‹ CrustacésChapitre 50 sur 53 · TRILOBITES · texte numérisé non relu

TRILOBITES

(Planche 80.)

Dans le voisinage des Limules et des autres entomos-

tracés pourvus d’un grand nombre de pieds, se rangent,

dans l'opinion de l’un de mes confrères à l’Académie

royale des sciences, M. Alexandre Brongniart, et de di-

vers autres naturalistes, ces singuliers animaux fossiles,

confondus d’abord sous la dénomination générale d'En-

tomolithe paradoxal, désignés aujourd’hui sous celle de

Trilobites, et dont il a donné une excellente monogra-

phie enrichie de très bonnes figures lithographiées (1).

Ïl faut, dans cette hypothèse, admettre comme un fait

(x) M. Eudes Deslongchamps, professeur à l’Université de Caen, M. le comte de Rasoumowski, M. Dalman et quelques autres savans, ont publié depuis de nouvelles observations sur ces fossiles. M. Victor Audouin, embrassant avec ardeur l’opinion de M. Brongniart, a combattu, dans un mémoire particulier, celle que j'avais émise à

cet égard, et d’après laquelle je les rappro-

chais des oscabrions. Le plus essentiel de la difficulté était de constater lexistence des pattes, et c’est ce qu’il n’a point fait. Quant à l’application de sa théorie du thorax des insectes aux trilobites, elle me paraît d’autant plus douteuse que, suivant ma manière de voir, les premiers anneaux de abdomen des insectes représentent seuls le thorax des

crustacés décapodes.

positif, ou du moins très probable, l'existence d'organes locomotiles, quoique, malgré toutes les recherches, on n'ait pu en découvrir de vestiges (1). Supposant, au contraire, que ces animaux en étaient dépourvus, J'ai pensé qu'ils venaient plus naturellement près des Oscabrions, ou plutôt qu'ils formaient la souche primitive des animaux articulés, se liant, d'une part,avec ces derniers mollusques, et d'autre part, avec les crustacés ci-dessus, et même avec les Gloméris (2), dont quelques trilobites, tels que les Calymènes, paraissent se rapprocher, ainsi que des Oscabrions, en ce qu'ils pouvaient prendre aussi, en se contractant, la forme d’un sphéroïde. Depuis la publication du travail de M. Brongniart, quelques naturalistes

n'ont point partagé son sentiment, et ont, en tout ou en

(x) Parkinson (Outlines of Oryctology }, lité, de ces derniers insectes, des typhis et

croit cependant en avoir aperçu , et soupconne qu’ils sont onguiculés. Voyez aussi V'Entomostracite granuleux, Brong. Trilobites, 1x, 6.

(2) Premiéreédition de cetouvrage, tom.

LIT. pag. 150 et 151, Aucun branchiopode connu ne se contracte en manière deboule.

Ce caractère n’est propre, dans la classe des crustacés, qu'aux typhis, aux sphéromes, aux tylos, aux armadilles ; et parmi les insectes aptères, qu'aux gloméris, genre qui est à latèête de cette classe, et qui laisse entre lui et les derniers crustacés un vide considérable, Les calymènes se rapprochent

évidemment, à l’égard de cette contractibi-

des sphéromes ; mais il ne paraît pas que l’extrémité postérieure de leur corps soit pourvue d’appendices natatoires latéraux, caractère négatif qui les éloignerait des sphéromes, mais les rapprocherait des armadilles , et surtout des tylos, dont le dessus des segmens thoraciques est divisé en trois.

L’examen d’un individu bien conservé n’a convaincu qu’ils avaient, de mème que les limules, des yeux adossés à deux élévations, et dont la cornée était granuleuse ou à facettes. Sous le rapport de la non-existence d’antennes supérieures, ces mêmes trilobites auraient encore une nouvelle affinité avec

les limules.

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CRUSTACÉS TRILOBITES. Pl

parte, adopté le mien; d’autres hésitent encore. Quoi ,. e . L . LA [A À .

qu il en Soit, CES animaux paraissent avoir été anéantis

par les antiques révolutions de notre planète.

Si l’on en excepte un genre hétéromorphe, celui d’4gnoste, les trilobites ont, de même que les limules, un grand segment antérieur en forme de bouclier, presque demi-circulaire ou lunulé, et suivi d'environ douze à vingt-deux segmens (1), tous, hormis le dernier, transversaux , et divisés, par deux sillons longitudinaux, en trois rangées de parties ou de lobes, et de là l'origine de la dénomination de trilobites (2). Ce sont, pour quelques

savans, des Æntomostracites.

