‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 98 sur 251 · TYPE DE LA VIERGE MARIE · texte numérisé non relu

TYPE DE LA VIERGE MARIE

Examinons enfin le dernier des types sur lesquels ont été créées tant de légendes, celui qui mérite le plus, après le Christ, d*attirer notre attention, comme caractérisant le mieux le christianisme au moyen âge. Ce type, c'est Marie, la vierge par excellence. Marie est devenue, à partir du ix« siècle, une véritable quatrième personne de la Trinité, une divinitéfemme, comme Jésus était une divinité-homme; c'est le modèle de la beauté terrestre, la plus haute expression des créatures sorties de la main de Dieu, la reine des puissances célestes *. Partout elle est représentée avec les insignes de la royauté'. Encensée par les anges, elle est vêtue de magnifiques vêtements et le Père-Étemel lui pose sur la tête une triple couronne^. Tout le paradis retentit d'un concert de

1. Universas enim femi nas vi ncis pulchrltudioe carnis; superas angelos et archangelcts exccllentia saoctitatis {Ptalterium Virginis, Ps. 1,1. VI, dans les œuvres de ^inlBonaventure). Exaltuta super choros angelorum; ante thronum Dci, ora pro nobis (Pâ. 12;. Exceisus super Cherubim thronus ejus et sedes ejus super car- •linescœli (Ps. il2). Domina angelorum, regina mundi (Ps. 39). Regina cœlorum, l^eginaunica ccRli.(J.Trilhemius, De miracuUs B.Mariœ in Urticeo. Lib. I, c.2). Regina ttniversi (Maurttiusde Villa Probata, senne 19). — Regina cœIi,quaB Dei opes, uti proprias possidet atque dispensai. Joannes a Jesumariii, t. !II, Tractatus de amore (^Uuque Mariœ, part. I, c. 8).w Dea dearum ». — Nam si dcos sacra eloquio vocanl Don tantum supercœlestes esscntias, sed et apud nos amantissimos Dei e* niirabiles viros (Dionysius, De divini^ nominibus); cur non Dea et dea decrum» ^'rgoDeiamantissima el mirabiIissima?(Albertus Magnus, cap. 194.)Dea ecclesiœ 'l'iivvrsalis. (Joannes Mauburnensi in ro«ano, de gloria Virginis. Meiub. 5; Voyez, I^Jur tous ces titres, Hipp. Marraccy, Polijanthea Mariana, Coloniœ Agrippinas, *'*3,in-rol.

2 La Vierge est souvent représentée portant un sceptre surmonté d'une fleur, ^^tued'un voile blanc et ordinairement d'un manlenu bleu parsemé d'or, d'une 'obe rouge ou rose, flxée par une ceinture dorée. Voyez Willemin, Monwmnts de '^•"Uu moyen dge, 22e livr. et ailleurs.

3 Celle couronne esl souvent triple et comme une sorte de tiare. Corona im- '^oriaiitaiis in capite sancto suo, cujus fulgor et clarilas non extinguelur (Ps. 119). ^' S. Rupert, 1, Ili, in canticum; S. Bernard, 5e?'mone» 5, in Assumptioue Virginis. Kienn'ciit plus commun au moyen âge que les re[)résentations du couname- *"*^nt Ue la Vierge. On le retrouve dans les sculptures extérieures des églises,

louanges en son honneur \ et appui perpétuel du pécheur, elle lui sert d'intermédiaire auprès du Très-Haut. Aussi partaget-elle avec celui-ci le culte et les adorations des fidèles ; la plupart des cathédrales lui sont consacrées, et tel est Tenthousiasme que son culte inspire, que des écrivains vont jusqu*à mettre sa protection à côté et même au-dessus de celle de Jésus-Christ lui-même '.

