J. Severt. ouv. cit., t. Il, p
'. Ibidem, p. 1438.
et bien d^autres personnages reçurent aussi au nom de Jésus le don de commander aux tempêtes. Cette puissance attribuée aux saints sur les éléments prenait sa source dans une croyance populaire, ûUe des religions orientales, et qu'il n*est pas sans intérêt de rappeler en passant. Les anges qui, plus tard, ont été transformés en de purs esprits occupés à servir Dieu et à transmettre ses ordres à la terre, n*ont été d*abord que les agents personnifiés de la nature, ou, comme les représentaient les doctrines mystiques, Fâme, le principe yiyiûcateur de chaque élément. Avant que la science eût découvert que Tunivers est régi par des lois mécaniques, immuables comme TÊtre éternel dont elles émanent et dont elles expriment la perpétuelle volonté, on se figurait que c'était à Taide d*étres inférieurs à lui et soumis à ses ordres, de messagers, d'anges, en un mot, que Dieu manifestait ses commandements, dirigeait la nature ; de là, la croyance que les différentes parties du monde sont dirigées par des génies particuliers, obéissant à la Divinité. Ainsi, dans le Talmud, nous voyons que chaque astre, chaque élément a son ange : Jéhuel est le gardien du feu, Michel celui deTeau. L'archange Uriel présidait au mouvement des astres et, suivant le livre d'Enoch, c'est lui qui révéla à ce patriarche que l'année était composée de cinquante-deux semaines ^ Dans certains diptyques ', on voit au-dessus de la croix où expire le Christ, le soleil et la lune, portés chacun par un ange. Les chrétiens ont souvent représenté le soleil et la lune assistant à la mort du Christ et pleurant sur ce martyre d'un dieu. Au xiii* siècle, le soleil et la lune sont figurés sous la forme d'astres et sou-
1. y. Syncelle ; apud Fabricius, Codices pseudepigraphi Veterit Tetlatneni, 2e éd., t. I, pp. 199-203. '
2. Dans Gorl, Thetaurics veterum diptycorum, t. lU, pi. 32, on voit de chaque côté des bras de la croix des génies tenant des flambeaux et portant la main ^ leur figure, sans doute pour exprimer Téclipse au moment de la mort du Sau — veur. Les nomsdosOLot luna, écrits au-dessus de chacun d'eux, ne laissent aucurm doute sur leur signification. Spon rapporte aussi dans son Voyage une représen tation grecque analogue. Dans une peinture ruthonique du xiyo siècle, donnée par D'Agincourt, pi. CXX, et qui représente la fin du monde, on voit des anges portant sur leur tôtc le soleil et la lune.
ÉLÉMENTS DE l'hISTOIRE BIBLIQUE 105
tenus par deux anges, qui en sont comme les génies; mais aux xi*et xu* siècles, ces deux astres sont personnifiés etposés en buste, dans le champ d*un nimbe, qui est bordé de lignes onduleuses, figurant des nuages ou flammes ^ Suivant quelques pères de TÉglise, notamment saint Jean Chrysostome, et certains évangélistes apocryphes', c'est un ange qui portait rétoile qui annonça aux bergers la naissance du fils de Marie. Mais comme parmi les agents naturels, il y en a qui conservent Tordre et l'harmonie de Fensemble, tandis que d'autres semblent y apporter le trouble et la confusion, on distingua deux hiérarchies d'esprits appelés à les diriger. Les tempêtes, les vents, les pluies furent l'œuvre des mauvais génies, des démons'. Alors c'est par le nom
i. Didron, Iconographie chrétienne, p. 88. S. EvangeHum arabicum infantiœ^ c. 7.
