‹ Cultes, mythes et religions (volume 2)Chapitre 174 sur 198 · Lucien, De dea Syria · texte numérisé non relu

Lucien, De dea Syria

4. 11 est facile, au cours d'un examen rapide, de prendre une divinité assise, sur un trône accosté d'animaux, pour une divinité assise sur des animaux. De la confusion commise par l'auteur de la Dea Syria, il est amusant

Grâce au texte que nous venons d'alléguer, il paraît clair que le type de la déesse découverte à Baalbek est le produit d'un mélange de conceptions religieuses et plastiques, celui de la déesse syrienne et celui d'Isis, que le syncrétisme du temps avait sans doute réussi à identifier. Ces conceptions se sont comme greffées sur un tronc purement hellénique : le type traditionnel de la déesse assise, prêté à Déméter, à Héra et à d'autres divinités d'un caractère grave. Les fauves debout, supportant le trône, trahissent l'influence de la déesse syrienne; leur caractère égyptien et les ornements du piédestal sont la part que peut revendiquer Isis.

M. Clermont-Ganneau ma fait observer avec raison que le dieu d'Héliopolis, Hadad, est représenté sous les traits d'un personnage tenant un fouet levé, le corps serré dans une sorte de gaine, c'est-à-dire dans l'attitude et sous les traits de l'Osiris égyptien '. Rien n'était donc plus noturel que de prêter à sa parèdre, Atergatis, l'aspect et les attributs de l'Isis hellénistique; le syncrétisme remonte ici à une époque sans doute antérieure à la Grèce alexandrine.

Je n'ai encore rien dit des objets que la déesse a pu tenir dans ses mains et ne veux soulever cette question que pour l'écarter comme insoluble. Un restaurateur du xvme siècle aurait pu lui placer un sceptre dans la main droite, une corne d'abondance, une patère. une quenouille dans la main gauche ; chacune de ces hypothèses pourrait se défendre par l'analogie de figures d'Isis, ou par la description que fait le pseudo-Lucien de la déesse syrienne. D'autre part, la statue de Fiesole, où les attributs sont conservés, autoriserait à donner à la statue de Baalbek une gerbe d'épis dans la main droite, un vase dans la main gauche. Mais tant qu'une étude attentive du marbre lui-même n'y aura pas fait reconnaître

de rapprocher celle où tomba, en 1550, Ulysse Aldroandi, décrivant les statues antiques conservées à Rome. Dans le jardin du cardinal Carpi, à Monte Cavallo, il signale en ces termes un Plutort assis (Statue, éd. 1568, p. 298) : Uno Plulone Dio de Clnferno ignudo da la meta in su et assiso sopra un Cerbero. Il est évident que Pluton ne pouvait pas être assis sur Cerbère, mais qu'il était assis sur un trône flanqué du chien infernal. 1. Cf. Saglio, Dictionnaire, art. Jupiter, fig. 4215 (Perdrizet).

les traces ou les points d'attache de ces attributs l , il sera aussi vain de les rétablir par la pensée que d'émettre des conjectures sur la physionomie delà déesse ou les ornements qui devaient parer son diadème. En présence d'une œuvre unique en son genre et connue, dans son ensemble, par des photographies seulement, la critique croit avoir rempli sa tâche en cherchant à en préciser l'époque et à en démêler les éléments constitutifs. Les visiteurs du Musée de Constantinople feront le reste, ou, du moins, s'y essaieront.

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