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se manifester à roccasion ; elle est à la lettre pour la légion un talisman ou un fétiche, et ce n'est ni sa forme ni sa signification qu'on adore, mais la matérialité même de son emblème qui a une personnalité, une volonté, une histoire, qui est en un. mot Tâme divine de tout un corps d'armée. •'
Longtemps, les légionnaires se montrèrent jaloux de conserver, dans toute sa pureté, le culte de ces dieux, tels que les ancêtres l'avaient transmis à leur race. Seuls, les citoyens de Rome, prenant les armes pour la défense ou la gloire du nom romain, pouvaient prétendre à marcher sous la protection des signa. Néron, en un pressant besoin, avait formé une légion avec des rameurs de la flotte ; cette mesure souleva de telles protestations que Galba remit ces matelots en leur ancien état ; et, comme ils murmuraient et réclamaient leur aigle et leurs enseignes, il les fit décimeH.
Ces dieux des légions inspiraient aussi aux peuples étrangers une sorte de terreur superstitieuse, et les rois vaincus ne devaient être qu'à demi étonnés quand les Romains les forçaient de rendre à leurs signa un véritable culte. Si Ton n'avait là-dessus que le témoignage des poètes, on pourrait croire à de simples métaphores, mais des historiens comme Tacite nous ont gardé le récit de cérémonies de ce genre, et il y est fait allusion dans une inscription intéressante du i*^ siècle après Jésus-Christ. T. Plaulius Silvanus Aelianus, légat de la v^ légion Macedonica, gravant sur le marbre l'histoire de ses campagnes, raconte qu'après des expéditions heureuses contre les Sarmales, « il a conduit sur la rive [du fleuve] qu'il défendait [contre les Barbares] des rois auparavant inconnus ou ennemis du peuple romain, pour leur faire adorer les enseignes romaines* ».
Mais le culte de l'Aigle apparaît plus nettement dans un
* Suet., Galb.f la; (/. Calig,, 14.
* C /. L., X[V, 36o8 ; « ...Ignotos ante aut infcnsos p(opulo) R(omano) reges signa Romana adoraturos in ripam quam tuebatur perduxit. »
284 CULTES MrUFAIRES DE ROME
document fourni par la numismatique. Auguste fît frapper des monnaies au revers desquelles est représenté un (emple rond télrastyle, dans lequel se trouve un char sans chevaux, un char volif sang aucun doute ; au milieu du char est dressée une aigle romaine et, sur le rebord, un quadrige minuscule parait prêt à s'élancer'. Peut-être ne faut-il voir dans cette figure qu'un symbole, mais il est possible aussi que ce type monétaire reproduise un temple, un sacellum réel où l'aigle militaire était l'objet d'un culte. Mais que l'une ou l'autre hypohèse soit vraie, il y a là en tous cas l'indice d'une vénération toute religieuse à l'égard des enseignes. Sur d'autres monnaies il n'y a pas de temple et te char est traîné par quatre chevaux au pas ; dans plusieurs types l'enseigne est remplacée par deux Victoires. La date de toutes ces médailles (20 avant Jésus-Chrisl) ferait croire qu'il s'agit , là d'une série parallèle à celle des signa recepla, et qu'il est fait allusion, malgré l'absence de la légende habituelle, aux enseignes récupérées sur les Parthes. D'ailleurs que fit-on des aigles rendues ? Leurs légions n'existant plus, il est probable qu'on les consacra dans quelque temple, peut-être élevéàcet effel, après qu'elles eurent figuré dans quelque cérémonie triomphale. Ainsi s'expliquerait très bien le char portant l'aigle et placé dans un temple.
Enfin, à partir du iv' siècle, un certain nombre de centurions ou de légionnaires chrétiens refusent d'adorer les signa et viennent grossir, en raison de celte faute religieuse, le nombre des martyrs-.
> Coh., t. ], p. Gi, n° 114; au revers, dans le champ, S. P. Q. II. (date -. joansav.J.-C.J.
! A'nsi TU. Ruinart ; Aela primorani Mari., |G8<|, p. 3is-3i3,