Quoique la Vierge ne soit qu'une femme, les catholiques se sont ingérés de lui rendre un culte qui égale presque celui de Dieu ou culte de latrie. La Vierge a celui d'hyperdulie. Les saints anges et martyrs reçoivent le culte de dulie. Il y avait trois personnes en Dieu, on voulut avoir trois Marie, comme le rappellent ces vieux vers qu'on lit sur un manuscrit du temps de Henri Vil :

Anna solet dici très concepisse Marias Quas genuere viri Joachimi, Cleophas Salomeque, Ut ductere vivi Joseph, Alpheus, Zebedeus. Prima parit Christum, Jacobum secunda minorem, Et Joseph justum peperit, cum Simone, Judam ; Tertia majorem Jacobum volucremque Johannen '.

Pour arriver à une si idolâtrique conception de la créature, . la marche qui fut suivie par les esprits est la même que cell qu^avaient déjà adoptée les légendaires dans la vie des saints

comme au dôme d'Orvieto,à Notre-Dame de Paris, à Saint-Riquier, à la cathédralF^ de Chartres, dans les diptyques. Ct. Gori, Thesaurua vêterum Diptycorum, 1. 11^ j lab. 3i; dans les tableaux de Barnabe, de Modène de Raphaël, de Lanfranc, dans \m M Misài^ls et les Bibles historiées, dans les peintures des vitraux et dans les sceaux ^ de plusieurs congrogations de diTerses églises. Cf. pour ces sceaux: DugdaT ^ Monuments anglicans^ t. I, pi. S; t. II. pi. 15. l'a des auteurs des nombreusr.^ légendes de la vier^^e qui avaient cours au moyen âge dite ce sujet : a Mar^ « tertius thronus est additus... Kt nunc triplex in ciiMo regnum est ubi erat U'^.^c cum; sedet proxima IKh> mater Dei.

1. Patriarchœ et prophétie, concrepate illi laadem : concentum illi ra< apostoli. martyresque Christi «Ps. 9}. Laudate eam, cherubim etseraphim, thi et dominationes et potestates, laudate eam omnes legiones angelorum; laui earo» omnesorilinesspiritum supernorum Ps. 148».

i. « Quod IV^us imperio. tu prece. Virvo. potes. « a dit un père de T Église.

S. Wright et UalliwoU, Rtliquce antiquœ Londres. iS\\\ t. Il, p. 291.

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c^cst encore rimîtation de la vie da Sauveur. Du momen^ qu^on voulut trouver dans Marie le type de la perfection f émi. nine, on conçoit que la différence ne dut plus être bien sensible entre celle-ci et Jésus-Christ, type de la perfection virile. Il y avait identité au fond de ces deux conceptions, et il en résulta dans Topinion une assimilation à peu près complète des deux types qui furent substitués à Tidée plus grande et plus insaisissable de la divinité K

Le premier pas, dans cette dégénérescence de la conception simple et sublime de Tunité de FÊtre divin et de son immatérialité, fut la création d'histoires de la Vierge calquées sur celle de son fils. Tel parait avoir été le but des Évangiles apocryphes relatifs à Tenfance de Marie, Évangiles fabriqués pour la plupart en Orient et rapportés en Europe où ils formèrent le fond d'une foule de légendes'. Dans ces divers ouvrages, les récits de Tannonciation, de la nativité, de la circoncision, de la purification, de l'éducation, de l'assomption de la Vierge, sont les répétitions les moins équivoques des scènes correspondantes de l'Évangile '. Ainsi dans l'Évangile de la nativité de Marie et de l'enfance du Sauveur, un ange apparaît à Anne et lui dit : « Noli timere, Anna, quoniam in con-

