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CROQUIS

ROUAULT

Quelquefois, M. Rouault apaise ses fureurs par des Figures décoratives pour céramique; par un Baptême du Christ , humble et naïf; par des statuettes vernissées ; par des médaillons et par d’extraordinaires effigies pour une suite d’assiettes.

C’est, en somme, un ancien Fauve qui a des goûts très divers. Ne nous en plaignons pas. Il déchire ainsi toutes les catégories de ses concitoyens, y compris les honorables notaires et les intègres magistrats.

Ah! quel magnifique peintre pour des vitraux d’Eglise, si les Évêques et les Archevêques savaient!...

ROUSSEL

ROUSSEL (K. -Xavier), né à Metz, en 1866. Expose au Salon des Indépendants et au Salon d’Automne.

M. Roussel habite à l’Etang-la-Ville. Pour lui, ce plaisant pays, c’est toute l’Arcadie, la Béotie et aussi les Cyclades.

Tous les maraîchers, tous les paysans et toutes les paysannes, ce sont, à sa volonté, des Faunes, des Nymphes, des Vénus, des Apollons ou des Hercules. Se promène-t-il par les champs, au travers des halliers; s’attarde-t-il près d’un bouquet d’arbres ou d’une flaque d’eau; et voitil un homme, une femme, ou des hommes et des femmes, occupés à des travaux rustiques ; vite, il les déshabille, par la pensée, et il en tire des sujets pour ses toiles mythologiques.

Ce rêve d’Arcadien est divertissant; et il doit

ROUSSEL

être assurément d’une entière douceur, car M. Xavier Roussel n’a jamais voulu en connaître un autre.

Un ivrogne même, ramené par des amis Vers son logis, compose pour M. Roussel — si odieux que soit ce spectacle! — Le Triomphe de Silène. Un paysan bourru, très sale, a-t-il saisi à pleins bras une maiitorne, voilà tout préparé V Enlèvement d’Europe. Un borgne devient Polyphénie; un bossu, Esope.

Tout le pays d’Etang-la-Ville contribue ainsi à donner à M. Roussel des images toutes faites — après une facile transposition. Et je ne suis même pas assuré que le garde champêtre du pays, l’instituteur, le maréchal-ferrant et la fille de l’aubergiste ne lui servent point de modèles immédiats.

J’envie cette heureuse disposition d’esprit. Et que l’on ne vienne pas dire que cela est ainsi parce que M. Roussel s’en tient, en somme, à des sortes d’esquisses agrandies d’Ecole! Car, esquisses, non pas; mais tableaux, au contraire, vrais tableaux !

Oui, il faut savoir que M. Roussel s’attarde à

CUBISTES , FUTURISTES ET PASSÉISTES

couvrir de couleur ses toiles. 11 les prend et il les reprend. Il ne les lâche que lorsqu’un véritable et épais émail fixe, avec une délicieuse imprécision, il est vrai, les masses des arbres, des terrains, des figures et même des ciels. Nul ne consomme plus que lui des tubes de couleur, pas même M. Boldini; mais, alors que ce dernier laisse le flux couler, M. Roussel le retient captif et l’oblige à se déposer sur tous les détails de son tableau.

M. Roussel, on le voit, a raison de rester obstinément à l’Etang-la-Ville, et d’y peindre, en grand peintre-décorateur, sans se soucier de toutes les révolutions actuelles qui convulsionnent la jeune Peinture.

SEGONZAC

SEGONZAC (André Dunoyer de), né à Boussy-Saint- Antoine (Seine-et-Oise), le 6 juillet 1884. Expose au Salon des Indépendants et au Salon d’Automne.

Nous avons vu, coup sur coup, de ce peintre des dessins superbes. Des dessins d’un haut style et de ce trait cursif qui a la précision delà pointe-sèche, avec une étonnante souplesse en plus. Ce fut pour nous un enchantement.

Les actuelles et rares peintures de M. de Segonzac sont, au contraire, d’une lourde pâte; mais combien elles dépassent fes peintures du même peintre que nous vîmes, il y a quelques années. Parmi ceux que la peinture claire oppresse, M. de Segonzac est, avec Derain, un des plus vifs espoirs de cette peinture saurée, redevenue à son tour révolutionnaire.

M. de Segonzac, dans ses paysages également,

CUBISTES , FUTURISTES ET PASSÉISTES

témoigne maintenant d’une vraie distinction. C’est de la peinture d’une noblesse qui semble fort naturelle. Au début de la réaction tout indiquée contre la peinture claire, M. de Segonzac, comme Derain, comme d’autres peintres, s’égara. S’étant remis sur la bonne route; je veux dire ne voyant pas systématiquement les criailleries et les futiles raisons de peindre autrement que Renoir, il va, de plus en plus, dessiner et peindre avec le seul amour de la peinture; et, comme il est excellemment doué, nous marcherons, avec lui, de surprises en surprises.

Et sa production restant méditée longuement — et limitée, on peut s’en tenir à ce fait certain que sa jeune gloire ne fera que grandir. Car si l’on vit, actuellement, en pleine débâcle furieuse des quarante mille peintres que Paris recèle, — et hélas! expose dans plus de trente Salons annuels — il faut bien admettre qu’un jour, tout de même, la lassitude, la noire mélancolie, que sais-je encore! fera le vide dans tout ce troupeau composé de tant d'huiliers malfaisants, et ne laissera plus vivre que les vrais peintres, les

SEGONZAC

Photo Galerie Marseille

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