Math., XXI, 19; Marc, XI
2. Ce miracle est la dernière trace des miracles empreints de l'esprit de vengeance, si opposés à l*idée que nous devons avoir de la bonté de Dieu, et qui ont à peu près disparu des Évangiles orthodoxes, tandis qu'on en rencontre encore de fréquents exemples dans les apocryphes et môme dans TAncicn Testament; telle est l'odieuse vengeance d'Élisoe faisant dévorer par des ours, survenus miraculeusement, des enfants qui n'étaient au fond coupables que d'une bien pardonnable espièglerie (IV, Rois, II, 24) . Nous lisons dans l'évangile de Thomas l'Israélite un passage qui nous semble ajouter à la probabilité que le miracle du figuier se rattachait à la pensée de courroux céleste, dont il présente lui-même un si cruel exemple. (V. Thilo, Codices apocryphi Novi Testaments c. 3, p. 283, t. I) : a Filius vero Annas scribœ, stans ibi cum Josepho et sumens ramum salicis efludit aquas quas Jésus congregaverat. Videns autem Jésus factum, hoc iratus est etdixit ei : Homo inique, impie et stulte, quanam te injuria affecenint fosssB et aquœ? Ecce nunc tu quoque sicut arbor arescas, nec afferas folia, neque radicem, neque fructum. Et statim puer ille exaruit totus. » Ces miracles, œuvres de vengeance odieuse, reparaissent en grand nombre dans les légendes du moyen âge et surtout chez les saints de Bretagne. Un seigneur refuse l'hospitalité à saint Sané, celui-ci change en lac son château et ses biens. Cf. pour de fréquents exemples, la Chronique de Balderic, lib. I, c. 24, 29: lib. III, c. 17. Les saints nous offrent constamment de ces châtiments miraculeux et terribles infligés à ceux qui ont violé le repus du Seigneur, inventions pieuses destinées à effrayer par ces punitions divines les chrétiens qui ne l'observeraient pas- Cf. Rimbcrt, Vita S. Anscharii, c. 31.
3. Cf. Strauss, Irad. Littré,l«"e éd., t. II, lr« part., p. 249.
4. « Quid arbor fecerat, fructum non afferendo? Quœ culpa arboris infecunditas? (S. Augustin, in Evangelium secundun Joannem, sermo 44.)
5. Vita S, EUgiiy lib. Il, c. 21, apud Acla tanctorwn Belgii ielecta, t. III, p. 275; et Surius, Viiœ sanclorum, 1 dcc., t. II, p. 24.)
ÉLÉMENTS DE L'bISTOIRE BIBLIQUE 101
totype, prend Ini-méme le soin de faire le rapprochement; — il observe qne dans cette circonstance, le saint évêque de Noyon agit comme le Sauveur : « Ut olim Salvator noster ad ficolneam », trahissant ainsi sa fraude pieuse qui ressort encore de ces paroles toutes empruntées à TÉvangile : <x Nun- « qoam deinceps ex te fructus nascatur in œtemum ^ » et de cette observation que Tarbre sécha aussitôt et qu'il est demeuré sec jusqu'à ce jour*.
La multiplication des pains, rapportée deux fois dans saint
Mathieu avec des circonstances presque identiques ', a fourni
aux légendaires Tidée d'une foule de multiplications, qui
toutes rappellent plus ou moins le miracle évangélique et
accusent, à des degrés différents, l'emprunt fait à la vie du
Christ ^ : c*est ce dont on pourra s'assurer en lisant les vies
de saint Jean l'Aumônier ^^ de saint Golomban *, de saint
Apollon, de saint Élie, abbé, de saint Hellon, de saint Druon,
de sainte Claire d'Assise ^, de saint Richard, évoque', de
saint François, de saint Benoît', de saint Jean-François
Régis ^^^ du bienheureux Pierre Deschaux ^S et de Jean, abbé
de Fontaines". Quelquefois, au lieu du pain, c'est le vin que
I. Cest un rapprochement que font, au reste, presque tous les légendaires, sans doute dans l'intention que nous venons d'expliquer. Dans les guérisons miraculeuses des malades, on lit ordinairement cetic formule prononcée par le saint : « In Christi Jesu Domini nostri nomine, qui quondam curavit u (suit le genre de maladie guéri par le saint et par le Christ). Ainsi, dans la cure miracuieuae, Thomme de Dieu rappelle celle accomplie par son divin maître, dont celle qu'il opère n*est que l'imitation. Cf. pour un exemple do cette formule, Verdsus, Vita iancli BumohlU p. 28.
S. « Nunquam ex te fructus nascatur in sempiternum. Et arefacta ostcontinno ficulnea. n (Math., XXI, 19.)