1. On peut dire que cette assimilation fut poussée jusqu'à l'extravagance; on voulut voir jusque dans le Pentateuque les prédictions de la naissance et de la vie de Marie, comme on croyait trouver dans les prophètes celles relatives à la vie de Jésus-Christ, et Christophe de Vega va, dans sa théologie de Marie, jusqu'à trouver cette prédiction dans la Genèse : In principio creavit Deus cœlum et terraro, dit-il (h. e. Joachim et Annam, MarisB parentes). Terr • autem erat inanis et vacua (Anna sterilis et tnfœcunda) et tenebrse (h. e. afflictio et confusio) erant super faciem abyssi (h. e. super faclcm Annœ, et spiritus Domini fcrebatur super aquas (h. e. super aquas lacryroarum Année ad consolanduro eam). Dixit vero Deus : Fiat lux (h. e. Maria, virgo benedicta), et plus loin : congregatio omnium aquarum (h. e. omnium gratiarum), in Maria quam Deus \ocare voluit a mari hoc tamen discrimine, quod congregatio aquarum vocatur Maria, média corrupta (corrcpta); congregatio gratiarum Maria, média producta.

i. 11 existe à la Bibliothèque de l'Arsenal, à Paris, in-18, n« 73, un manuscrit du xve siècle environ, sur Thistoirc de la Vierge, dans le(|uel ont été rapportées, au milieu des récits evangéliques, toutes les circonstancos des Évangiles a|)ocryphes relatives à Marie. Cf. surre qui touche au culte do la Vierge, le savant ouvrage de M. Arthur Beugnot : Hiitoire de la destruction du paganisme en Occident, t. Il, p. 267 et ss.

3. C'est ce que l'on peut observer dans les principaux faits de la vie de la Vierge, représentés sur un diptyque do la collection Barberini. (Gori, 1. 111, pi. 37, p. S7.)

« silio Dei est germen tuom, et quod ex te natum fuerit erit <x in adniirationem omnibus seculis asque ad fînem » . L*ange du Seigneur se montre ensuite à Joachim qui faisait paître , les troupeaux dans les champs, il lui demande pourquoi il se tient éloigné de son épouse ; Joachim lui répond qu'il y a vingt ans qu'il habite avec elle et qu'il n'en a pas encore eu d'enfants. L'ange lui dit : « Angélus Dei ego sum, qui apparut <( uxori tuœ... hœc in templo ei erit, Dei Spiritus Sanctus « requiescet in ea et erit beatitudo ejus super omnes sanctas a feminas... ». Et il finit en ordonnant à Joachim d'aller retrouver Anne. Saisi d'une pieuse crainte, le père de Marie adore alors l'envoyé du Très-Haut. « Si inveni gratiam, ditce il, coram te, sede modicum in tabemaculo meo et benedic « me servum tuura. » — « Nolidicere servum tnum, reprend « l'ange, sed conservuni meum; unins enim Domini servi « sumus. Nam cibus meus invisibilis est et potus meus ab (x hominibus mortalibus videri non potest^ »

Dans le même Évangile', on nous montre Marie âgée de trois ans, conduite dans le temple, et là, comme Christ à douze ans, elle étonne les prêtres et les docteurs par la précocité et la supériorité de sa raison.

1. Celto dernière phrase est prise des paroles de Raphaël, dans le livre d^^ Tobie^ XII. 19: «sed egocibo invisibili et potu qui ab hominibus videri noiE'-s potest. utor. >^

2. Evangile de la Nativité deS.Marie,c.\\Hi*toriade NatiiitateMariœ et infantU^^ ^ Salvatoris, c. 3, v. 6; Prov. evangelium Jacobi minori*. c. 4. Plusieurs traits de ce-^* apocryphe» ont formé les scènes des mystères de la conception de la Viei^e qukli l'on jouait au moyen Age (Cf. Tédition imprimée au xvi« siècle, de ce mystère— i coté Y. Î31, in-K Bibl. nat.). L'abbo Orsiiii. dans son Histoire de la Mère dé n'a pas craint d'accepter toutes ces fables qui font de son livre un vérilabroman édifiant, une légende digne du xiv*- siècle, sauf le style, qui, en renda aux Ames pieuses la lecture de son livre attachante, leur fait passer facilemt par-dessus une absence complète de saine critique, même au point de v -,^catholique. Dans ces Évangiles, les histoires de la naissance d'Isaac, de }osc!^Lm^ et de Samson, n^ardées comme des fîguros du Sauveur, ont servi aussi ^ modèles uu rcK'it de la nativité de Marie. Comme Sarah et Rachel. AnneconM^^ déjà de longues années de stérilité lorsqu'elle devient mère. Le pseudo-évar.v^ ^ liste ne laisse point tn^happer ce rapprochement, dans l<?quel se montre au grr^ jour s )n inulatiou. C'est l'ange Gabriel qui dit : « Prima enim gentis vestrœ^" mater nonne usquead octo^esimum annum infti?cunda fuit?... Rachel quo ^ .3 tantum OonunoKrata tantumque a saneto Jaoob amata. diu stenlis fuit... ( m duoibus Vil forlior Sumpsone. \el s;»nrlior Samuele? Et Uamon hi ambo sl^ .^y matre'i habuero ». {th^tnq. de nat. Mariœ, c. 3.>

