‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 80 sur 251 · Bollandistes, Acld scmclorum, 12 mars, p · texte numérisé non relu

Bollandistes, Acld scmclorum, 12 mars, p

ÉLéMBNTS DE l'hISTOIRË fitfiLiQUË 99

tive d*iine si longue abstinence une sorte d'orgueil de la part de celui qui s'y condamnait, nécessairement en yue de vouloir s'élever jusqu'au mérite du Sauveur. Vainement deux hommes engagent Termite Guthlac à jeûner de la sorte, le solitaire résiste à cette pensée orgueilleuse qu'on lui suggère; pour lui, ce conseil vient de deux démons et il mange aussitôt * . Lorsque saint Siméon Stylite entreprit d'imiter, dans une abstinence de quarante jours, le jeûne miraculeux du Christ, de Moïse et d*Élie, il lui fut d'abord répondu que ce serait tenter Dieu*. Toutefois cette observation n'arrêta pas les élans ascétiques du fakir chrétien, qui jeûna dès lors tout le carême, sans boire ni manger. Cependant quelques légendaires ont été plus hardis, et sans parler des diètes prolongées rapportées, — les historiens de l'époque carlovingienne ', — diètes présentées comme des prodiges, c'est-à-dire comme des faits rares plutôt que comme des miracles de dévotion, on lit, dans la biographie de certains saints, des faits qui ne demandent pas une foi moins robuste : tel est le jeûne de saint Albert, qui demeura vingt-deux ans sans prendre aucune espèce de nourriture*, et celui du célèbre Nicolas de Flue ^

Jetons maintenant les yeux sur la suite vraiment innombra ble des miracles opérés par les saints, sur la liste indéfinie des prodiges qui ont signalé leur mission. Là est accumulé tout ce que l'imagination a conçu de plus bizarre et de plus contraire à l'ordre naturel des choses et, au milieu de ce chaos de merveilleux, les miracles de l'Évangile sans cesse reproduits, sans cesse renaissants, avec chaque nouveau saint. Si celte similitude ne portait que sur des miracles qui appartinssent à des faits habituels de la vie, on pourrait attribuer au

i. Orderic Vital, liv. IV, c. 15.

1 Ribadeoeira, t. I, p. 80, 5 janv.

3. Vila Ltulovid PU (dite de l'Astronomo) , c. 37; Thegan, Ctesta Ludovici PU, ^'^^', Àmiales EginharUi, anno SUâ; Annales FuUlenses, anno8i3; Chroniques do nermann Contraclet do Martin Scot, anno 823.

*• Ribatleneira, t. I, p. 422, 7 avril.

5. Comp. sa légende donnée par Guido Gœrres et traduite en français. (Paris, mo. in-li.)

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hasard ou à la stérilité d'invention du légendaire la fréquence de ces coïncidences. Mais quand c'est dans des événements insolites, extraordinaires, au milieu de circonstances qui n'ont pu s'offrir que rarement, que ces merveilles se représentent toujours, il ne saurait y avoir de doute; il y a eu copie faite à dessein, imitation réelle.

Au nombre de ces miracles étonnants que les hagiologues n'ont reproduit qu'avec plus d'avidité, nous mettrons celui du figuier desséché, raconté par saint Mathieu et saint Marc S et dont le sens a si fort embarrassé les commentateurs de rÉvangile'. Ce miracle incompréhensible', qui nous montre Jésus punissant un arbre stérile d'une stérilité qui n'était imputable qu'à la nature ^, a été répété dans la vie de saint Éloi^; seulement l'arbre, transporté dans notre climat, est devenu un noyer. Mais, non content de cette imitation évangélique, le légendaire, craignant sans doute que le lecteur ignorant ne rapprochât pas ce fait de celui qui en était le pro-

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