‹ Crustacés décapodes (Sergestides) provenant des campagnes des yachts Hirondelle et Princesse-AliceChapitre 2 sur 77 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les Crustacés dont il est question dans ce travail appartiennent à la famille des Sergestidæ. Ils comprennent la totalité des matériaux, appartenant à cette famille, qui ont été recueillis au cours des croisières de S. A. S. le Prince de Monaco depuis leur début en 1885, jusqu'en 1915.

L’aire spécialement explorée s'étend à l’ouest des côtes occidentales de la France, de la Péninsule ibérique, du Maroc, et, dans la Mer des Sargasses, jusque vers la pointe sud-est du grand Banc de Terre-Neuve ; elle comprend aussi les Canaries, les Acores, la Fosse de Monaco, et la Méditerranée occidentale, c’està-dire la moitié orientale plus chaude de l'Atlantique tempéré (avec la Méditerranée occidentale).

Cette région sera fréquemment nommée, dans les pages qui suivront, aire de Monaco. En outre,le Prince a fait un voyage à la Nouvelle-Écosse et à New-York, un autre sur les côtes nord-ouest de la France jusqu’en Angleterre, etc, un troisième aux îles du Cap-Vert, et au sud-ouest de ces îles jusqu’à 12° lat. N. environ. Les spécimens de Sergestidæ capturés au cours de ces voyages, spécimens relativement peu nombreux, sont également étudiés ici.

? Traduction de M. H. Coutière.

ENRE

Les Sergestides sont généralement et avec raison divisés en deux sous-familles, Sergestinæ et Luciferinæ, la première comprenant quatre genres pour toutes les mers connues, la seconde un seul genre. Trois seulement de ces cinq genres, Sergestes H. M.-Edw., Petalidium Bate, Lucifer Vaugh. Thomps., sont connus dans l'Atlantique au nord du tropique du Cancer, et aucune espèce des deux autres genres, Sicyonella Borrad. et Acetes H. M.-Edw., n'a jamais été trouvée dans l’Atlantique tempéré, aü moins dans sa moitié orientale. Les matériaux collectés par le Prince comprennent presque toutes les espèces recueillies dans cette portion de l'Atlantique par les autres expéditions réunies, soit 15 espèces de Sergestes, 1 espèce de Petalidium et 2 espèces de Lucifer. J'inclus en outre dans ce mémoire une espèce non représentée dans les collections du Prince, mais qui a été trouvée près des îles du Cap-Vert par 17° de lat. N., soit en tout 16 espèces de Sergestes.

La faune des Sergestides adultes de l'Atlantique nord est assez bien connue pour que cette collection ne renferme aucune espèce nouvelle, mais à un autre point de vue, d’ailleurs le plus important, le matériel recueilli est de la plus haute valeur en ce qu'il renferme des milliers de spécimens. Si une grande partie est composée soit d'adultes des deux sexes, soit de spécimens immatures, plus de la moitié, sans doute, consiste en larves de Sergestes. Pour 13 espèces, les Mastigopus sont représentés, parmi ces larves, toujours par un, et généralement par plusieurs stades ; pour 5 espèces, les deux stades Acanthosoma sont présents, alors que ces curieuses larves n'étaient connues jusque là que pour trois espèces, et d’ailleurs en partie mal décrites. De sorte que le plan original du travail, conçu de façon plus restreinte, s'est peu à, peu élargi pour diverses raisons, jusqu’à tendre vers une sorte de monographie. Les matériaux étudiés ne comprennent pas seulement, pour les adultes, les petites espèces de surface, mais aussi celles de taille modérée, ou relativement très grande, qui habitent les profondeurs, (plusieurs centaines à un millier ou peut-être plusieurs milliers de mètres) et ne sont jamais où presque jamais capturées près de la surface. Grâce à ces précieux spécimens, bien des détails de structure aussi riches que variés, touchant de nombreux caractères spécifiques, ont pu être étudiés plus à fond. Quant à la très abondante collection de formes larvaires, elle est la condition, nécessaire et suffisante, pour la connaissance du développement post-embryonnaire. On a pu, pour la grande majorité des espèces, descendre de l’état adulte à celui du spécimen immature, de celui-ci au Mastigopus âgé, puis au jeune et au très jeune Mastigopus, enfin, dans quelques cas, même jusqu'aux Acanthosoma, la distinction entre différences spécifiques et différences dues à l’âge des spécimens ayant toujours été possible.