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L*art accélérait encore la confusion d'idées qui s'opérait parle moyen de ces légendes, entre la vie de la mère et celle du fils. Il n'y a, par exemple, qu'à jeter les yeux sur le tableau de la naissance de la vierge de MurilloS pour reconnaître tout de suite que, jusqu'au xvii*' siècle, c'était sous les traits de la nativité messianique qu'on offrait aux regards la nativité de la Vierge.

Le silence des Évangiles sur l'histoire de Marie favorisait davantage cette tendance assimilatrice, en laissant le champ libre aux imaginations enthousiastes et aux fraudes pieuses. Tous les récits, quels qu'ils fussent, pourvu qu'ils concernassent Notre-Dame, étaient accueillis avidement et reproduits aussitôt sous toutes les formes. L'Orient, où était éclose l'idée d'une Vierge-mère, était mis à contribution et tous ses mythes venaient prendre place dans les légendes de l'Occident*. Maya' et Isis étaient confondues avec Marie, et une sorte de

i Cetablean est gravé dans le Miuée de peinture et de sculpture de Revoil. 1 Philon, dont les idées curent, peu de temps dvant la naissance de Jésus, une grande influence sur les esprits des Juifs, usant d'une allégorie, a dit •

* Quand la divinité a commerce avec une âme, elle la rend vierge, do femme qu'elle était avant » {De Cherubim, II, p. 28, éd. Pfcifer). On lit dans saint Jérôme:

* Apud g^'ronosophistas Indiœ traditur quod Buddham, principem dogmatis

^rum. e latere suo Virgo generavit.» {Àdv. Joviniatium, I, p. 35.) Platon fut, dit-

^0, enfanté par une vierge, Perictione. Dans la mytholugie indienne (Bohlen,

^^, !• p. 312), une femme qui doit engendrer un dieu ou un homme divin

^'-moure souvent vierge après d'innombrables enfantements. (Schmidt, Gcschichte

^^f Ottmongolen. p. 474.) La mère de Fo, le bouddha chinois, dormant sur le

rivage de la mer, fut entourée d'un arc-en-ciel et conçut. Simon le Magicien

Passait pour être le fils d'une vierge, il dit do lui-même : a Ne putatis, quod

Seneris vestri homo sim ; neque ergo magus sum. ncque amator lunae, neque

AQlonii fliius ; ante enim quam mater mea Rachel coiivcniret cum eo, adhuc

Virgo concepit me.» {Hecogniliones démentis, upuû t*atr, Apostol., éd. Colder, 1. 1,

3. Dans la religion indienne, Maya est tout à la fois la première vierge et la Première femme; c'est aussi la première des ci oaturcs sorties du sein de Brahma, c'est-à-dire de Dieu. Elle eS>t en môme temps Tepouse de Hrahma, sous le nom fleSaraswati. Dans la doctrine, Mimansa, Maya est la mère de l'amour. Dans les idées bouddhiques. Oum, le premier-nc du Créateur, le fils que; Brahma engendra avant le temps, le premier nom que proféra sa bouehe (le Verb<>), est fils de Maya. Celle-ci se confond avec Pracriti (la Bonté;, qui est unie à Brahma par Prana, le souffle divin, la respiration de Dieu, l'esprit. Il est extrêmement singulier de retrouver un type si analogue à la Vierge, dans une religion bien antérieure au Christianisme, tandis que les Juifs ne possédaient aucune doctrine d'une Viei^e-mère. On conçoit aisément que les chrétiens se soient mépris au point de croire que Maya était véritablement la Viergii Marie (Maria), dont la légende avait été apportée aux Indes par saint Thomas. Cf. E. Moor, the Hindu

syncrétisme profane s'opérait au sein de la foi la plus orthodoxe et la plus chrétienne ^

