Revue de V histoire des religions, 19H, p
2. Voir, par exemple, Chabouillet, Catalogue des Camées, n° 2255.
3. On trouve aussi, dans les interrogatoires du procès, la forme Magometus (Fioke, Papstum und bnlergang des Templerordens, t. II, p. 343).
4. Loiseleur, La doctrine secrète des Templiers, Paris, 1872.
baphométiques s'étaient multipliés dans les collections. La critique moderne n'en a rien laissé subsister. Alors que Montaiglon, en 1881, parlait encore de figures baphométiques' , j'ai montré, en 1886, qu'un objet ainsi désigné au Cabinet des médailles était, en réalité, un moule asiatique en serpentine', probablement hittite; M. de Villefosse, en 1900, a dénoncé comme des faux récents, probablement du début du xixe siècle, toute une série de petits bronzes dits baphométiques, dont l'un, conservé au Musée du Louvre, semble porter la date 1156, correspondant à l'époque la plus florissante de l'Ordre3; enfin^ il y a peu d'années, j'ai repris, dans la Bévue africaine, l'examen des reliefs en pierre du Musée de Vienne et de l'ancienne collection du duc de Blacas, aujourd'hui au Musée Britannique, pour montrer sur quels indices fragiles reposait l'attribution aux Templiers de ces objets dépourvus de style, dont l'authenticité éveille d'ailleurs de graves soupçons*.
Privée du soutien qu'elle croyait dériver de certains monuments figurés, la croyance auBaphomet paraît généralement abandonnée aujourd'hui ; du moins le dernier historien du procès des Templiers, M. Finke, a-t-il pu écrire (p. 327) : « Il y a longtemps qu'on ne cherche plus la mystérieuse idole du Baphomet5 ». C'est sans doute pour cette raison que M. Finke ne s'est pas arrêté aux témoignages qui concernent cet objet et les objets similaires. Toutefois, il ne suffit pas de dire qu'une chose n'a pas existé; il semble nécessaire aussi de chercher comment elle a été conçue et quelles idées préexistantes ont contribué à la formation d'un fantôme qui, après avoir été exploité contre l'orthodoxie des Templiers, a tourné la tête de plus d'un archéologue.
1. Voir Revue archéol., 1881, I, p. 368 et Bull. Soc. Antiq., 1881, p. 207-208.