iconographie chrétienne^ p
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trouvait je ne sais qaoi de touchant et de doux, à mettre sa force et son courage sous Tappui d'un être semblable à celle pour laquelle il faisait profession de combattre et de mourir.
La quantité de miracles, qu*au moyen âge on attribuait à Tintercession de la Vierge, est innombrable ^
Nous venons de développer un des principes fondamentaux de ce que Ton pourrait appeler, si Ton ne craignait pas de forger un mot trop barbare, la légendogonie. C'est aux légendes des saints que s'applique cette théorie. Cependant qu'on ne circonscrive pas toujours, à cette classe seule, le mode d'exégèse que nous avons exposé. Cette imitation de la Bible se retrouve encore, quoique rarement, dans la vie des personnages célèbres qui n'ont point un caractère spécial de saineté. D'où cela provient-il? C'est que dans les premiers siècles de barbarie il y avait infiniment moins de distance qu'aujourd'hui entre Tillustration sacrée et l'illustration politique et guerrière. Le saint était un grand homme, et ses vertus n'étaient souvent autres que des hauts faits civils et militaires ' : témoins Charlemagne et Alfred le Grand. Alors on ne s'était point encore habitué à séparer le ciel de la terre, à établir, entre ce qui est digne et noble, une distinction d'avec ce qui est bon et saint. Dans les idées du moyen âge, il existe entre Dieu et l'univers une véritable solidarité. Partout où il y a succès et triomphe, vertus et puissance, là est la divinité qui agit et protège, qui manifeste sa présence par des prodiges et répète au profit de ses élus, de sesbien-aimés, les miracles qu'elle opé-
1. Voyoz mss. de la Bîbliolhèque nationale, n» 7018, fonds Lancelot.
3. Nous citerons à ce sujet les paroles mômes de J.-J. Ampère, dans sou tntére.ssante Histoire littéraire de France, t. II. p. 3^1 : « Sauf les misi«ioonaires, dit-il, les saints sont pris, en général, parmi les hommes auxquels la conquête livre le pays et l'église; ce sont eux qui nrrivent aux dignités île l'État et |Kir suite à cette haute dignité (|ui est la s.mclincation. Il serait trop long vl trop fatigant d'énumérer les noms propres que l'on peut citer à l'appui «le celte assertion; mais on peut remaniuer que les vies des saints de cette époque commencent presque toutes par cette phrase: u 11 était de noble extraction; Il exerça « des fonctions élevées, mais il fut «Micore plus illustre par sa piété». La dernière partie de la phrase n'est pas toujours aussi exacte que la première, car on surprend très souvent, dans le légendaire, l'intention de couvrir d'un voile ce qu'il y a de peu édiQant et souvent tout ù fuit barbare dans la vie politique du héros.
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rait jadis en favear du peuple d*Israël. Plus tard, le clergé apprit mieux à distinguer les vertus chrétiennes des vertus guerrières, des talents politiques. Les grands capitaines cessèrent d*être des saints et Ton alla chercher ceux-ci dans des conditions plus humbles, moins en butte aux passions humaines. Cest cette idée qui faisait dire spirituellement à je ne sais plus quel vieil auteur, en parlant du cardinal de Lorrame presque canonisé par son parti : « qu'il y avait longtemps qu*on ne voyait plus de saints de si bonne maison ».
Passons rapidement en revue quelques exemples de la ressemblance qu'offrent certains traits des légendes avec des passages de rÉcriture. Disons tout de suite qu'une cause nouvelle a dû augmenter aussi ces rapports, c'est l'usage de puiser dans la Bible des sujets de comparaison historique. La comparaison menait à l'assimilation. Les annales des guerres de religion fourmillent de ces images de la victoire empruntées aux livres saints. Chaque verset d'un psaume ou d'un prophète est une prophétie dans laquelle les partis trouvent décrits leur triomphe et l'accablement de leurs ennemis ^
Le récit de la conversion de Clovis a son origine dans le miracle de celle de Constantin ^. Saint Bernard apparaît à Amaurj', roi de Jérusalem, et lui présage le succès : cr Roi, confie-toi dans ce signe, tu vaincras », lui dit-il \ en lui montrant la croix. Tous ces mythes trouvent une explication facile dans l'idée de victoire morale attachée à la croix *, victoire qui a été entendue dans le sens matériel.
1. Voyez pour un exemple deces comparaisons: Baronius, Annalt's eccleniastici, cum critice Pagii, t. X, p. 5i3 (1741, In-f») et Vincent doJBcauvais, Spéculum ^Uiriale, lib. XXVl, c. 44 (De miraculosa Victoria Christianorum ex Saracenis).
i Nicéphore, I,7,c. 59, et Suiceré, TUesaunuecdesicuticus, un molÇTaupo;, no 3.
î. Vie deiaint Bernard, par Guillaume do Saint-Tliicrry, liv. V, c. 3, 1. 2.
^' Vicit Christus orbom terraruin, subjecil omuos potestatos, siilguynvit n-j^rs nonsupcrbo milite, sed irrisa'cruce. (S. Auj^usliu, Sermo 63, De divers! s ) Non t^si cliqua armatura tam fortis, ncc sagitta tam aruta et terribilis siriil si^nuiii S* Crucis (JAomaJ a iTempûf p. 3, 1. 1). Crux priocipum honor, roginn pohMitiu, *>«niducum Victoria. (S. Andréas ('rel.Orah'o i/t é?jrt/(aïionem. s. r/itrM.^L'epiKra- Phie chrétien ne fournit beaucoup d'inscriptions analogues à celle-ci :
Ite viri, pugnate loves et vincite fortes: Crux Christ! vincit, praovalet, arcet, ovat.
(Menologinm S. Francigri, l«"r orlobre. p. 1899.)
Une colonne de feu, sortie de la cathédrale de Poitiers, guida, comme celle des Israélites, Tarmée de Glovis K Le miracle de Josué se renouvelapom*Gharlemagne combattant les Sarrasins '; celui de la prise de Jéricho est reproduit à celle de Garnopole par Roland'. L'eau jaillit dans un lien désert au siège de Loroux, pour abreuver l'armée de Philippe Auguste*, poursuivie par la soif, comme la fontaine qui coula du rocher, sous la baguette de Moïse. Dans la vie de Rollon, premier duc de Normandie, ce songe, que tous les officiers s'efforcent vainement d'interpréter et qu'un prisonnier chrétien peut seul expliquer, est pris du songe de Pharaon et de l'histoire de Nabuchodonosor '^ . A la mort de Charles Martel^, de Gharlemagne ^, de Louis le Débonnaire ^, des événements extraordinaires rappellent ceux qui annoncèrent au monde la mort du Sauveur, et ces prodiges étaient répétés par l'imagination des croisés, lorsque, entrant dans Jérusalem, en proie à une crainte, à un respect religieux, ils pensaient voir se renouveler dans les lieux saints tous les miracles qui s'y étaient naguère passés '.
Ainsi tous les écrits du moyen âge nous apportent la preuve de cette préoccupation exclusive qui poussait les esprits vers