I«^ — LE TYPE DE JÉSUS-CHRIST
C'est une croyance fort ancienne et qui se conçoit facilement, que celle de ces avertissements miraculeux, qui ont fait connaître à un père ou à une mère le rôle glorieux auquel était appelé leur enfant, la mission providentielle qui lui était destinée. Ces messages célestes, ces annonciations divines, étaient données d'ordinaire dans les songes, état mystérieux de l'âme, oui l'imagination, abandonnée à ses seules impressions, enlevée à l'influence de la raison qui la règle et la rectifie, se prête plus aisément aux influences superstitieuses, aux illusions des sens. Quelle mère n'a pas quelquefois fondé sur l'être qu'elle porte dans son sein de chimériques espérances ? Quelle mère ne s'est pas représenté le fils qu'elle va mettre au jour comme le modèle de tons les talents et de toutes les vertus, comme l'honneur futui» de sa famille ? Cette pensée ambitieuse n'a-t-elle pas parfois agité son sommeil, nourri ses songes? N'a-t-elle pas pu se représenter une puissance supérieure, un Dieu venant lui annoncer la réalisation de ses désirs? rêves vite oubliés, pensées chassées par la réalité!
opérés au tombeau du saint nouvellement canonise, l'expression : a Caîci vi^un1, claudi gressum, rauti loquelam, surdi auditum, paralytici debiium mcmbronim officium recuperarunt », était devenue plutôt une formule d'usage que la relation littérale du fait.
1. Il parait probable que cette tendance a former de nouvelles combinaisons sur le mod(>le d'individualités déjà cél('*l)res s'est aussi manifestée dans la Bible comme l'a très bien remarqué Strauss, en examinant l'bistoire do Daniel, dont \o% traiLs les plus saillants semblent empruntés à ceux de l'histoire plus ancienne de Joseph. (Strauss, Vie de Jésus, trad. Litlré. Ire édition, t. I, !'« partie introduction. |». 103. noie.
lÊLélfENTS DE L*HISTOIRE BÎBLIQUE do
Mais si un jonr Tenfant qu'elle a mis au monde venait à conquérir une noble, une sainte illustration, ce rêve ne se représenterait-il pas à la mémoire de la mère, du père dont il a jadis frappé Timagination ? Cette idée incertaine et vague de Tavenir glorieux d'un enfant ne se réfléchirait-elle pas alors, plus positive et plus claire, dans des esprits superstitieux, et des parents enthousiastes ne raconteraient-ils pas de bonne foi que la naissance de leur enfant leur a été annoncée par un message divin, par un prodige dont ils ont été témoins? Yoiln , peut-être, le secret de tous les faits de ce genre que nous rencontrons dans l'antiquité et dans TOrient^
Les Evangiles^ nous apportent les détails des avertissements du même ordre que reçurent, relativement à leur future progéniture, les parents du Christ et de Jean-Baptiste, détails qui rappellent en bien des points les récits semblables qui se rencontraient déjà dans TAncien Testament ^.
Ily a là un fonds trop riche d'imitation pour que les légendaires n'y puisassent pas largement. Dans la reproduction de la vie de Jésus-Christ, dans celle du saint, ce fut la première pensée qui dut se présenter, puisque ces annonciations ouvrent, pour ainsi dire, la vie du Sauveur et celle de son précurseur. Et de plus, n'est-ce pas apporter une preuve, frappante aux yeux du vulgaire pieux, de la «protection spéciale accordée par la divinité à un mortel? N'était-ce pas démontrer à tous les yeux qu'il avait été, dès les portes de la vie, marqué du sceau de l'élection, que de représenter Dieu lui-môme prenant le soin d'annoncer sa naissance, de prédire sa mission par un prodige? Aussi trouvons-nous un grand nombre de saints dont la naissance fut ainsi révélée par Dieu, dont des miracles, des faits merveilleux proclamèrent rélévation future -.tels sont saint Bernard*, saint Dominique', saint
]• Voyez pour des faits de ce genre les vies de Paganini et de Liszt.
i. Malh., I, 20; Luc, I, Il et ss., 26 et ss.
.3. Cf. Strauss, trad. Litlré, t. I. !'<? partie, pp. 138 et 177. Comparoz l'annoncia- *'0D de la naissance de Samson à sa mère. {Juges, XIII.)
J- Vita S. Bernardi, liv. I, c. 1.
*^ iegendti aurea. c. lï^; Lacordaire, Vie île suint Dominique, p. 27. On a
Albert, carme S saint Éloi^, saint Samson, évéque de DoP, sainte Brigitte^. Ortelane, mère de sainte CSlaire*^, étant enceinte de sa fille, entendit une voix qui lui disait : « Ne crains rien, car tu enfanteras une lumière qui éclairera tout le monde. » Même prédiction miraculeuse fîit faite à la mère de saint Golomban *. « Vous aurez un fils», dit aussi une voix mystérieuse au père de saint Etienne de Hongrie, « qui sera roi, du nombre de ceux que Dieu a choisis pour régner éternellement »''. Une vision fit connaître à Louis le Jeune la naissance de Philippe Auguste ^ La venue au monde de saint Lambert, évêquede Maestricht', fut aussi annoncée miraculeusement; mais le légendaire ne s*est pas borné à ce point de ressemblance avec la vie de Jésus, il ajoute que le saint prélat fut nourri du lait d'une vierge.
Voulons-nous une preuve plus forte que c'était, avec des circonstances toutes pareilles à celles de la salutation évangélique, qu'on se figurait ces diverses annonciations? Jetons les yeux sur la châsse de saint Taurin, à Évreux *° ; nous y voyons Fange apprenant à sainte Euticie son heureuse fécondité ^S rappeler par sa pose, parla baguette qu'il tient à la main, Tarchange Gabriel et le lis avec lequel on le représente com-
reproduit le songe de la mère de saint Dominique, dans la vie de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-Sulpice, dont la légende toute moderne fait annoncer ainsi la naissance à sa mère. {Vie de M. Olier, t. 1, p. 30.) On la retrouve aussi dans la vie de saint Vincent Ferrier. (Lobincau, Vv's dettninls de Bretagne.)