Erreur. Le ministre d'alors était Bardoux
héliogravure (Bulletin de corresp. hellénique, 1889, pi. III et p. 498).
« Outre le Poséidon, le Musée central d'Athènes possède les marbres suivants, découverts en 1877 au même endroit :
« N° 236. Statue colossale de femme drapée;
<( N" 237. Statue d'homme sans tête, drapé, de grandeur naturelle ;
« N° 238. Statue do femme (Aphrodite?).
« Or, d'après une note remise à M. Collignon par M. Carteron, consul de France à Syra, on a trouvé, avec le Poséidon, quatre statues de femmes et une statue équestre. Cette dernière a complètement disparu; d'autre part, la note de M. Carteron ne mentionne pas l'homme drapé (n° 237 du Musée d'Athènes). Tout cela n'est pas facile à débrouiller, mais ne concerne pas directement notre propos.
« La statue d'homme drapé est exposée au Musée d'Athènes sur le piédestalvu par Tissot au vieux port, qui porte l'inscription Theodoridas Daistrato Poseidaui. M. Cavvadias, dans son catalogue, n'émet aucun doute sur la connexité de la statue et de la base. Jusqu'à nouvel ordre (j'ai demandé à ce sujet des informations à Athènes), la chose me semble douteuse. Si, toutefois, M. Cavvadias a raison, il en résultera les conséquences que voici : Theodoridas a consacré à Poséidon une statue colossale entourée d'autres statues ; l'une de ces dernières était sa propre image, sur le piédestal de laquelle il a fait inscrire : Theodoridas à Poséidon. Mais nous avons vu que le même Theodoridas a dédié l'un des hermès découverts avec la Vénus; si la Vénus est contemporaine de ces hermès, elle est donc aussi contemporaine du Poséidon. »
C'était assez bien raisonné, mais avec beaucoup de si. Les informations venues d'Athènes furent contradictoires : alors que M. Cavvadias maintenait que la statue d'homme drapé sans tête était bien en place sur le piédestal avec dédicace de Theodoridas à Poséidon, M. Lechat, qui se trouvait alors à Athènes, me fit savoir qu'il en doutait fortement.
Dans la Chronique du 9 juillet 1898, je publiai le dessin de la statue acéphale, placée sur le piédestal avec dédicace de Theodoridas, d'après un bon croquis de M. Gilliéron (fig. 2). Il appert de ce dessin que les pieds du bonhomme et le tronc
qui supporte la draperie sont posés sur une petite plinthe, qui repose elle-même sur le piédestal quadrangulaire. Évidemment, comme il s'agit de morceaux de marbre différents,
Fig. 1. — Statue de Poseidou découverte à Milo. (Musée d'Athènes.)
on peut ou non accepter la connexité, sans pouvoir alléguer d'arguments décisifs dans un sens ou dans l'autre. Au cours de ce môme article, où j'ai démontré sans ré-
plique que la restitution de l'Aphrodite de Mélos par M. Furtwaengler est inadmissible, j'admettais à tort que la statue drapée acéphale était celle de Théodoridas lui môme, qu'il l'avait dédiée à Poséidon vers 370 avant J.-C. (date des caractères de l'inscription) et qu'il avait en même temps dédié au même dieu le Poséidon du Musée d'Athènes et l'Aphrodite du Louvre, que je considérais (et considère encore) comme une Amphitrite.
« La statue de Théodoridas faisait partie d'un ensemble. En même temps qu'elle, on a découvert une statue colossale de Poséidon, haute de plus de 2 mètres, qui est aujourd'hui au Musée d'Athènes (fig. 1). 11 est assez naturel de penser que Théodoridas, ayant consacré le colosse de Poséidon en même temps que d'autres statues \ ait voulu aussi consacrer au dieu sa propre image comme celle d'un respectueux adorateur. Les dédicaces de ce genre sont fréquentes en Grèce; les textes littéraires en ont conservé plus d'un exemple.
« Cela étant, il est bien probable que la statue de Poséidon doit être contemporaine de la dédicace de Théodoridas, à moinsqu'on ne veuille supposer, tout à fait gratuitement, que le Poséidon de Théodoridas ait été remplacé plus tard par quelque autre image du même dieu. Assurément, cela est possible; mais, en bonne méthode, il faut raisonner d'après les vraisemblances, dès qu'un motif très grave, qui n'existe pas en l'espèce, ne nous oblige pas de raisonner autrement Donc, jusqu'à preuve du contraire, j'admettrai que le Poséidon de Milo a été sculpté vers 370 avant J.-C, c'est à-dire à l'époque où l'école de Phidias, continuée par Alcamène et parCéphisodote le vieux, allait faire place à celles de Scopas et de Praxitèle.
« Cette conclusion peut paraître étrange, parce que tous les archéologues, jusqu'à présent, ont placé le Poséidon, d'après le style, vers l'an 150 avant J.-C. Mais les archéologues peuvent s'être trompés sur ce point. M. Furtwaengler ne vient-il pas, tout
1. Voir Chronicité des Arts, 1897, p. 43. Il serait bien désirable de publier la note relative aux découvertes de 1877, que Ch. Tissot adressa d'Athènes au ministre des Affaires Étrangères. Cette note était accompagnée de dessins. J'en ai vainement demandé communication au dernier directeur des Archives [M. Girard de Rialle] ; mais je compte revenir à la charge auprès de son successeur [Vf. Deluus-Montaud]. (Note de 1898.)
récemment encore, de signaler à Venise des originaux de la plus belle époque grecque, que l'on s'accordait à considérer comme des œuvres alexandrines ou romaines' ? Et si, pour un chefd'œuvre comme la Vénus de Milo, les plus habiles archéologues n'ont pu se mettre d'accord, les uns la plaçant vers 400, les autres vers 150 avant J.-C, n'a-t-on pas le droit, quand il s'agit d'une œuvre moins parfaite, quoique sans conteste d'une belle allure, d'arguer de la latitude que nous laisse notre connaissance encore rudimentaire des styles grecs?
« Non seulement le Poséidon est, comme la Vénus, de dimensions colossales, mais il présente, avec la Vénus, des analogies incontestables, en particulier dans la disposition et le traitement des draperies.
Ces analogies avaient frappé très vivement M. Furtwaengler ; elles ne le gênaient d'ailleurs pas, puisqu'il plaçait Poséidon et Vénus vers 150 avant J.-C.
Elles ne nous gênent pas davantage, nous qui croyons les deux statues de plus de deux cents ans antérieures. 11 y a donc moyen de s'entendre.
« Et la statue de Théodoridas ? Elle est sans tête, ce qui enlève toujours un élément d'appréciation. Avouons franchement qu'à première vue on l'attribuerait volontiers à l'époque ro maine, où les figures drapées de la sorte sont très nombreuses. Mais les artistes romains n'ont rien inventé; leur types convenus d'hommes drapés, de femmes drapées, sont imités de motifs grecs de la belle époque, en particulier du ivesiècle. Si le travail delà statue de Théodoridas n'est pas très bon, cela n'empêche pas du tout d'attribuer cette figure au ive siècle; il y a certes moins de différence, comme qualité, entre le Théodoridas et le Poséidon qu'entre le Poséidon et la Vénus5. Or, Poséidon et Vénus doivent être
Fig. 2. — Statue drapée de Milo, posée sur une base avec dédicace à Poséidon*.