S. LE TEMPLE DES SIGNA
Bien qu'on connaisse mal les rites du culte des enseignes, il n'est pas impossible pourtant de les restituer en partie, grâce au témoignage concordant des textes et des monuments figurés. De toute antiquité, on avait enduit de parfums, dans les jours de fête, les aigles et les enseignes^ ; de même, nous voyons encore les peuplades sauvages oindre d'huile ou de graisse, de lait ou de sang, les idoles grossières représentant leurs dieux. Nous ne savons rien des cérémonies d'un caractère religieux, qui certainement devaient accompagner la remise à une légion nouvellement formée de son aigle et de ses autres enseignes. D'ailleurs ces rites ne devaient pas remonter à une très haute antiquité ; lorsqu'aux premiers temps de Rome on faisait la levée (legio), pour une campagne imminente, des citoyens en âge de porter les armes, on leur remettait au moment de partir les dieux-enseignes, déposés dans l'aerarium. On sait que le temple de Saturne et d'Ops avait été aifecté à cet usage : bâti par Tullus Hostilius ou par Tarquin l'ancien, au pied du Capitole, un peu en arrière des Rostres, c'était un des sanctuaires les plus vénérés de Rome ; aussi Tavait-on choisi pour y mettre et y garder, sous la protection divine, ce que le peuple romain avait de plus précieux : les trésors conquis dans les expéditions guerrières, les décrets du Sénat, et ces dieux archaïques qu'on n'utilisait plus qu'à la guerre, les signa. Il n'avait jamais été question de leur élever un temple spécial dans Rome, car une fois que la dédicace d'un édifice sacré avait été faite, on ne pouvait plus sans impiété, et autrement qu'après des rites longs et compliqués, changer déplace le dieu
^ Plia., //. iV., XIII, 4 ; «t Aqiiilac certe et signa pulverulenla illa et cuspidibus horrida unguuntur festis dtcbus, utinamquc dicerc possemus quis primusinstiluissct! I ta est nimirum, hac mercede corruptae orbem terrarum iJevicerP pquilae. »
OU les dieux qui l'habitaient. Il fallait au contraire pour les légions des divinités mobiles ; c'est pourquoi on les plaçait dans un temple qui n'était pas à elles, de telle sorte qu'on pût les en tirer facilement, en cas de besoin. C'étaient les questeurs qui étaient chargés de les y prendre et de les porter au lieu de rassemblement fixé aux troupes par les consuls ou le dictateur, ordinairement le Ghamp-de-Mars ^
Quand les armées romaines devinrent permanentes, les enseignes restèrent naturellement dans les camps, occupés soit provisoirement, soit à demeure par les légions. Quelle y était leur place et quel culte leur y rendait-on ?
'^De ce que le camp romain, au point de vue religieux, était un temple augurai, dont la tente du général était l'auguracle-, on peut conclure a priori que les enseignes, dieux des légions^ devaient être gardées dans le prétoire, et les textes d'ailleurs confirment cette hypothèse. Il est probable que le prétoire était disposé de la manière suivante :
A. Tente du général (augurale),
B. Forum.