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III. Enseignes portées par des figures allégoriques

C'est tantôt la Foi ou la Concorde militaire tenant deux signa ^, tantôt la Paix portant une branche d'olivier et un signum^; quelquefois une figure militaire debout, avec un vexille dans la main gauche, donne la droite à une femme qui se tient sur l'avant d'un navire et porte une corne d'abondance*; ou bien encore l'Afrique, coiffée de la tète d'éléphant, tient un vexille de la main droite-^,

IV. Enseigne païenne portée par Vempereur lui-même ou placée près de lui.

N°^ 82-83, 88, 420; Constantin, en paludamentum, a, près de lui ou derrière lui, soit un ou deux signa, soit un ou deux vexilles.

N"^ 109-110; VICTOR OMNivM GENTiVM. — Constautiu lauré, vêtu du paludamentum et appuyé sur un bouclier, tient une enseigne; devant lui, à ses pieds, deux captifs à genoux le supplient; derrière lui un autre captif est assis.

N*^ 4071 PHiNciPi ivvENTUTis; L'cmpereuT, vêtu du paludamentum, tient deux signa.

N*^ 160; Constantin, debout dans un quadrige, tient de la main gauche une aigle légionnaire.

Enfin, dans un assez grand nombre de types monétaires, Constantin est représenté avec le sceptre surmonté de l'aigle, qui est bien un symbole de la Rome païenne.

Y. Le Laharum.

Au contraire, trois fois seulement parmi les 56() types monétaires décrits par Cohen, on trouve l'indication d'une enseigne chrétienne sous le règne de Constantin''. Au revers des mon-

- N" 55 (Fuies Exercilus) ; n"^ 216, ;>icS-223 (Goncordia Mililum)

^ N"* 398-400 (Pax Perpétua).

* No 43K.

6 N<» 7G, 3i4 cl 483.

naies qui portent un vexille entre deux soldats avec la légende (iloria Exercitus^ et dont il a été question plus haut, la couronne qui figure ordinairement sur le drapeau est remplacée ,une fois par le monogramme du Christ; ces pièces ont été frappées entre 333 et 337. Dans un autre vexille, la haste est terminée par le chrisme; à l'autre extrémité, un dragon se tord sous la pointe. Dans un exemplaire du Musée de Vienne, avec la légende Pax Augusta^ Constantin en habit militaire tientun vexille orné de la croix.

Enfin les symboles chrétiens se rencontrent trois fois également dans les monnaies de Constantin ailleurs que sur les enseignes^ Ils ne font du reste leur apparition qu'à l'extrême fin de son règne, ce qui suffirait à montrer combien le rôle du labarum dans les guerres de cet empereur a été exagéré, sur la foid'Eusèbe, par les écrivains.

Les médailles avec la tète de Constantinople, frappées sous Constantin ou ses successeurs, en tous cas après 33o, olTrent des enseignes diverses, mais ne présentent jamais le labarum-.

La médaille chrétienne de Crispus, fils de Constantin, mort en 326, où figure le Christ entre Constantin et Crispus, est fausse^.

Les monnaies de Constantin II 1 337-340) donnent à peu près les mêmes indications que celles de son père : les dieux du paganisme y figurent souvent ; les types monétaires avec enseignes sont fréquents aussi ; le chrisme n'apparaît que trois fois, soit dans le champ entre deux signa ordinaires, soit sur un vexille^. Au revers d'un de ces types (n° 5 de Cohen j, l'empereur debout, en habit militaire, tient d'une main le labarum

i N° 123 : chrisme dans le champ; — -lao : croix dans le champ; — 189 : Constantin en paludamentum tient un globe surmonté du chrisme.

2 No I ; Constantinople toureléc tient un rameau et un vexille. N° 10; Gloria Exercitus; signum entre deux soldats. N" 4; vaisseau avec la Victoire à la proue et à la poupe trois enseignes prétoriennes.

3 Décrite par Cohen, t. VI, p. 191 ; pour la non-authenticité, voir t. VII, p. 38/,.

* Nos 5^ ,3^^ ,^o

U.Mv. uE Lvu.\. — Re.nel. 18

et de Taiilre une haste ; à ses côtés sont deux signa ; mais dans le n" 6, c'est une enseigne ordinaire que porte Constantin II, et dans le n°35, c'est une aigle légionnaire, tenant une couronne en son bec.

Sous Constant P"", César de 333 à 337, Auguste de 337 à 35o, les enseignes chrétiennes, au lieu d'être l'exception, commencent à apparaître aussi fréquemment que les autres, et les dieux du paganisme cessent d'être représentés, sauf les abstractions comme la Victoire ^ A signaler les types suivants :

N° i5: Triumphator gentium Bcirbaj\irum; Consianilauré et vêtu du paludamentum, tient le labarum de la main droite et pose le pied sur une proue de navire ; la Victoire le couronne.

N° 12 : Buste de Constant avec la cuirasse ornée du chrisme.

N" 28 : Quatre enseignes avec le chrisme.

Sous Constance II, même alternance du signum ou du vexille ordinaire et du labarum. La fameuse légende //oc signo victor eris apparaît pour la première fois sur une médaille où Constant lauré, en habit militaire, tient d'une main le labarum et de l'autre le sceptre, tandis que la Victoire le couronne.

