GENIUS
C'est aussi, à mon avis, le Génie du peuple romain, plutôt que celui de l'armée, qui est représenté dans un type monétaire de Marc-Aurèle '' ; par contre, une monnaie de Trajan Dèce nous offre le Génie de l'armée Illyrienne sous les traits d'un homme à demi-nu, coiffé du modius et tenant une patère et une corne d'abondance; à droite est plantée une enseigne militaire^. Des exemples analogues sont fournis par les monnaies de Claude II, d'Aurélien, de Carin, de Maximin II et de Lici-
* Coll., I, p. I0I-102, n°' 5o8 à 5i4 [20 av. J.-C.].
- Par exemple n° 5ii ; revers : signa p. n. — Aigle romaine avec une couronne dans le bec, entre deux siyna; autel allumé.
^ Exceptionnellement les enseignes figurent à côté d'autres dieux importants ; ainsi Coll., t. III, p. Sig [Elagab.] lovi conservât. — Jupiter assis tient la foudre de la main droite et un sceptre de la gauche; à ses pieds, un aigle; à droite, deux signa. Du reste, nous avons affaire ici à une représentation divine de l'empereur.
* Coll., t. 11, p. 483 sq. [Marc-.\urèle] le type suivant revient plusieurs fois: le Génie de l'armée [ou du peuple Romain?] tient une patère et une aigle légionnaire ; à ses pieds, autel allumé (i52 ap. J.-C).
^ Id., t. IV, p. 235, n" 24, revers (plusieurs variantes).
c /(/., t. V, p. 80; 120, 343; t. VI, p. I, 47.
PROVINCES PERSONNIFIEES
Gomme on l'a déjà vu à propos des insignes légionnaires, la Dacie et la Moesie sont représentées sous forme de femmes portant des enseignes; ces étendards, en général, peuvent être assimilés à ceux des légions qui occupent le pays ^ Mais souvent d'autres provinces sont ainsi figurées, sans qu'on puisse déterminer avec précision la signification symbolique du signum qu'elles tiennent ou qui est planté à leur côté; ces figures de femmes porte-enseignes symbolisent les provinces romaines armées contre les Barbares; elles deviennent banales à partir du 11^ siècle. Ainsi, à l'époque d'Hadrien, la Pannonie est représentée par une femme voilée, debout, levant la main droite et tenant de la main gaucbe un signum-; la Gappadoce, par une femme tourelée, qui tient d'une main une représentation du mont Argée et de l'autre un étendard^. Des monnaies d'Antonin le Pieux et de Commode présentent de même la Bretagne assise sur un rocher et portant d'une main une enseigne et de l'autre une haste''. Au i^*" siècle, les artistes ont plutôt une tendance à représenter les provinces vaincues et conquises par Rome, dans une attitude triste et humiliée ; les étendards figurent à côté d'elles, exceptionnellement du reste, à titre de trophées. Ainsi, dans les monnaies de Titus, on trouve de très nombreux types avec la Judée vaincue et en pleurs, assise sur
* Voir première partie, chap. III, 4. Exceptionnellement les deux provinces sont figurées avec des vexilies sans numéro ni symljole, par exemple Cohen, t. IV, p. 23/,, n»s 14 el 17 (Dacie).
- Ailleurs la Pannonie tourelée, tenant un étendard de la main droite et relevant de la gauche la draperie de sa robe; Coll., t. II, p. 271 sq. ; cf. Coh., t. IV, p. 237, a4i. 254, etc. [Trajan Dèce]; quelquefois les deux Pannonies sont figurées par deux femmes tournant le dos et portant chacune une enseigne ou par deux femmes se donnant la main, avec une enseigne dressée entre elles deux : Coll., t. IV, p. 237.
3 Coll., t. II, p. 185.
* /(/., t. II, p. 348 sq., t. III, p. io3.
une cuirasse au pied d'un palmier, un trophée est dressé à côté d'elle, mais l'étendard n'apparaît que très rarement^ Sous Marc-Aurèle on peut signaler encore le même symbolisme : sur les monnaies de ce prince, l'Arménie est figurée assise, dans une pose humble et mélancolique, avec un étendard et un arc devant elle-. C'est un peu plus tard que commence à se généraliser le type des femmes porte-enseignes personnifiant les provinces, qui n'a rien de commun avec le précédent. Celuici n'est qu'une variante d'un autre type très commun : un monceau d'armes diverses, selon les exemplaires, parmi lesquelles figure souvent un signum, et qui symbolisent un peuple vaincu, indiqué quelquefois par la légende^.