Le genre AGNOSTE (AGNOSTUS, Brong.) est le seul dont le

(1) Il semblerait que dans divers trilo- rapport, très remarquable. Ses lobes latébites, etparticulièrement dans les asaphes, raux forment des sortes de lanières très le corps se compose, non compris le bou- longues et allant en pointe. Les pattes des clier, d’une douzaine de segmens bien déta- nymphes des cousins sont en forme de lames chés sur les côtés, et d’un autre formant le allongées, aplaties, sans articulations, terpost-abdomen ou une queue, triangulaire minées par des filets, et repliées sur les ou semi-lunaire, n’offrant que des divisions côtés. Elles sont dans un état rudimentaire, superficielles, et qui ne coupe pas ses bords, et peuvent être analogues aux divisions la- Dans les paradoxides, au contraire, les térales de cette espèce de trilobite voisine lobes latéraux se terminent par des prolon- des paradoxides. gemens aigus bien prononcés, et on en compte bien vingt-deux. Une espèce de tri- (2) Les squilles, divers crustacés amphilobite, dont M. le comte de Rasoumowskyÿ podes et isopodes, ont aussi plusieurs de a fait mention dans son Mémoire sur les fos- leurs segmens divisés en trois par deux lisiles (Annal. des scienc. nat., juin 1826, gnes enfoncées et longitudinales; mais ces

pl. xxvux, 11), et qu'il présume devoir lignes sont plus rapprochées des bords, et

constituer un nouveau genre, est, sous Ce ne forment pas de profonds sillons.

corps soit demi circulaire ou réniforme (*). Dans tous les autres genres , il est ovale ou elliptique, et offre les caractères généraux que nous venons d’énoncer.

Les CALYMÈNES (CALYMENE, Brong.)(*) se distinguent de tous les autres trilobites, par la faculté de pouvoir contracter le corps en boule, et de la même manière que les sphéromes, les armadilles, les gloméris, c’est-à-dire en rapprochant en dessous les deux extrémités de leur corps. Le bouclier, aussi large ou plus large que long, présente, ainsi que dans les asaphes : et les ogygies, deux éminences oculiformes. Les segmens ne débordent pas latéralement le corps, sont réunis jusqu’au bout, et le corps se termine postérieurement en une sorte de queue triangulaire et allongée.

Dans les AsapHEs (Asapaus, Brong.) (°), les tubercules oculiformes semblent présenter une paupière ou sont granuleux ; l'espèce de queue qui termine postérieurement le corps est moins allongée que dans les calymènes, et soit presque demi-circulaire, soit en forme de triangle court. (1)

Le bouclier des ocyeres (ocyera, Brong.) (*) est plus long que large, avec les angles postérieurs prolongés en manière d’épine. Les éminences oculiformes n’offrent ni paupière ni granulation. Le corps est elliptique.

Ces éminences , ayant l’apparence d’yeux, n'existent point ou ne se montrent point dans le genre PARADOXIDE (PARA- DOXIDES, Brong.) (*). Les segmens, ou du moins la plupart

(1) Dans l’asaphe de Brongniart, décrit se diriger en arrière, comme dans les autres et figuré par M. Eudes Deslongchamps, les espèces, sont recourbés,

angles postérieurs du bouclier, au lieu de

(a) PI 80, fig. 6,6 4. (6) PI. 80, fig. 1,14, 14. (c) PL. 80, fig. 2, 3. (d) PL. 80, fig. 4.

(e) PI. 80, fig. 5.

d’entre eux, débordent latéralement le corps, et sont libres à leur extrémité latérale.

Tels sont les caracteres des cinq genres établis par M. Alexandre Brongniart, et que l’on pourrait distribuer en trois groupes

principaux : les réniformes (le G. agnoste), les contractiles

(le G. calymène) et les éfendus (les G. asaphe, ogygie et

paradoxide).

Nous renverrons, quant à la connaissance des espèces et de leurs gisemens, au beau travail de ce célebre naturaliste, qui, à l'égard des crustacés fossiles proprement dits, ou bien reconnus pour tels, s’est associé l’un de ses premiers élèves et correspondant de l’Académie des sciences, M. Anselme-Gaétan Desmarest, souvent cité par nous, tant pour cette partie que pour son ouvrage sur les crustacés vivans. D’autres savans ont proposé, à l'égard des trilobites quelques autres coupes génériques; mais, devant me borner aux considérations les plus générales, je m’arrête à celles que nous présente le meilleur ouvrage que nous ayons encore sur ces singuliers fossiles.

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