Répertoire, II
UNE DÉESSE SYRIENNE 4f7
l'inscription isiaque de la base est certainement fausse et Ton sait assez que les statues, connues par le seul témoignage de cet antiquaire peu scrupuleux, autorisent la plus véhémente suspicion.
Nous avons montré, par les particularités techniques de la tête du sphinx, que la statue de Baalbek devait être de travail local. C'est par là, croyons-nous, que s'explique ce qu a d'insolite cette représentation, où l'attitude du sphinx, debout et non accroupi comme à l'ordinaire, s'éloigne d'une manière si frappante des modèles classiques. Mais ces sphinx debout de part et d'autre de la déesse rappellent précisément les taureaux debout de part et d'autre du dieu d'Héliopolis1 et les lions que l'on trouve parfois placés de même à côté de la déesse asiatique Cybèle ". C'est ici le lieu de rappeler un texte du traité Sur la déesse syrienne, que le dernier traducteur français de Lucien paraît avoir inexactement rendu. L'auteur décrit le grand temple d'Hierapolis et l'enceinte intérieure, où sont placées les statues de Zeus et d'Héra, que l'on honore, dit-il, sous d'autres noms. "A^w Sa %pû<xaL té état •/.al <z\xytù êÇovcxt* àXXi tyjv [*èv Hpr,v Xéovwç çépsuciv, 5 3è ixùpo'.cv ioït,tix:3 . En traduisant littéralement, on fait dire au pseudo- Lucien que Zeus est assis sur des taureaux et Héra sur des lions, ce qu'il est impossible de concevoir. Le seul sens admissible, c'est que le siège de Zeus et celui de Héra sont soutenus de part et d'autre l'un par des taureaux, l'autre par des lions, ce qui correspond exactement à la statue de Baalbek, avec cette différence que le lion conservé auprès de celle-ci est une lionne, pourvue d'une tête et de seins de femme, c'est-à-dire un sphinx4.
1. Cf. Comptes rendus de l'Académie des Inscr., 1901, p. 437.