LE SANGLIER
C'est un des insignes symboliques les moins clairs des légions impériales, comme c'avait été jadis la plus obscure parmi les enseignes supprimées par Marius. Faut-il y voir une sorte de régression vers les survivances totémiques dans une armée où les recrues barbares tenaient la plus grande place et apportaient leurs cultes qu'ils superposaient aux vieux cultes militaires romains? N'est-il pas plutôt un emblème herculéen' et n'at-il pa» avec le dieu tout militaire de la Force les mêmes rapports que le lion? N'est-il enfin qu'un symbole banal de brutale vigueur et d'impétuosité, et figurait-il comme arme parlante sur les enseignes et les boucliers des légionnaires, avec la valeur à peu près qu'ont les emblèmes du même genre conservés dans la Notitia DtgnUalum ? En tout cas, il ne saurait être question ici de relation quelconque avec les signes du zodiaque, et l'hypothèse d'une sorte de régression barbare me semble avoir pour elle bien des probabilités. L'insigne du sanglier est attesté par les mon-
légio
, naies de Gallien, de Carausius et de Victorin
Gaiiien. (Cabinei pour les légions I" Ilalica, II' Adjutrix, n» B611 ) ' ^' Fretensis et XX* Valeria Victrix*. Les in-
scriptions fournissent aussi des renseignements utiles pour une de ces légions tout au moins. La XX' Valeria Victrix, levée pour la guerre de Pannonie et constituée définitivement par Tibère, fut envoyée en Germanie par Auguste après le désastre de Vai-us, et en Bretagne par Claude ; elle y
' Ainsi Coll., IV, p. ij3. Sur une monnaie de Gallien, Hercules ConserTator a pour symbole un sanglier marchant. Cf. C. I. L., Vil, loao.
' Cob., IV, p. 38î(Gallien), et V, p. 5io (Carausius) et p. 67 sq. (Victorin).
LES ENSEIGNES .irZb
resta depuis cette époque jusqu'à la fin de Tempire. C'est dire que, pendant des siècles, ses cadres durent être renouvelés surtout par des auxiliaires barbares, Gaulois ou Germains, sinon Bretons. Or le sanglier-enseigne se rencontre fréquemment chez ces peuples; il n'y a donc pas lieu de s'élonner qu'il ait pénétré dans cette XX* légion, isolée au milieu de nations sauvages, aux extrémités de l'empire. Un type monélaire de Gallien lui attribue exceptionnellement l'insigne du capricorne, mais sur une dizaine d'inscriptions de Bretagne le sanglier est figuré comme arme parlante de cette légion^ et il n'est jamais accompagné du capricorne. On en peut conclure, je crois, que le sanglier était le vrai symbole de ce corps.