XXXVI
3i.ooo sont tués ou pris; 4*ooo à peine s'échappent, parmi lesquels un corps de 3ooo guerriers se retire en bon ordre avec ses armes. Quand même il y aurait exagération dans le chiffre des morts et des captifs, on peut dire néanmoins qu'une trentaine de mille hommes ont perdu tous leurs signa ; or on en compta i33 dans le butin ^ ce qui fait un par 240 hommes. Les Celtibères fournissent un chiffre un peu inférieur à celui des Carpétans. C'était une des confédérations les plus nombreuses de TEspagne citérieure, et ils mirent plus d'une fois en échec la puissance romaine. Un certain nombre de leurs clans, formant une armée de 35. 000 hommes, furent écrasés en 180 avant Jésus-Christ près d'Ebura. Il y eut, dit Tite- Live, 27.000 morts ou prisonniers et on prit 88 signa, c'està-dire en chiffres ronds une enseigne par groupe de 3oo à 4oo hommes, suivant qu'on admettra que les survivants aient pu ou non s'enfuir avec leurs étendards. La même année, d'autres clans celtibériens perdent encore 277 signa dans une bataille non loin de Tarragone, 37 dans un combat près d'Alcès et 72 dans une action au pied du mont Chaunus^.
Ainsi les Barbares du nord de l'Italie et ceux de l'Espagne fournissent des données sensiblement pareilles : les enseignes semblent correspondre en moyenne (et avec toutes sortes de réserves) à des groupes de 25o à 5oo guerriers chez les Gaulois, de 240 à 400 chez les Ibères. Cette constatation est bien en accord avec le renseignement que nous donne Tacite sur les barbares du ii"* siècle après Jésus-Christ, qui se rangent sous les enseignes sacrées ^bt familiae et propinquitates^ c'est-à-dire par groupes de même habitat et de même sang.
Chez les nations italiques, l'usage des signa parait avoir été le même que chez les peuples de l'Espagne ou du Nord ; et sans dpute, le rapport n'était pas très différent entre le chiffre
* Lit., XXXIX, 3i. En 19a, 011 avait pris i34 enseignes aux Lusitaniens, dans la bataille d*Ilipa et, en aoo, soixante-dii-huit aux Sédctans; Liv., XXXV, I.
' Liv.y XL, 40 à 5o.
des enseignes et le nombre des combattants ; c'est du moins la conclusion que suggère une rapide enquête. Les Etrusques, dont Torigine est encore mystérieuse pour la science, les Samnites, de même race que les Latins, et les Campaniens ont à ce point de vue même organisation. En 3o8, les Etrusques coalisés sont mis en déroute par une petite armée romaine ; d'ailleurs, ils perdent relativement peu de monde et la plus grande partie de leurs forces se réfugie dans Timmense forêt Ciminia, « alors plus impénétrable et d'un aspect plus effrayant que ne Tétaient naguère les forêts de la Germanie * » ; pourtant les Romains leur prennent 38 enseignes. En 295, le propréteur Cn. Fui vins bat les Pérusiens et les Clusiens, deux peuples étrusques; il leur tue 3ooo hommes et leur enlève 20 signa ^. En 342, la coalition Samnite, après avoir appelé aux armes toute Télite de la jeunesse, veut tenter la fortune dans une dernière bataille ; les Samnites sont écrasés près de Suessula et les Romains, tant dans leur camp forcé que pendant la poursuite, s'emparent de 170 enseignes^. Ils prennent aux mêmes ennemis, en 297, 20 signa encore à Tifernum, dans un combat d'ailleurs peu meurtrier ; en 296, 3o sur. les bords du Yulturne ; en 293, 97 à la bataille d'Aquilonia ^. Mais voici un exemple plus précis : en 21 5, un consul romain, T. Sempronius Gracchus, surprend au milieu de la nuit, près de Hames, un camp mal gardé de i4*ooo Campaniens^; il entre par toutes les portes à la fois et fait des ennemis un grand carnage. Il est probable que dans celte surprise bien peu d'enseignes échappèrent aux Romains qui en prirent 34, soit une par 412 hommes. Nous voilà ramenés, par l'intermédiaire des peuples italiques, aux Romains eux-mêmes ; nous pouvons aborder l'élude, au point de vue religieux, de leurs signa.
* Liv., IX, 36.
* Liv,, X, 3o.
3 Liv., VU, 37.
* Liv., X, i4i 20, 42.
5 Liv., XXIII, 35.