‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 107 sur 198 · lbid., t. I, p · texte numérisé non relu

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était frère Mathieu dit le Sarmage, natif de Picardie. Il était devenu le frère du Soudan à Babylone qui régnait alors, parce que l'un avait bu du sang de l'autre, ce qui faisait qu'on les regardait comme des frères. Le précepteur des chevaliers était un certain frère Philippe; le gonfalonier était un maître des servants qui s'appelait frère Simon Picard1. »

Avec ce curieux témoignage, nous sommes en plein folklore : le viol d'une morte aimée, ou nécrophilie; la fécondité de cette monstrueuse union; la puissance magique de la tête séparée du tronc. Cette déposition émut vivement les inquisiteurs ; ils la firent écrire par Antonio lui-même et interrogèrent ensuite à ce sujet plusieurs des témoins qui avaient résidé en Syrie. L'un deux, frère Jean Senandi, un servant, dit avoir vécu cinq ans à Sidon; il n'avait rien appris au sujet de la tête, mais il savait que la ville de Sidon avait été achetée par les Templiers et que Julien, un des seigneurs de cette ville, était entré dans l'Ordre'. Plus tard, ayant apostasie, il tomba dans la misère ; Senandi avait entendu dire, mais ne se souvenait pas par qui, qu'un des ancêtres de Julien avait aimé une fille de ce pays et avait cohabité avec elle après qu'elle fut morte. Un témoignage beaucoup plus complet et plus fantastique que celui de Sicci lui-même fut apporté aux inquisiteurs par Hugues de Faure, chevalier, réconcilié par l'évêque de Limoges3. Il déclara qu'après la chute d'Acre il se trouvait à Chypre; là il entendit conter par un chevalier, bailli de la ville de Limasso, qu'un noble avait aimé une jeune fille de Maraclée en Tripoli. Ne pouvant la posséder vivante, il la fit exhumer après sa mort, eut com-

1. u Tempore vero quo hoc audivi, erat praeceptor illius loci frater Matheus dictus le Sarmage Picardus » (p. 645). — Sur les relations cordiales entre ce personnage et les Sarrasins, voir Rey, L'ordre du Temple en Syrie, p. 8. A cet endroit, Rey écrit Sermage-, mais il écrit Sarmage à la page 26. L'index du tome II de Michelet porte Sauvage (Matheus), avec renvoi à la p. 209 où on lit lo Sauvacge. C'est sans doute le même personnage.

2. Sur Julien ou Julian, seigneur de Sagette, mort en 1275, voir Glermont- Ganueau, Recueil d'archéol. orientale, t. VI, p. 5 et suiv. « Julien, seigneur de Sagette, ne pouvant plus défendre sa seigneurie contre les entreprises des Musulmans, la céda aux Templiers moyennant finances en 1260. » (p. 7).

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