Ainsi) la Vierge, qui jouait à peine un rôle dans la théologie des premiers siècles delà foi ', et qui s'était élevée insensiblement jusqu'au niveau du Créateur', devint à son tour un modèle proposé à l'humanité, mais particulièrement aux femmes et aux vierges. On représentait la Vierge comme ayant souffert, au pied de la croix, un crucifiement moral : « Plane juxta cracem Jesu stabat Mater, cujus mentem dolor crucis simul crucifigebat, suamque ipsius animam tam multiplex pertransibat gladium, quantis confossum corpus filiicer-

Pantheon, pi. 59; Creuzer, Religions de l'Antiquité, trad. Guigniaut, 1. 1, pp. 156, 268, 270 et 271, note.

1. Dans le poème qu'à la fin du xiiie siècle, Conrad de Wurtzbourg composa en l'honneur de la Vierge, on trouve plusieurs allusions è Marie la Noire, qui. n*est évidemment qu'Isis, et au culte du soleil et de la lune qui se rattachaient, dans la mythologie égyptienne, è Osiris et à son épouse. Certains passages portent môme empreint lo cachet irrécusable d'une origine orientale. Tel est celui où il est dit que TEsprit-Saint s'abat, durant la nuit, dans le sein d'une fleur qui croit aux bords de la mer, et s'y endort, comme Brahma endormi dans la fleur du lotus qui flotte sur les eaux. Cf. Bohlen, dot Alterthum Indiens, 1, 195. Cf. aussi Dupuis {Origine de tous Us cultes^ t. IV, p. 197 et ss., éd. Auguis), pour les idées astronomiques qui se rattachent à la Vierge. Néanmoins on devra consulter avec beaucoup de défiance ce savant, mais systématique écrivain. Au moyen âge, dans les représentations zodiacales qui décorent un grand nombre d'^lis^, et notamment Notre-Dame de Paris, la Vierge, signe céleste, est constamment confondue avec la Vierge, mère de Jésus.

2. C'est dans saint Grégoire de Nazianze que l'on trouve le premier exemple d'une invocation à la Vierge, et c'est une femme, une vierge, sainte Justine martyre, qui adresse ses prières à la mère du Sauveur. (Opéra., t. I, p. 279.) Prudence, qui nous a laissé tant d'hymnes sacrées, ne nous en a pas laissé une seule en l'honneur de la Vierge. Voir, sur l'histoire de l'établissement graduel du culte de Marie, Augwati, Denkwàrdigkeiten aus der €hristlichen Archâologie(Lii'tp~ zig. 1820), t. III, p. letss.; Siegel, Hanilbucfi der Christlichen-KircfiUchen Altère-' thûmer (Leipzig, 18.Y7), art. Maria, p. 318 et ss.); Rheinwald,^'e Kirchlidie Arckào^ logic (Berlin, 1880), p. 233.

Dans les premiers siècles s'était élevée la secte des Marianites, qui disaient que Marie était une divinité : Trjv Map^av iiç Os^av oua^av avayoumv xai ^aoiv àuTTjv £iç 6'jpavov avsiXTJ^Oai. (Joseph Hypomnestreun..., apud Fabricius, Codex pseudepigr., t. Il, 1. 2, p. 317. Cette dernière phrase tendrait à faire croire que Topinion générale n'admettait pas Marie au ciel.

