ne sont autres que les nains bretons nommés encore duz^ duzik, dans les chants populaires^.

Les nains, disent les paysans armoricains, fuient la présence de rhomme; ils se sont retirés dans les montagnes, dans les bois, dans les souterrains, et souvent même quand la civilisation nouvelle les pressa trop vivement, ils disparurent complètement. En plusieurs contrées de TAUemagne et de la Grande-Bretagne, on raconte leur disparition.

A la ville de Greifswald et dans les environs, c*est une tradition répandue chez le peuple, que jadis, à une époque que l'on ne peut plus déterminer, le pays était habité par un grand nombre de nains. On ignore le chemin qu'ils ont suivi en s*en allant, mais on croit qu'ils se sont réfugiés dans les montagnes ^. Une légende prussienne raconte comment les nains qui habitaient Dardesheim, furent chassés par un forgeron, et comment depuis on ne les a plus revus ^. Dans l'Erz-

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