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LE VIOLON

PICASSO

coup brutal qui les tombe. Picasso leur laisse à peine le temps de se reconnaître; et il leur jette au nez le « cubisme » — enfant de la sculpture nègre.

« Aussi bien, je n’ai pas à commenter les triomphes du cubisme. Il est maintenant familier à tous. Il a même toute une suite qui escorte Picasso. Aussi celui-ci, copié en Allemagne, mais, toutefois, confortablement renté surtout par les Munichois et autres Berlinois, songe aujourd’hui à une totale transformation du cubisme, déjà commencée par le collage de véritables morceaux d’objets : journal, étoffe, cheveu, bout d’ongle, etc., etc., — et il peut se faire — tellement Picasso est adroit! — qu’il reste longtemps sans imitateur possible dans l’art des collages d’objets divers sur la toile ou sur le papier; dans l’art, en un mot, de la présentation des « panoplies».

Je n’ajoute rien à ces pages écrites en 1914.

PUY

PUY (Jean), né à Roanne, le 8 novembre 1876. Expose au Salon des Indépendants et au Salon d’ Automne.

Ce peintre ne s’est pas systématiquement spécialisé. 11 a trop de gravité devant les êtres et les choses pour accorder une préférence à qui et à quoi que ce soit.

Aux Salons des Indépendants et d’Automne, il se contente d’être un exposant fidèle ; et il est représenté indistinctement par des natures mortes, par des paysages et par des figures.

Voici, au hasard, quelques titres de ses tableaux : Nature morte crépusculaire ; Marie T apache; Soleil printanier ; Filles au vent ; Un Bois silencieux; Femme endormie; Petite fau~ nesse dormant; VE té; Torse de plâtre; la Petite violoncelliste; Femme demi-nue; Baignade à

PUY

Concarneau; Petites filles au hamac; Liseuse ; Un bassin à mer basse; Une Matinée nonchalante; Flânerie sous les pins; La Cheminée modeste; Fleurs; Fruits; Collioure ; Jeune Savoyarde ; Odalisque; Jeu d'été; etc., etc.

Nul peintre n’est plus consciencieux, plus lent pour aboutir. Aussi ses oeuvres ont une maturité complète. Une esquisse, même jolie de couleur, ne l’enchante pas — parce qu’elle n’est qu’une esquisse. Mais ses tableaux, quand il les juge, lui, terminés, n’ont point pour cela des traces de fatigue; ils sont toujours d’un frais sentiment, qui n'a été conquis que peu à peu, sans que l’on s’en aperçoive. En exemple, un de ses tableaux très connus : le Modèle , a demandé un grave effort et de lentes séances. Est-il pour cela amoindri le fascinant modèle qui pose nu, dans une exquise attitude de grâce et de charme?

M. Michel Puy, qui, vraisemblablement, doit tort bien connaître son frère M. Jean Puy, lui a consacré les lignes suivantes :

« Jean Puy est pris entre ses désirs de peintre et

CUBISTES , FUTURISTES ET PASSÉISTES

ses goûts d’imaginatif. Il ne consent à entrevoir aucune réalisation matérielle qui n’éveille par contrecoup une certaine joie de l’esprit. Mais aucune idée n’est capable de le satisfaire si elle n’est solidement fichée dans le travail de la matière peinte. Il se fixe une double tâche : étudier longuement, inlassablement, en vue de rendre la nature sans la trahir, et imprimer aux formes et aux couleurs un élan vers ces hauteurs vertigineuses qui tentent notre rêve. Il tend vers tout ce qui remue à la fois la chair et la pensée, vers l’exaltation de l’air et du mouvement, la tristesse féconde de la contemplation et la joie désespérante de la volupté. Dans une Baignade, sur des rochers plats qui dominent le rayonnement de la mer, il lance une troupe d’hommes nus, bondissants, frénétiques, emportés par une délirante convoitise vers la fraîcheur bienfaisante de l’eau et la folie de l’horizon. Dans l'Etreinte , il oppose à la tendresse du sujet les démonstrations fantastiques de figurines qui se poursuivent dans les draperies, se livrant à -d’effarantes singeries, à d’inénarrables plongeons. Le plus souvent pourtant il a plus de retenue et se contente d’exprimer, par la noblesse des attitudes, par la gravité qu’il donne à ses personnages, toutes ses velléités de s’échapper du monde réel. »

