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LA CIGOGNE

La cigogne non plus ne fait pas partie des signes du zodiaque. Quelle interprétation peut-on donner de cet insigne? A-t-il été assigné à la légion IIP Italica, nommée aussi Concordia, parce que cet oiseau est le symbole de la concorde*? Je ne suis pas tout à fait de cet avis. Le passage de Juvénal qu'on cite, et d'après lequel la cigogne serait Temblème de la concorde, n'est pas probant, et il n'est même pas sûr qu'il y soit question précisément de cet oiseau^.

L'insigne de la cigogne est-il d'origine barbare ou correspondil à une idée romaine, et que signifie ce symbole? Enfin, les deux interprétations ne contiendraient-elles pas chacune leur part de vérité? Si l'emblème est romain, en voici peut-être le

^ C. 7. L,y VII, inscriptions relatives à la leg. XX Valeria Victrix, avec Tinsigne du sanglier : sanglier courant à droite, 447* 71^» 1122; sanglier courante gauche, ii33, iiSy, 1141; tète de sanglier, 666; enfin, io5o:sous rinscription, un sanglier entre deux arbres; à droite et à gauche de Tinscription, deux divinités, Mars Victor et Hercules. ' Gagnât, art. Legio dans Dar. et SagLy p. 1075; cf, Domasz., T., p. 191, 3 Juv., Sat., I, 116 :

Ut coliiur Pax atque Fides, Victoria ^ Virtui, Quaeque salutato crépitât Concordia nido.

point de départ : dès Tépoque de la République, la déesse Pietas eut la cigogne pour symbole. Celte conception répondait peut-être à des croyances très anciennes chez les peuples de l'Europe . Les traditions populaires allemandes nous ont conservé des survivances d'un culte possible de la cigogne : au XIX® siècle encore, on admirait et on respectait la fidélité touchante avec laquelle cet oiseau migrateur revient tous les ans à son ancien nid^ On se gardait de Ten chasser, et quand de lui-même il abandonnait l'endroit où il avait élu domicile, c'était un mauvais présage pour les habitants de la maison. Enfin le fait de tuer une cigogne eût été considéré comme un vrai sacrilège. Des croyances analogues ont sans doute donné naissance à la conception romaine de la Piété et de sa représentation. L'esprit superstitieux des Romains s'était inquiété du mystère des migrations des cigognes ; Pline rend compte de la pieuse régularité avec laquelle ont lieu leurs voyages, du fidèle souvenir qu'elles gardent de leurs anciens nids, de l'exemple de piété filiale que donnent les jeunes en nourrissant leurs parents devenus vieux*. Ce dernier trait est caractéristique et il expliquerait à lui seul l'attribution de la cigogne à la déesse Pietas. C'est ainsi que le pélican, grâce à une légende, symbolisa longtemps l'amour paternel. Et cette histoire sur la cigogne explique une épithète qui lui est donnée par Pétrone en quelques vers où sont résumées les qualités physiques et les vertus morales de cet oiseau :

Cîconia etiam grata, peregrina^ hospita, Pielaticultrix^ gracilipes, crotalislria, Avis exsul hiemisj iitulus tepidi temporisa.

Ce rapport de la cigogne avec la déesse Pietas est encore

^ Il est possible que Juvénal fasse allusion à un fait de ce genre et que quelque nid de cigogne, bien connu des Romains, ait été installé à son époque sur le faîte du temple de Concordia.

« Plin., IL iV., X, 3i et 3a.

3 Pétr., Sat., 55.

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altealé par des monnaies du i" siècle avanl Jésus-Christ. Les piècesque fit frapper pourla soldedeses troupes, en l'année 4' . L. Antoniug, consul, le frère de M. AnLonius, portent au droit la tèle du triumvir et, au revers, la Piété debout, avec une cigogne à ses pieds. C'était la représentation symbolique du nom même du personnage, qui ligure dans le champ : Pietas consul. Dion Cassius raconte que ce sobriquet de Pietas, dont Lucius se faisait gloire, lui avait été donné à cause de l'alfection extraordinaire qu'il avait vouée à son frère'. Un autre type nous offre la Piété debout, tenant un autel allumé et une corne d'abondance sur laquelle sont posées deux cigognes *.

Q. Ca?cîlius Metellus Pins, acclamé imperator par ses soldats, en 73, fit frapper des monnaies ''"■■■ '"*■ - M'»""»'" légionnaire» de

' ' ,. , Gallicn. (Cabinet des mcdailles,

portant au droit la tête diadé- n*> 8640 et 8634.)

mée de Pietas avec une cigogne,

par allusion, sans aucun doute, à son cognomen ^. C'est pour

les mêmes raisons que les légions décorées du surnom de Pia

prirent quelquefois l'insigne de la cigogne. Ainsi les monnaies

de Gallicn donnent ce symbole à trois légions, la II', la IIP

et la IV'^ Ilalicae, qui s'appellent aussi toutes Pia Fidelis*.

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