3. C'est à partir du concile d'Éphèse, ti'nu en 431, que les chrétiens ont commencé à représenler la Vierge, non plus comme un personnage historique, litre auquel elle figure dans les bas-reliefs des sarcophages des catacombes, par exemple dans l'Adoration des Mages, mais comme un sujet isolé, comme un type sacre. Les plus anciennes de ces images se voient à Rome, dans les églises de Santa-MariaMaggioro,Santa-Mariadel Popoloet Santa-Maria in Aracœli.(Gf.J.6a»nage, Histoire (le l'Église, 1. 19, c. 15, 1; I. 20, c. 3 et ss.; Buonarotti, Osservajsûmi sopra alcuni vasi di vetro., tav. i, fig. 2 et 3, p. 10; Ciampini, Vetera Monw menta, part. I, c. 22, p. 205; part. II, c. 24, 2G, 28, p. 142, 151, 157.)

ÉLÉBfBNTS DE L^HISTOIHfi Bl&LIQUÊ l2d

nebat Tulneribas ^ Celles-là avaient atteint le plas haut degré de sainteté, qui s'étaient rapprochées davantage de Marie', et plus d'une vie de sainte eut comme son patron dans la légende de Notre-Dame. Ce culte nouveau rencontra naturellement dans le sexe une ferveur et un enthousiasme qui s'expliquent, non seulement par la disposition mystique qui le caractérise, mais aussi par une sorte d'orgueil d'avoir aussi, elles femmes, une divinité de leur espèce, de leur nature '; car l'idée de virilité s'attache, comme malgré nous, à Dieu. Chez les hommes, nne autre raison accrédita la dévotion à Marie. Les idées de chevalerie, la religion d'amour et de ûdélité qui en était le trait distinctif , répandaient en même temps le culte de la Femme-Dieu ^ . Suivant Didron*, non seulement les artistes grecs auraient contracté l'usage de substituer, dans la représentation des scènes de l'Ancien Testament, Jésus-Christ à Dieu le Père ; mais encore la Vierge et l'Enfant Jésus à Dieu. On lit, ajoute-t-il, dans le manuscrit de Panselinos, intitulé : 'Epur,v£ia tÇjç Zcoypaçtx^c (partie II), cette prescription pour représenter Moïse : « Moïse déliant sa chaussure, autour de lui des brebis ; devant Moïse, le buisson ardent, au milieu et sur le sommet duquel la Vierge et son enfant ; près de Marie, un ange regardant du côté de Moïse ». Si un sexe était fier de voir la protectrice du genre humain dans une créature qui lui avait appartenu, l'autre

1. Guericus. Sermo m Assumptionem B. Virginis. Paris, 1539. in-12, p. 169. 1 «Imitamini eam, sanclœ virgines Dei, ut imitatae sunt Agnes, Barbora, Doro* theaetCatharina. » {Ptalterium Virginù; apud S. Bonavcnt., Opéra, t. VII, 1. 6.) Ces quatre vierges et saintes occupaient efToctivcment le premier rang parmi les Twrges béates; on les rencontre constamment sur \cs vitraux des églises.

I. Cf. KIoden, Zur Gesrhichte der Marietiverehrung, besondei's im lelzlen Jahrhunderte vor der Re formation, in der Mark Brandenhurg und Lausitz, p. 5 (Berlin, 1840, in-8*).

4, Cf. Mîchelet, Histoire de France, t. II, p. 301. « Dieu changea de sexe pour

ainsi dire, dit ce spirituel historien; la Vierge devint le dieu du monde, elle

envahît presque tous les temples et les autels. » C'était la statut tte do Marie quo

Tcmpereur Andronic II mit dans sa bouche, en guise de viatique, au moment

d'expirer. Voyez, sur Tenthousiasmc qu'inspirait Notre-Dame au moyen âge et

(a foi qu'on avait en son culte les diverses légendes piousos. et notamment le

Recueil des Miracles de Notre-Dame, publié par MM. G. Paris et U. Robert, et

qui forme sept volumes de la Société des anciens textes français.

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