Cependant, d’accord avec M. Jean Puy lui-

PUY

même, je crois, moi, que toutes ses fortes qualités de peintre amoureux du métier, il les met en usage surtout dans des sujets très directs, dans un paysage , par exemple, pris d’après nature ; o u encore dans un de ces nus isolés, qu’il modèle, sans se lasser, jusqu’à la limite extrême de sa patience.

ROUAULT

ROUAULT (Georges), né à Paris, le 27 mai 1871. Expose au Salon des Indépendants et au Salon d’Automne.

M. Georges Rouault, un des disciples préférés de Gustave Moreau, a commencé par être un peintre tout à fait académique.

Il est allé jusqu’au prix de Rome à l’étable de la rue Bonaparte ; puis, à l’atelier Moreau, il a appris à peindre des séries de ces tableaux impersonnels que l’on peut baptiser de tous les noms possibles, attendu qu’ils ne représentent rien.

C’est ainsi que nous avons vu de M. Rouault un Samson tournant la meule; Jésus che\ les Docteurs; un Christ mort ; etc.

Mais ce pénible labeur accompli, M. Rouault ne s’est pas attardé sur les sujets chers à son maître; et, devenu conservateur du musée de

ROUAULT

la rue de La Rochefoucauld, il s’est révélé, d’un coup, par réaction et par outrance, un des Fauves les plus rugissants des jeunes Salons.

Alors on a vu d’étranges femelles et d’extraordinaires pitres voisiner, se mêler, dans des fonds rouges de cirques, dans des locatis terribles de maisons closes. Cela semblait la virulente rage d’un homme d’église acharné contre les damnables sexes. On crut aussi à une haine de misogyne,' décagé en plein enfer terrestre. De corpulentes maritornes, des Vénus d’égout s’accroupissaient en des poses de crapaudes épileptiques ou s’offraient, leurs ventres rebondis et parés de halliers en guise de toisons. Ce n’était pas luxurieux : c’était crapuleux et pourrissant. Il eût fallu être un saint pour comprendre ces œuvres vomies; on s’écarta; on accourut vers les joliesses de M. d’Espagnat.

Alors Georges Rouault s’entêta — et il continua. Puis il fit des monotypes, des terres vernissées, des faïences.

Sa personnalité, heureusement, ne se modifia point; il resta insociable, haineux, cruel.

J’ai vu de lui, récemment, quelques-unes de

CUBISTES , FUTURISTES ET PASSÉISTES

ces peintures qui évoquent le métier farouche, maladroit, des paysans de la Souabe. Mais il y a, tout de même, chezM. Rouault, une violence plus aiguë, une rage plus sournoise. Ce peintrelà doit joliment les exécrer, ses contemporains, pour les peindre aussi repoussants et grotesques. M. Georges Rouault est, à coup sûr, un pessimiste, une sorte de Léon Bloy de la Peinture?

Du reste, l’aspect physique de M. Rouault vous donne bien cette assurance-là; et, comme l’ancien disciple de Moreau fait tout pour la consolider, il faut bien croire que couve en lui une inexorable joie à exprimer les hideurs des trognes et des faces.

Mais surtout, il traque la Femme, la Femme de tous les âges, la jeune et la lourde bayadère, sombrée, comme un tas pesant, sur les courtines des lits. S’il la représente au cirque, il est à peine moins féroce. Dès que M. Rouault saisit une femme, c’est pour la mariner dans les vinaigres, dans les acides — pour la dessécher comme une trique ou pour la gonfler comme une vessie.

ROUAULT

Collection Gustave Coquiot

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