Sur les monnaies de Vétranion (35o), on ne trouve plus d'autre enseigne que le labarum ; sur celles de Magnence (35o- 353), les signa ordinaires reparaissent quelquefois"; sur celles de Constance Galle (35i-354), on constate l'alternance des enseignes anciennes et du labarum.

Julien (36o-3()3) restaure le paganisme ; sous son règne, plus de labarum ; rarement, du reste, des enseignes quelconques figurent sur ses monnaies^.

Avec Jovien prédomine encore une fois le labarum et apparaissent quelques types nouveaux ; ainsi l'empereur à cheval,

* Signa non chrétiens in"* i, lo, 17, 44i 5."), 12.5 sq., 144 sq. Signa chrétiens : no'* i5, iT), 26 sq., 52, ii(J, 182, 141. Syml)ole chrétien sans enseigne : no 12.

' Ainsi n" 5o : Magnence tenant une aigle légionnaire.

3 N*" I et 2 de Cohen : trois signa prétoriens. IS"'* 5o et 71 : Julien tenant un vexille.

couronné par la Victoire, esl précédé d'un prétorien portant le labarum '.

Sous Valentinien I" (364-375). sous Valens et sous Procope (375-379), on trouve tantôt l'étendard ordinaire, tantôt le labarum, mais ce dernier est de beaucoup le plus fréquent^.

Les monnaies de Gratien (379-383) n'offrent pas d'autre enseigne que le labarum : celui-ci est, en même temps que létendard personnel de l'empereur, le symbole de sa toute-puissance. Ainsi sur un revers avec la lés^ende Gloria Aori Saeciili, Fempereur debout tient d'une main une Victoire sur un globe, et de l'autre le labarum surmonté d'une A'ictoire ; les deux déesses lui posent sur la tête une couronne qu'elles tiennent ensemble^. Maintes fois le labarum voisine avec l'antique emblème de la victoire sur un globe, et même avec celui plus païen encore de l'aigle^.

Avec Valentinien II (383-392), l'étendard simple se rencontre aussi fréquemment ou plus fréquemment que le labarum ; de même avec Théodose I" (379-395). D'ailleurs le monogramme du Christ apparaît de façons très diverses sur les monnaies de cette époque, il orne par exemple le bouclier que tient la Victoire, ou se dresse au-dessus d'une porte de camp flanquée de deux tours.

Sous Ilonorius (395-423) alternent l'étendard simple et le labarum ; l'empereur porte le sceptre surmonté tantôt de l'aigle, tantôt du chrisme.

' Adaptation des anciens types Adventus Aikj. — Coll., t. VIII, p. 7G et t. VI, p. :\m.

- Voici quelques-uns des types les plus ordinaires : Valentinien et Valens tiennent chacun un globe d'une main et de l'autre le labarum (Cohen, t. VIII, p. 88). — Valentinien, en paludamenlum, tient le labarum d'une main et de l'autre un globe surmonté d'une Victoire (p. 89). — Valentinien tient d'une main un sceptre surmonté du chrisme et de l'autre un globe avec une Victoire (p. 89). — Types analogues avec un simple signum remplaçant le lal)arum et le sceptre au chrisme (p. yo . — Quatre enseignes avec la légende Salus Republicae (p. gi).

3 Coh., t. VIII, p. 127^ n" 12.

' Id., p. iSo, n" 33.

Ainsi, sauf à de rares époques, les enseignesautres que le labarum continuent pendant tout le iv® siècle à figurer sur les monnaies. On constate seulement que les signa légionnaires ou prétoriens se font de jjlusenplus rares et cèdent la place soit à un vexille quelconque, soit à l'étendard chrétien tenu ordinairement par l'empereur lui-même. Quant à la croix proprement dite se substituant aux enseignes, elle apparaît vers le tiers du v" siècle. Sous Valentinien III (425-455), on trouve la Victoire tenant une simple croix ou un globe surmonté du même symbole ou enfin une longue croix aussi haute qu'elle ; de même Rome assise porte d'une main le sceptre et de l'autre le globe crucifère ; Valentinien, en habit consulaire, avec un diadème surmonté d une croix, présente la main à une figure agenouillée et tient un sceptre terminé lui aussi par une croix ; ou ien Fempereur, appuyé sur une longue croix comme sur une enseigne, pose le pied sur un serpent à tête humaine. Tous ces symboles, et la croix dans une couronne de laurier, et la croix simple, seul ornement du revers, avec la légende Salus Mundi, détrônent définitivement l'antique enseigne et le labarum lui-même. On ne rencontre plus guère qu'eux sur les monnaies d'Avitus, de Majorien, d'Olybrius, de Julius Nepos et de Romulus Augustule. La croix triomphe alors, mais c'en est fini depuis longtemps de Rome et de l'histoire des signa, car les enseignes romaines disparurent, peut-on dire, de la scène du monde ou n'y jouèrent plus qu'un rôle insignifiant à partir de la nuit du 23 au 24 août 410, lorsque Alaric, le chef Visigoth, viola Rome, la Roma Invicta, Aeterna, dont l'effigie de vierge guerrière était gravée sur les médailles, et lorsque les hordes barbares saccagèrent l'aire magnifique d'où s'étaient envolées pendant onze cents ans, pour conquérir l'univers, les aigles romaines.

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