‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 171 sur 198 · Heuzey, Monuments Piol, t. VII, p · texte numérisé non relu

Heuzey, Monuments Piol, t. VII, p

La statue de Baalbek représente-t-elle une déesse ou une mortelle? On pourrait proposer une réponse conciliante à cette question et y reconnaître une impératrice sous les traits d'une déesse, suivant une combinaison dont Fart de l'Egypte hellénisée avait donné l'exemple et qui devint très fréquente à l'époque impériale. Mais comme la tête de la statue fait défaut, une hypothèse sur le nom de la princesse ainsi représentée serait vaine ; tout ce que nous pouvons espérer de déterminer avec vraisemblance, c'est le nom de la déesse, en laissant incertaine la question de savoir si elle était figurée en tant que déesse, ou sous les traits d'une impératrice divinisée.

Un premier point à noter, c'est l'importance donnée au sphinx, même à supposer qu'il n'y en eût qu'un seul à la gauche de la statue. Cet animal fantastique est représenté en ronde bosse et pourvu d'un support particulier qui s'ajuste à celui de la grande figure; ce n'est donc pas un simple motif décoratif, comme le serait une tête de sphinx ornant un bras de fauteuil ', mais un attribut dont la signification ne peut être négligée.

En second lieu, la face antérieure du piédestal offre un motif dont je n'ai pas vu ailleurs d'exemple ; au centre est une élégante palmette, flanquée de deux pattes de sphinx qui se terminent par des ornements végétaux. Voilà donc plusieurs indices concordants qui nous inclinent à tourner les yeux vers l'Egypte et à proposer de reconnaître Isis dans la statue de Baalbek*.

L'existence d'un culte égyptien dans cette ville est conforme à ce que nous apprenons par les textes. Macrobe dit expressément que la statue de Zeus-Hélios d'Héliopolis était

1. Par exemple daus la ligure funéraire de Chiusi au Musée de Berlin, Répertoire, t. 11, 683, 6.

2. M. Auielung vient de publier (Rom. MUtkeil., 1901, p. 260) un bas-relief votif de Rhodes où l'on voit Osiris assis sur un trône dont le montant est décoré d'un sphinx en relief.

originaire d'Egypte1. D'autres assimilations datant de l'antiquité, comme celle d'Adonis à Osiris a, prouvent à quel point la religion syrienne était pénétrée d'éléments égyptiens. C'est une question qui exigerait une étude spéciale et qu'il n'est pas à propos d'exposer ici . mais la présence d'une image gréco-égyptienne, même colossale, dans un temple grécosyrien n'a pas besoin d'être longuement justifiée.

La représentation d'isis accompagnée de deux sphinx n'est pas sans exemple, mais elle est très rare. Une plaque en terre cuite de la collection Campana montre un buste d'isis entre deux sphinx affrontés 3 ; un char traîné par deux sphinx et conduit par Isis se voit sur une monnaie de Julien \ A ces deux exemples cités par M. Lafaye, je peux ajouter un fragment de groupe en marbre découvert par Murdoch Smith dans le temple d'Aphrodite à Cyrène et conservé au Musée Britannique ' : on y distingue la partie inférieure d'une femme assise, portant un chiton et un peplos, avec un sphinx de part et d'autre de son siège. Cette statuette est importante surtout par le lieu de la découverte, temple d'Aphrodite où l'on a recueilli, entre autres morceaux de sculpture, un buste et une statuette d'isis, l'un en albâtre, l'autre en marbre. Smith et Porcher n'ont cependant pas donné le nom d'isis à la figurine assise entre deux sphinx, par la raison que son costume ne rappelle pas celui que l'on prête d'ordinaire à la déesse gréco-égyptienne et qui est caractérisé soit par le nœud dit isiaque, soit par la coupe étriquée de l'étoffe qui s'ajuste autour du corps et en suit tous les contours. Mais, quoi que disent à ce sujet les ouvrages d'enseignement, il est certain qu'Isis pouvait être représentée dans un costume purement gréco-romain : témoin une statue en pierre de Cologne, dont la base porte l'inscription

1. Macrobe, Saturnales, 1, 23. Cf. Kouzevalle, Comptes rendus de l'Acad., 1901, p. 437, 474.

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