3. Telle est la raison qui dans les Bibles historiées fait représenter au milieu des scènes de tempête, des dragons, symboles du diable, soufflant des vents impétueux. Voyez la Bible bistoriée manuscrite de la Bibliothèque Royale, no 6ft29, fol. 5. Luther lui -môme croyait que les vents n'étaient que les bons ou les mauvaisesprits. {Mémoiref de Luther, trad. Michelet, t. 111, p. 172.) Il dit ailleurs qu'il a essuyé plus de vingt ouragans provenant du diat)le (ouv. cit., p. 190). Ôans la Vie de Guibert de Nogent (liv. II!, c. tO) , on voit de même le diable exciter une tempête. Suivant la légende, lorsque saint Nicolas calma l'orage qui menaçait d'engloutir le vaisseau sur lequel il était monté, il venait de voir le diable y entrer l'épée à la main et chercher à le faire couler. Egalement dans la célèbre histoire de l'anneau de saint Marc, qui a fourni au Bordone le sujet d'un de ses plus beaux tableaux, un pécheur vénitien \it saint Marc, saint Georges et saint Nicolas apaiser la tempête de l'Adriatique, en précipitant dans les flots un vaisseau rempli de démon.<9 qui l'avaient soulevée. Dante dit en parlant de l'esprit infernal, faisant allusion à cette croyance :
Cou lo'ntelleto, e mosse '1 fumo e 'I vente Per la virtû che sua natura diede.
{Purgatoire, c. V.) ^^ Le Tasse fait dire à Ismen, parlant aux démons :
Si, voi, che le tempeste e le procelle Movete abitatordcIT ariaerranti.
(Jérusalem DéliiTée, c. XllI, 7.)
. ^int Thomas d'Âquin sanctionne, d'ailleurs, formellement ridée des tempêtes évoquées par les diables, lorsqu'il dit dans sa Somme thcologique : a Pluvia et ^^Dti et quaBcumque solo motu locall flunt, possunt causari a dœmonibus. » (Pars 1, quœst. 80, art. 2. Cf. Albert le Grand, De Potentia dœmonum.) C'est égale- J^entà cette croyance que se rattache l'usage de sonner les cloches pourcha.^ser '^orages, ainsi que le rappellent les formules employées à leur bénédiction, et QaDs lesquelles on lit : «que toutes les fois qu'elle sonnera, elle chas&era au '^'Q It» malignes influences des esprits tentateurs, les calamités des ouragans et ■^esprits des tempêtes ». Cf. Martene, De antiquis ercletiœritibuty t. Il, p. 83;
du Christ, par la force de la foi qu'on peut arrêter ces tourmentes de la iiature physique ; leur commander, c'est commander à Satan. D'après les croyances populaires, consignées dans la vie des Pères et la Légende dorée, Satan ou Beelzebuth, roi des démons, envoyait des démons évoquer des tempêtes et causer toutes sortes de maux aux hommes et il faisait flageller ceux dont il était mécontent. Car quelqu'un étant entré dans un temple d'idoles, dit Jacques de Yoragine, il vit Satan qui interrogeait les démons sur les endroits où ils avaient été. L'un d'eux se présenta et, l'ayant adoré, lui dit : « Maître, j'ai été sur mer et j'ai soulevé de furieuses tempêtes, et, faisant sombrer beaucoup de navires, j'ai fait périr beaucoup de monde x>. Et Satan lui répondit : « En combien de temps as-tu fait cela? » Le démon répondit : « En vingt jours ». Et Satan ordonna de le flageller, disant : « Comment dans un pareil espace de temps as-tu pu faire si peu de chose ?^ » Si nous voulions rapprocher ici toutes les guérisons miraculeuses offertes dans la vie des saints de celles de l'Évangile à l'imitation desquelles elles ont été supposées ou du moins racontées, il nous faudrait consacrer tout un volume à un long et fastidieux examen. D'ailleurs, quelque nombreuse que fût leur liste, ces analogies seraient peut-être moins concluantes que d'autres, attendu que les guérisons sont si fréquentes dans les hagiologies, qu'on pourrait encore ne voir dans ces points de contact que des ressemblances fortuites, faciles à s'expliquer au milieu d'une suite si étonnante de prodiges de même espèce. Toutefois, nous appellerons l'attention du lecteur sur deux miracles seulement qui, portant dans le Nouveau Testament un cachet particulier, n'ont pu se rencontrer ailleurs que par l'eflet d'une imitation préméditée. Il est dit que Jésus guérit un homme qui avait la main sèche ', maladie bizarre qui doit s'entendre peut-être
lih. 2, c. 22, 23, et une excellente notice de M. Arago sur lo tonnerre, p. 343, Ann. du Dur. des long., -1838.