Pour rendre la tâche aussi complète que possible, quelques spécimens provenant de deux autres sources ont été décrits également. Entre autres une espèce des plus intéressantes (avec des organes lumineux très développés et nombreux),

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recueillie par l'expédition du T'ALISMAN, représentée par un nombre considérable de spécimens, et que j'ai décrite récemment. Les collections de Monaco . ne contenant de cette espèce qu’un seul spécimen mutilé, ce sont ceux du T'ALISMAN qui ont servi à la description et à la figuration des deux sexes.

Deux larves seulement de Sergestes Edwardsii Kr. se trouvent dans le matériel examiné, car l'espèce est rare dans la zone tempérée septentrionale ; en conséquence, je me suis servi des adultes et des larves de cette espèce, provenant de l'Atlantique tropical, qui appartiennent au Muséum de Copenhague. Il en est de même pour Sergestes diapontus Bate des îles du Cap-Vert, qui ne figure pas non plus dans les collections de Monaco, et que j'ai figuré et décrit d’après des spécimens du Muséum. Pour Petalidium obesum Kr., la collection de Monaco ne comportant que des adultes, sans aucun dent larvaire, ce sont encore deux stades larvaires du Muséum danois qui m'ont servi.

Le présent travail peut donc être considéré comme une ba dehie des formes de Sergestes et de Petalidium habitant l'Atlantique tempéré septentrional et les îles du Cap-Vert. Pour des raisons qui seront données dans le chapitre consacré aux Lucifer, il m'a paru inutile d’agir de même pour les deux seules espèces du genre, d’ailleurs bien connues.

Il ne sera pas sans intérêt d'exposer ici une vue des connaissances actuelles sur le sujet. Il est peu probable qu'on découvre jamais, dans l’aire de Monaco, quelque espèce de Sergestide y vivant constamment, et qui ne soit pas décrite dans ce travail. Mais sur le développement de ces formes, il reste beaucoup à voir : Brooks (1882) a élucidé le mode entier de développement de Lucifer Faxonii Borrad., décrivant et figurant les stades Métanauplius, Protozoé, Zoé, Mysis (Acanthosoma) et suivants ; Wasserloos (1908) a suivi celui de Sergestes arcticus Kr., qui semble débuter par un stade Protozoé. La collection de Monaco ne comprend aucun Métanauplius et seulement quelques larves aux stades Protozoé ou Zoé, d’ailleurs indéterminables. Il importe de souligner expressément que notre connaissance des petits ou très petits stades Acanthosoma, Zoé ou Protozoé ne peut guère résulter des expéditions océanographiques ; elle serait bien plutôt le fait d’un zoologiste qui passerait aux Canaries, par exemple, quatre ou cinq mois au moins et recueillerait, à bord d’un simple canot, un tel matériel ; par ce moyen, on pourrait avoir en quantité les très jeunes larves d’un petit be d'espèces, qu'il serait possible de déterminer ; peut-être pourrait-on les observer vivantes assez longtemps pour suivre deux ou trois stades de leur développement. Sur les 19 espèces décrites dans ce travail, le stade Acanthosoma est inconnu pour 12 d’entre elles, le stade Mastigopus pour 4 seulement. Malgré ces lacunes, ïl faut dire cependant qu’à importance égale, aucune autre famille de Décapodes de l'Atlantique tempéré n’est aussi bien connue à ce point de vue du développement.

Si nous connaissons probablement toutes les espèces de D rnuie vivant

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